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Warhammer et impression 3D : Où finit le hobby, où commence la contrefaçon

🖨️ Des STL de Macca retirés de Cults3D après des demandes attribuées à Games Workshop. Contrefaçon ? Aucun juge n’a tranché. On démêle faits et zones grises.


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Warhammer et impression 3D : Où finit le hobby, où commence la contrefaçon

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L’essentiel en 3 points :

  • Des fichiers STL de The Outer Circle ont été retirés de Cults3D fin août 2026.
  • Macca présente ces retraits comme « la goutte d’eau », après des années de menaces et de tentatives de doxxing qu’il dit avoir subies.
  • Aucun tribunal n’a jugé ces modèles : un retrait reste une allégation, pas une condamnation.

Après une dizaine d’années consacrées à l’Hérésie d’Horus, l’Australien Macca arrête les vidéos publiques de The Outer Circle. En cause, selon lui : une salve de retraits visant ses fichiers STL sur Cults3D, attribués à Games Workshop, et des années de harcèlement. Aucun juge ne s’est prononcé sur ses modèles. Mais l’affaire pose une question que tout propriétaire d’imprimante résine finit par se poser : qu’a-t-on vraiment le droit d’imprimer ?

Sur les réseaux, l’affaire The Outer Circle se raconte comme un duel judiciaire entre le géant de Nottingham et un petit créateur. Petit détail : il n’y a jamais eu de procès. Il y a des fichiers retirés, un créateur à bout, une entreprise qui défend une propriété intellectuelle très lucrative… et beaucoup de choses que personne ne sait encore.

Dix ans de vidéos, une nuit de notifs

The Outer Circle, c’était une chaîne YouTube tenue depuis une dizaine d’années par Macca, essentiellement consacrée à Warhammer: The Horus Heresy, le cadre « 30k » qui raconte la guerre civile précédant l’univers de Warhammer 40,000. Au menu : analyses de lore, guides pour débuter, critiques souvent acides de Games Workshop (sur ses prix, ses règles, sa politique commerciale)… et un intérêt marqué pour les pièces alternatives.

Car Macca ne faisait pas que commenter. Ancien cadre de l’industrie du plastique, il vendait sur Cults3D des fichiers qu’il présentait comme des « bouche-trous » pour la gamme Heresy : des unités et des véhicules que les joueurs réclament, mais que Games Workshop ne produit pas, ou plus. Certains modèles devenus populaires étaient ensuite proposés gratuitement.

Fin août 2026, il signale dans l’onglet Communauté de sa chaîne ce qu’il décrit comme une « série massive de strikes DMCA » tombée vers 1 h 23 du matin sur sa page Cults3D. Il y voit un signalement de masse. Il reconnaît que certains fichiers portaient une iconographie qui pouvait rappeler quelque chose. D’autres étaient génériques, assure-t-il, à commencer par un dreadnought qui évoque le vieux modèle « en boîte » des années 1990, mais qu’il juge nettement distinct.

Un mois plus tard, le 25 septembre, il publie une vidéo sobrement intitulée The End. La chaîne s’arrête là.

Ce qui est documenté, ce qui ne l’est pas

Résumer l’affaire à « Games Workshop fait fermer un youtubeur » serait un poil… inexact. Aucune source dispo ne montre aucune demande visant la chaîne elle-même : ce sont les fichiers STL qui ont été ciblés. La décision d’arrêter les vidéos appartient à Macca, qui présente ces retraits comme la goutte d’eau, pas comme la cause unique. Son message d’adieu parle presque autant d’épuisement et de disputes communautaires que de droit d’auteur.

Ce qu’on peut établir est donc :

  • Documenté : des fichiers de The Outer Circle ont disparu de Cults3D fin août, ce que confirment les messages du créateur.
  • Documenté : la chaîne YouTube s’arrête avec la vidéo The End.
  • Rapporté : Macca dit avoir discuté avec le service propriété intellectuelle de Games Workshop pour tenter de trouver un terrain d’entente.
  • Affirmé, non vérifié : les menaces de mort et les tentatives de doxxing qu’il dit avoir reçues.
  • Position du créateur : ses modèles seraient juridiquement distincts des produits officiels. Aucun tribunal ne l’a confirmé, ni contredit.
  • Incertain : une activité réduite sur Patreon, qu’il évoque comme une possibilité dans un message intitulé Future Activity.

Surtout, on ne connaît ni la liste exacte des fichiers visés, ni les droits invoqués pour chacun : droit d’auteur, marque, les deux ? Tant que ces documents n’auront pas fait surface, personne à l’extérieur ne peut dire quel fichier a franchi la ligne aux yeux de Games Workshop, ni pourquoi.

Même le mot « DMCA » est à manier avec précaution. C’est celui qu’emploie Macca, mais Cults3D est une plateforme française, soumise au droit européen, qui reçoit aussi des notifications à l’américaine. Sans la notification originale, impossible de savoir sous quel régime exact elle a été traitée. Ni Games Workshop ni Cults3D ne se sont exprimés publiquement sur ce cas.

Games Workshop, tolérance zéro, fronts multiples

La position de Nottingham, elle, est écrite noir sur blanc. Ses lignes directrices en matière de propriété intellectuelle revendiquent une « tolérance zéro » et précisent que ses produits ne doivent être ni moulés à nouveau, ni scannés illégalement, et que leurs designs numériques ne doivent pas être produits et distribués illégalement. Le contenu de fan, lui, ne peut être ni vendu, ni monétisé. Le rapport annuel du groupe range d’ailleurs la protection de sa propriété intellectuelle parmi ses risques principaux. Pour une entreprise qui vit de figurines, de romans, de jeux vidéo et de licences (et dont nous avions raconté l’ascension boursière), ce n’est pas un détail.

Ces dernières années, l’éditeur a multiplié les fronts :

  • des demandes de retrait sur Cults3D, dont une vague antérieure où plus de 200 créations étaient visées (65 modèles payants retirés, les modèles gratuits conservés au titre du fan art) ;
  • une procédure dite « Schedule A » déposée le 16 avril 2025 devant un tribunal fédéral de Floride (dossier 1:25-cv-21746) contre environ 280 vendeurs en ligne, avec gel de comptes à la clé, close le 8 juillet 2025 selon PacerMonitor ;
  • une action pour « concurrence déloyale » contre le sculpteur italien Ghamak, selon le récit de ce dernier ;
  • en mai 2026, une notification publique contre la campagne Kickstarter Sisters of the Sun, où Games Workshop invoque à la fois son logo de l’Inquisition et la ressemblance avec sa gamme Adepta Sororitas.

Ce dernier document est précieux, parce qu’il montre exactement ce qui manque au dossier Outer Circle : qui se plaint, de quoi, et sur quel fondement. Il ne prouve rien sur les fichiers de Macca. Il montre en revanche qu’en 2026, Games Workshop combine volontiers l’apparence des figurines et ses marques dans une même revendication.

Côté Cults3D, la relation semble rodée : en 2024, son cofondateur Hugo Fromont évoquait auprès de Sherwood News un accord de confidentialité avec Games Workshop et une collaboration quotidienne qui, selon lui, se passait très bien.

Nos lectrices et lecteurs les plus fidèles s’en souviennent : en août 2025, nous racontions déjà comment l’éditeur s’en prenait aux cosplayers, aux GNistes et aux imprimeurs 3D. The Outer Circle s’inscrit dans cette série.

Pourquoi l’impression 3D change la partie (oui, c’est le cas de le dire)

Pendant des décennies, transformer une figurine Warhammer voulait dire sortir le cutter, le mastic et la boîte à rabiots. On coupait un bras, on changeait une tête, on assemblait trois kits pour obtenir ce que Games Workshop ne vendait pas.

L’impression 3D garde cet esprit de bricolage, mais elle change l’échelle. Un fichier STL n’est pas une figurine posée dans une vitrine : c’est un outil de reproduction. Une fois en ligne, il permet d’en fabriquer dix, cent ou dix mille, sans moule ni usine. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) souligne que cette technologie fait intervenir en même temps le droit d’auteur, les dessins et modèles, les marques et parfois les brevets.

Et l’infrastructure n’a plus rien de marginal. Cults3D revendique un catalogue d’environ 3,8 millions de modèles, toutes catégories confondues. Entre Patreon, les « Tribes » de MyMiniFactory, Kickstarter et BackerKit, sculpter des figurines indépendantes est devenu un vrai métier, au point que tout début octobre Tabletop Growth Partners (TGP) a été lancée, une agence dédiée à l’accompagnement de ces créateurs.

Le harcèlement, angle mort du débat

Il y a enfin l’élément le plus sombre. Macca dit avoir reçu au fil des ans de nombreuses menaces de mort et des tentatives de doxxing (la recherche et la diffusion d’informations personnelles), et avoir une famille à protéger. Il assure ne pas se sentir menacé par des « nerds en sueur sur Internet », mais ne plus voir de raison d’encaisser ce stress pour un hobby.

Ces faits reposent sur son seul témoignage : aucune plainte ni preuve n’a été rendue publique. Rien ne permet non plus de les attribuer à Games Workshop, puisque Macca les impute à des membres de la communauté. S’ils sont avérés, ils sont inacceptables, quel que soit le camp choisi. Et ils ne constituent un argument juridique ni pour l’un, ni pour l’autre.

La communauté est clairement divisée, entre ceux qui défendent farouchement l’éditeur et ceux qui soutiennent le créateur. On ajoutera seulement ceci : une communauté de hobby ne vit pas que des produits qu’elle achète. Elle vit aussi des gens qui peignent, sculptent, critiquent et, parfois, agacent.

Hier, un fan accro de Warhammer bricolait une fig dans son garage. Aujourd’hui, il peut transformer ce bricolage en fichier, le diffuser sur toute la planète et devenir, presque sans s’en rendre compte, éditeur, fabricant et concurrent potentiel. C’est à cet endroit que le bricolage peut basculer dans la contrefaçon. Entre les deux, il reste beaucoup de place pour jouer, à condition de savoir où l’on pose ses socles. Avant de lancer l’impression, lisez la notice. Pas celle de l’imprimante.

✍️ Sans compter le podcast (DALIA 4), cet article a un niveau DALIA de 0.


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