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Influenceurs, IA : la critique ludique doit montrer ses cartes

Photo by Sou Jest on Unsplash, critique jeux de société, Essen, article banniÚre

đŸŽ€ SPIEL Essen 2026 consacre une confĂ©rences sur les exemplaires presse, aux partenariats et Ă  l’IA. La critique de jeux de sociĂ©tĂ© peut-elle encore ĂȘtre indĂ©pendante ?


Influenceurs, IA : la critique ludique doit montrer ses cartes

Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Le 22 octobre Ă  13 h 10, Kenny Katayama parle dĂ©ontologie des mĂ©dias ludiques Ă  Essen.
  • Le mĂȘme jour, l’IA s’invite dans quatre SPIEL.talks : rĂšgles, traduction, mĂ©dias, crĂ©ation.
  • L’indĂ©pendance ne se proclame plus : elle se documente.

À Essen, on vient d’ordinaire chercher des boĂźtes. Cette annĂ©e, on pourra aussi Ă©couter ce qui se passe autour.

Jeudi 22 octobre, sur la scĂšne du hall 4, SPIEL Essen consacre trente minutes aux partenariats rĂ©munĂ©rĂ©s, aux exemplaires presse et Ă  la transparence sur l’IA. Un sujet qui nous concerne directement. Car la vraie question n’est plus de savoir si la critique ludique reçoit des boĂźtes, mais si le lecteur peut savoir lesquelles.

Jeudi, le hall 4 parle des coulisses

À une semaine de l’ouverture de SPIEL Essen 2026, du 22 au 25 octobre, le programme des SPIEL.talks se lit presque comme le sommaire de nos dossiers de l’annĂ©e. Jeudi, l’intelligence artificielle s’invite dans quatre interventions. EntrĂ©e libre, sans rĂ©servation ni billet spĂ©cial : il suffit de s’asseoir.

À 11 h 10, Oliver Mauckner (HillcrownAI) dĂ©fend en allemand une IA « europĂ©enne » qui rĂ©pondrait aux questions de rĂšgles uniquement Ă  partir du livret de l’Ă©diteur. On vous en a dĂ©jĂ  parlĂ© ici. À 12 h 20, un panel rappelle que traduire n’est pas localiser, avec notamment Sebastian Rapp, qui a montĂ© puis dirigĂ© jusqu’en 2026 le dĂ©partement localisation d’Asmodee. À 15 h 50, Markus Utomo proposera sept questions Ă  se poser avant de confier une tĂąche crĂ©ative Ă  une machine.

Et au milieu, Ă  13 h 10, trente minutes en anglais qui s’adressent directement Ă  nous (en quelque sorte) : Media literacy & editorial policy in the board gaming world. Le salon destine ces conf en rĂ©alitĂ© Ă  son grand public. Tant mieux : c’est lui le premier concernĂ©, vous allez me dire.

Trois scĂšnes banales, une vraie question

À la barre, Kenny Katayama, coanimateur avec Tom Bowers du podcast Shelf Stable, consacrĂ© aux jeux qui ont rĂ©sistĂ© au temps. Un profil d’observateur, passĂ© par la tĂ©lĂ©vision locale et la radio communautaire.

Son point de dĂ©part : une influenceuse qui publie son butin / loot d’Essen, un Ă©diteur qui annonce une Ă©dition sous licence connue, une chroniqueuse qui fait la preview d’un jeu en financement participatif.

La boĂźte offerte n’achĂšte pas un avis, mais elle crĂ©e un lien

Commençons par le plus banal. Stonemaier Games dit envoyer environ un millier de produits gratuits par an Ă  des critiques et crĂ©ateurices, sans les payer, en leur demandant de signaler le cadeau. C’est propre, et rĂ©vĂ©lateur : la critique dĂ©pend, pour sa matiĂšre premiĂšre, de ceux qu’elle juge.

Au-dessus, il y a l’argent. En 2023, un vidĂ©aste proposait Ă  un Ă©diteur cinq vidĂ©os sponsorisĂ©es pour 7 500 dollars, prĂ©sentĂ©es comme une remise, nous l’avions racontĂ©. Reste le biais le plus discret : la relation. On connaĂźt l’attachĂ©e de presse, on croise l’auteurice, on reçoit la boĂźte suivante. Rien de tout cela n’achĂšte une note. PrĂ©tendre que cela ne pĂšse jamais sur le choix des jeux couverts serait naĂŻf.

Le droit a pris un peu d’avance. Aux États-Unis, la FTC considĂšre depuis 2023 qu’un produit offert est un lien Ă  signaler clairement. En France, la loi du 9 juin 2023 impose la mention « PublicitĂ© » ou « Collaboration commerciale » dĂšs qu’une promotion s’accompagne d’une rĂ©munĂ©ration ou d’un avantage en nature. En Suisse, la Commission pour la loyautĂ© exige que la publicitĂ© soit identifiable, blogs compris
 mais ses rĂšgles ne sont pas contraignantes.

L’IA, la zone grise suivante

Avec l’IA, la question change de nature : qui a vraiment Ă©crit, traduit ou vĂ©rifiĂ© ce que vous lisez ? Le salon connaĂźt le sujet : en 2023, il avait illustrĂ© billets et affiches avec des images gĂ©nĂ©rĂ©es, avant d’y renoncer l’annĂ©e suivante. Joli retour de manivelle.

Ne comptons pas trop sur Bruxelles. L’article 50 de l’AI Act s’applique depuis le 2 aoĂ»t 2026, mais un texte d’intĂ©rĂȘt public relu sous responsabilitĂ© Ă©ditoriale humaine Ă©chappe Ă  l’obligation de signalement. Une critique de jeu passĂ©e par une rĂ©daction y Ă©chappe donc trĂšs probablement. La transparence sur l’IA sera Ă©thique ou ne sera pas.

La traduction montre bien l’enjeu. « Ties are friendly » signifie qu’en cas d’Ă©galitĂ©, tous les ex ĂŠquo en profitent. PassĂ© Ă  la moulinette, cela donne « les cravates sont amicales » — d’oĂč le titre du panel. En 2024, la VF d’Inventions: Evolution of Ideas avait Ă©tĂ© Ă©pinglĂ©e pour des traces de traduction automatique. Quand une machine Ă©crit le premier jet, quelqu’un doit signer.

Et nous, dans tout ça ?

Il serait un peu facile de pointer les autres. Gus&Co reçoit trĂšs, trĂšs peu d’exemplaires presse, peut-ĂȘtre au grand max 5 par annĂ©e. Depuis 2007, nous refusons la publicitĂ© intrusive et celle des Ă©diteurs ; depuis 2014, tout paiement d’Ă©diteurs, d’auteurices ou de distributeurs. Avant chacune de nos critiques de jeux, nous indiquons si ce jeu nous a Ă©tĂ© offert ou si nous l’avons obtenu par nous-mĂȘmes. Nous vivons du soutien de nos lecteurs sur Tipeee et de liens affiliĂ©s, ce qui mĂ©rite justement d’ĂȘtre dit.

Sur l’IA, nous avons commencĂ© Ă  montrer nos cartes le 3 octobre : nos podcasts sont gĂ©nĂ©rĂ©s par IA (niveau D4 sur l’Ă©chelle genevoise DALIA), nos textes sont corrigĂ©s avec son aide, et chaque article affiche dĂ©sormais son niveau (le cas ci-dessous).

Une critique « pure », sans boĂźte offerte ni outil numĂ©rique, n’a sans doute jamais existĂ©. La vraie question est ailleurs : la ou le lecteur peut-il et elle vĂ©rifier qui a payĂ© quoi, et qui a Ă©crit quoi ? L’indĂ©pendance n’est pas un Ă©tat de grĂące. C’est une pratique qu’on documente.

Jeudi, sur la scĂšne du hall 4, Kenny Katayama posera la question Ă  toute l’industrie. Et vous, qu’attendez-vous d’un mĂ©dia ludique pour lui faire confiance ?

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