✊ Après MTG Arena, les équipes D&D et Studio X se heurtent au refus de Wizards of the Coast. Ce que dit ce « non », ce qu’il ne dit pas.
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D&D et Magic : Wizards dit non, les créateurices iront aux urnes
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L’essentiel en 3 points :
- Selon le syndicat, Wizards refuse de reconnaître à l’amiable les unités D&D et Studio X.
- Les salariés passeront par une élection NLRB, comme l’équipe MTG Arena au printemps.
- IA, licenciements et créations personnelles restent au cœur des revendications.
Mardi soir, 17 heures à Renton : le sablier s’est vidé, et Wizards of the Coast n’a pas retourné la carte.
Le 13 octobre, à l’échéance fixée par ses salariés, Wizards of the Coast a fait savoir qu’elle ne reconnaîtrait pas volontairement les syndicats des équipes Dungeons & Dragons et Studio X. Pas de coup de théâtre : les créateurices avaient déjà prévu la suite. Elle se jouera devant le NLRB, l’arbitre fédéral américain du droit du travail.
Un « non » prévu au scénario
Le 6 octobre, la direction de Wizards recevait deux lettres. Les équipes de D&D (D&D Beyond compris) et de Studio X — Magic: The Gathering en version physique et Duel Masters — annonçaient rejoindre United Wizards of the Coast–CWA et laissaient une semaine à Hasbro pour reconnaître leur syndicat. Nous en parlions ici le 9 octobre, en nous demandant qui, de la direction ou de la création, déciderait de l’IA.
La réponse est arrivée ce mardi 13 octobre. Elle tient en une ligne, et c’est le syndicat qui la rapporte : le 14, UWOTC-CWA écrit sur Bluesky et X que Wizards n’entend pas reconnaître volontairement les unités D&D et Studio X « ahead of a vote », c’est-à-dire avant un scrutin.
Précisons tout de suite ce que ce « non » n’est pas. Wizards ne refuse pas un syndicat légalement élu : il n’en existe pas encore pour ces équipes. L’entreprise décline la voie amiable et renvoie ses salariés vers l’élection, une option parfaitement légale aux États-Unis. Ni Wizards ni Hasbro n’ont publié d’explication.
Les salariées, elles et eux, n’ont pas été pris de court. Le jour même de l’annonce, ils et elles avaient déposé des pétitions électorales auprès du NLRB. Le dossier D&D (19-RC-396538), que nous avons consulté, recense 83 salariés ; celui de Studio X porterait sur 242 personnes. Côté employeur, on y trouve deux avocats du cabinet Fisher & Phillips — celui que le syndicat présente, depuis la campagne Arena, comme spécialiste de l’« évitement syndical ».
Le précédent Arena, ou le film qu’on a déjà vu
Si le scénario vous dit quelque chose, c’est normal. Fin avril, l’équipe de MTG Arena lançait UWOTC-CWA avec un ultimatum au 1er mai. Pas de reconnaissance volontaire non plus. Suivirent des courriels quotidiens, des lettres au domicile des salariés et un argument patronal resté célèbre : la voix des employés serait plus forte entendue directement, « not through a third party ». Le « tiers », en l’occurrence, ce sont… leurs propres collègues.
Dépouillement le 23 juin : 79 voix pour, 16 contre, cinq bulletins contestés sans effet sur l’issue. Certification le 1er juillet. Wizards déclarait alors « respecter et soutenir » ce choix. Le précédent rend l’épilogue assez lisible, sans l’écrire d’avance : une élection reste une élection, et les « supermajorités » revendiquées par D&D et Studio X ne sont, à ce stade, que des affirmations syndicales.
Ce que veulent les créateurices de D&D et Magic
La liste ressemble à celle de bien des studios créatifs en 2026 : protection contre les licenciements, télétravail stabilisé, fin du crunch, salaires qui suivent le coût de la vie, meilleure couverture santé, soutien aux parents. Le contexte explique l’inquiétude : Hasbro a supprimé environ 1 900 postes en 2023, et l’équipe du projet de table virtuelle Sigil a perdu 90 % de ses développeurs en mars 2025. Deux revendications sortent toutefois du lot.
L’IA ? Hasbro pousse, Wizards résiste
La lettre D&D est plus nuancée que bien des gros titres. Elle reproche à Hasbro de pousser vers les LLM et l’IA générative, mais crédite Wizards d’avoir jusqu’ici gardé l’IA hors de ses jeux. Le problème, pour les salariés, n’est donc pas l’usage actuel : c’est qui décide. Une politique interne peut changer au prochain virage stratégique ; une clause de convention collective, beaucoup moins facilement.
Les créations du dimanche
Plus surprenant : selon la même lettre, Hasbro peut aujourd’hui revendiquer la propriété de ce qu’un salarié crée sur son temps libre, avec ses propres moyens. Dans un milieu où l’auto-édition nourrit l’innovation, on comprend que la clause fasse tousser. Nuance utile apportée par Rascal : les salariés interrogés ne connaissent aucun cas de saisie effective ; la crainte porte surtout sur un usage disciplinaire de ces clauses.
Le paradoxe du milliard
Le calendrier donne à cette affaire toute sa saveur. D’après le rapport annuel 2025 de Hasbro déposé à la SEC, le segment Wizards of the Coast and Digital Gaming a réalisé 2,19 milliards de dollars de chiffre d’affaires et un peu plus d’un milliard de bénéfice d’exploitation. Au deuxième trimestre 2026, Magic a pesé à lui seul 545,3 millions de dollars, un record. Ce ne sont pas des équipes périphériques qui s’organisent : c’est le moteur du groupe.
Autre détail de gouvernance : depuis le départ de John Hight de la présidence, le 1er septembre, la direction de Wizards rend compte directement au PDG de Hasbro, Chris Cocks. Ailleurs dans le jeu de rôle, d’autres ont choisi une voie différente : Paizo a reconnu volontairement United Paizo Workers en 2021, et Rowan, Rook and Decard a fait de même au Royaume-Uni en août dernier. Wizards, elle, dit non pour la deuxième fois en six mois.
Et maintenant ?
La procédure suit son cours au bureau régional 19 du NLRB, à Seattle. Aucune date de scrutin n’est connue à ce jour ; il faudra ensuite la majorité des suffrages exprimés. Et même en cas de victoire, rien ne sera acquis : la loi oblige Wizards à négocier de bonne foi, pas à accepter chaque revendication. Un premier contrat collectif peut prendre des mois, voire des années.
Pour nos tables francophones — D&D est édité en français par Wizards et Magic sort en français —, aucun retard de sortie n’est annoncé et aucune grève n’est évoquée. L’enjeu est ailleurs, et il n’est pas anodin : savoir qui écrit les règles de fabrication des jeux auxquels nous jouons.
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