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Écologie,  Jeux de plateau

Emballages : Avec le PPWR, l’Europe va-t-elle écarter les petits éditeurs de jeux ?

♻️ Le PPWR ne ferme pas l’Europe aux petits éditeurs, mais ses démarches pays par pays poussent déjà certains microéditeurs à suspendre leurs ventes.


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PPWR : l’Europe va-t-elle écarter les petits éditeurs de jeux ?

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L’essentiel en 3 points

  • Le PPWR, ou Packaging and Packaging Waste Regulation, s’applique depuis le 12 août 2026, mais ses grandes échéances sont étalées.
  • Le souci immédiat est la REP : enregistrement et financement restent organisés État par État.
  • Quelques microéditeurs de jeux ont suspendu des envois

Un pays peut disparaître d’un menu de livraison sans qu’aucune loi n’ait jamais interdit le produit.

Un règlement européen conçu pour réduire les déchets d’emballages provoque déjà un effet très concret : plusieurs microéditeurs de jeux de rôle ont suspendu des expéditions vers l’Union. Le PPWR ne ferme pourtant pas la frontière. Il installe plutôt une barrière de friction, où quelques démarches et frais fixes peuvent suffire à faire disparaître un pays du menu « livraison ».

C’est la conséquence la plus discrète – et peut-être la plus crédible – du nouveau règlement européen sur les emballages. Depuis le 12 août 2026, le PPWR, pour Packaging and Packaging Waste Regulation, s’applique de manière générale dans les vingt-sept États membres. Son ambition est difficile à contester : réduire les emballages inutiles, améliorer leur recyclabilité et faire contribuer ceux qui mettent ces emballages sur le marché.

Le problème environnemental est massif. En 2023, l’Union européenne a généré 79,7 millions de tonnes de déchets d’emballages, soit 177,8 kg par habitant. Le seul plastique représentait 35,3 kg par personne, dont 42,1 % ont été recyclés. À l’échelle d’un continent, le statu quo n’était pas franchement une option.

À l’autre bout de la chaîne, pourtant, on trouve parfois une entreprise d’une seule personne. Elle imprime 500 livres de jeu de rôle, prépare ses commandes dans son salon, puis expédie trois exemplaires en France, deux en Allemagne et un en Finlande. C’est là que la règle verte rencontre la longue traîne du jeu indépendant – et que les choses se compliquent. De ouf.

Ce vendredi 28 août, nos confrères de Rascal ont rapporté que Black Armada, Genesis of Legend Publishing et By Odin’s Beard avaient interrompu, au moins temporairement, tout ou partie de leurs expéditions vers l’Union européenne. Les éditeurs disent surtout manquer de temps, de visibilité et de ressources pour comprendre les formalités applicables pays par pays.

Ce sont des décisions commerciales réelles. Mais non, ce n’est pas, en revanche, la preuve que l’Europe vient de fermer ses portes aux petits éditeurs étrangers.

Ce qui a réellement changé le 12 août

Premier point essentiel : le 12 août 2026 n’est pas la date à laquelle toutes les obligations du PPWR sont tombées du ciel en même temps.

Le règlement (UE) 2025/40 est entré en vigueur le 11 février 2025 et s’applique de manière générale depuis le 12 août 2026. Comme il s’agit d’un règlement et non d’une directive, il est directement applicable dans l’Union. Mais son calendrier ressemble davantage à un escalier qu’à une trappe.

L’étiquetage harmonisé des matériaux doit arriver à partir de 2028. Les limites chiffrées sur l’espace vide de certains emballages, plusieurs objectifs de réemploi, les exigences de contenu recyclé des plastiques et les critères harmonisés de recyclabilité se déploient surtout à partir de 2030, puis se renforcent en 2035, 2038 et 2040.

Autrement dit, une petite maison d’édition n’est pas soudainement obligée de refaire toutes ses boîtes, de remplacer chaque sachet et d’imprimer de nouveaux pictogrammes cette semaine. Le grand carton rempli d’air n’est pas devenu hors-la-loi à minuit le 12 août.

En revanche, les rôles juridiques sont désormais clarifiés au niveau européen. Le fabricant doit s’assurer que l’emballage respecte les exigences de durabilité et d’étiquetage qui lui sont applicables. Le producteur, au sens de la responsabilité élargie du producteur – la REP -, finance la gestion de l’emballage lorsqu’il devient un déchet dans un État membre.

Pour un grand groupe, cette distinction occupe un tableau de conformité. Pour une microstructure qui vend directement en ligne, elle peut décider si un pays reste desservi ou non.

Un marché unique, mais encore plusieurs caisses

Le PPWR harmonise une partie des définitions, des exigences et des données. Il ne transforme pas pour autant les vingt-sept systèmes nationaux de REP en un guichet unique européen.

Lorsqu’un éditeur vend directement un produit emballé à un utilisateur final situé dans un autre État membre, le règlement peut le considérer comme le producteur dans ce pays. Il doit alors vérifier l’enregistrement, le reporting, l’adhésion à un système de collecte ou la contribution financière applicable là où l’emballage devrait devenir un déchet.

Ces régimes ne sont pas tous nés le 12 août. L’Allemagne avait déjà LUCID, la France son identifiant unique et ses éco-organismes, l’Espagne son registre national. Le PPWR tente de rendre le cadre plus cohérent, mais la plomberie administrative reste largement territoriale.

L’Allemagne exige désormais qu’une entreprise étrangère sans établissement allemand, vendant directement à des utilisateurs finaux, nomme un représentant autorisé pour pouvoir finaliser son enregistrement LUCID. L’Espagne impose également aux producteurs établis hors du pays de passer par une représentation locale pour leurs obligations de REP et de registre.

La différence juridique est importante : il n’existe pas une obligation uniforme et automatique créée par Bruxelles pour les vingt-sept pays, mais il existe déjà des obligations nationales très concrètes dans des marchés majeurs. Pour un éditeur américain, britannique, suisse ou québécois, le résultat opérationnel peut tout de même ressembler à un parcours pays par pays.

Microentreprise ne signifie pas « exemptée »

Le PPWR contient des allègements pour les microentreprises, mais pas de passe-droit général.

Au sens européen, une microentreprise emploie moins de dix personnes et ne dépasse pas 2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel ou de total de bilan. Certaines obligations de réemploi sont allégées, la granularité du reporting peut être réduite sous certains volumes et des mécanismes nationaux peuvent prévoir des frais administratifs plus faibles.

Mais être minuscule ne supprime pas automatiquement l’obligation de s’enregistrer, de déclarer ou de contribuer à la REP lorsque l’entreprise est juridiquement le producteur. C’est précisément là que naît l’effet de coût fixe.

Imaginons deux éditeurs. Le premier vend 50 000 boîtes en Allemagne. Le second y vend huit exemplaires d’un jeu de rôle expérimental. Les matériaux ne sont pas nécessairement très différents. Les démarches de base, elles, peuvent exister dans les deux cas. Pour le premier, elles se diluent dans 50 000 ventes. Pour le second, quelques heures de recherche et un abonnement annuel peuvent manger toute la marge du pays.

Une réglementation n’a donc pas besoin d’interdire un produit pour fermer économiquement un marché. Il suffit parfois que le coût minimal d’entrée soit supérieur au bénéfice de cinq, huit ou vingt commandes.

Pourquoi les microéditeurs freinent déjà

Les témoignages recueillis par Rascal donnent un visage à ce calcul.

Josh Fox, de Black Armada, explique qu’il passe ses ventes européennes au crible afin de déterminer quels États restent rentables. Son conseil aux petits éditeurs de jeu de rôle est brutalement pragmatique : conserver les pays où les ventes couvrent les frais, puis couper les autres. Le problème, ajoute-t-il, est qu’il faut d’abord comprendre le dispositif de chacun.

Colin Le Sueur, de By Odin’s Beard, estime que l’Union représente environ 10 % de son chiffre d’affaires annuel. Perdre ce marché serait douloureux sans menacer immédiatement son entreprise, mais il dit avoir déjà consacré beaucoup trop d’heures aux changements en cours. Jason Pitre, de Genesis of Legend, indique pour sa part qu’environ 15 % de ses ventes historiques partaient vers l’Union et décrit le PPWR comme une contrainte supplémentaire dans un commerce physique déjà malmené.

Le point commun n’est pas une facture précise. C’est l’incertitude : combien coûtera l’enregistrement, faut-il un représentant, quelles déclarations remplir, que risque-t-on en cas d’erreur, et qui a le temps de vérifier tout cela quand l’éditeur est aussi auteur, maquettiste, service client et préparateur de commandes ?

Le premier effet du PPWR pourrait ainsi être moins la facture que la peur de la facture. Plusieurs petites structures ont suspendu leurs ventes avant de connaître leur coût final, simplement parce que l’information nécessaire à la décision est elle-même coûteuse à obtenir.

Il faut toutefois résister à la généralisation. L’enquête de Rascal concerne une poignée de très petits éditeurs, principalement dans le jeu de rôle anglophone. On suivra ça de très près pour Asmodee, Ravensburger, Kosmos ou des milliers de jeux distribués par des partenaires établis dans l’Union.

Boîte de jeu, cello, sachets. Mais qu’est-ce qui compte vraiment ?

Pour le jeu de société, la question la plus visible est aussi l’une des moins tranchées : la boîte elle-même est-elle un emballage au sens du PPWR ?

Le règlement adopte une définition large, mais exclut certains objets qui font partie intégrante du produit et sont nécessaires à son utilisation pendant toute sa durée de vie. Son annexe cite, par exemple, les boîtiers de CD, DVD ou vidéo vendus avec leur disque parmi les objets qui ne sont pas considérés comme des emballages durables à jeter.

Par analogie, une boîte de jeu conçue pour ranger pendant des années le plateau, les cartes et les pions pourrait être considérée comme une partie du produit. C’est une interprétation plausible, également avancée par Black Armada. Ce n’est pas encore une règle spécifique aux jeux de société gravée dans une FAQ officielle.

La fonction réelle compte. Une boîte de rangement durable n’est pas dans la même situation qu’un fourreau promotionnel jeté dès l’ouverture. Le film rétractable extérieur, les sachets ou films entourant des paquets de cartes et d’autres éléments à usage bref ressemblent beaucoup plus clairement à des emballages. Le carton d’expédition, le ruban adhésif et les matériaux de calage sont, eux, des emballages de transport ou de commerce électronique.

Autre confusion fréquente : le plafond de 50 % d’espace vide prévu à partir de 2030 concerne les emballages groupés, de transport et de commerce électronique. Il vise donc surtout le carton d’envoi et ses calages, pas automatiquement la boîte de jeu vendue et conservée avec le matériel.

La grande boîte contenant trois paquets de cartes peut rester une mauvaise habitude écologique et un excellent moyen de faire croire à un trésor de matériel. Elle n’est pas pour autant immédiatement interdite par ce seuil. Le carton Kickstarter qui l’entoure, lui, devra davantage justifier ses centimètres cubes d’air à partir de 2030.

Une barrière de friction, pas un mur

Alors, une règle verte peut-elle fermer l’Europe aux petits éditeurs de jeux ? Oui, dans certains cas individuels. Non, au sens où l’Union aurait interdit ou expulsé les microéditeurs étrangers.

Le PPWR répond à un problème environnemental réel et construit des règles communes qui devraient, à terme, rendre les emballages plus sobres et plus faciles à recycler. Son calendrier est progressif. Ses exigences les plus visibles pour les boîtes et les colis ne s’appliquent pas toutes aujourd’hui.

Les inquiétudes des créateurs ne sont pourtant pas imaginaires. La REP continue d’exiger des démarches nationales. Des pays imposent déjà un représentant aux vendeurs étrangers. Les allègements réservés aux petites structures réduisent certaines charges, mais ne suppriment pas le coût minimal d’entrée sur un marché.

Le risque le plus crédible n’est donc pas la disparition des jeux étrangers en Europe. C’est le tri des destinations. France, Allemagne ou Espagne si le volume le justifie ; retrait de la Slovénie, de la Finlande ou du Portugal si quelques commandes annuelles ne couvrent plus la conformité. La liste variera selon chaque éditeur, et les petits marchés seront logiquement les premiers exposés.

Pour une multinationale, cela s’appelle un service conformité. Pour une personne qui emballe ses jeux après dîner, cela peut devenir un pays de moins dans la liste déroulante.

Et pour nous, joueuses et joueurs, la conséquence ne ressemblera peut-être jamais à une grande interdiction. Un jour, sur la page d’un petit jeu étrange que nous voulions commander, notre pays aura simplement disparu.


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4 Comments

  • Marty

    Bonjour,
    Passionné de jeu, je consulte chaque jour votre site avec plaisir
    La PPWR est une arme de destruction massive pour les petites structures quelque soit le domaine.

    Je sors du cadre purement ludique:
    Ma femme est créatrice de meubles pour maison de poupée et vends sur Etsy, elle a cessé d’envoyer en Europe car elle ne sait jamais qui commandera et le pays vers lequel partiront ces créations.
    Il faudrait donc qu’elle s’inscrive dans les 27 pays de l’UE, paye une cotisation annuelle dans chacun de ces pays et les taxes au prorata des colis envoyés.
    un seul colis en cas de non conformité vous expose à amendes totalement disproportionnées et dans le cas de Market place, la suspension de votre boutique !

    Le coût du PPWR varie selon les pays et les services concernés.
    Pour exemple en Espagne, le coût de la REP pour les emballages est de 780 € par an, ils peuvent varier de 360 € à 1 485 € par an selon le pays ! A multiplié par 27 !!??
    Sans compter le nombre d’heures de recherche d’information pour comprendre les spécificités administratives de chaque pays, trouver le bon interlocuteur, etc.

    Le dispositif va donc tuer tous les petits acteurs économique sans exceptions car il est impossible de consacrer tant de temps et d’argent pour respecter la PPWR.
    Encore un délire administratif de l’Europe au nom de l’écologie (punitive) et à cela va s’ajouter la facturation numérique !
    La seule solution, fermer boutique la mort dans l’âme.

    • Hobbymancer

      J’ai moi-même une modeste activité de vente d’accessoires de jeu de plateau sur Etsy, et comme tu l’expliques bien tout ça donne l’impression d’un dispositif visant à réguler et contraindre les géants de la vente en ligne, avec tous les petits indépendants comme dommages collatéraux. Je vais fermer boutique d’ici peu.

  • jean philippe thomas

    Je suis libraire depuis 14 ans, et je ne vends plus en Europe depuis que la REP est apparue, c’est bien trop compliqué pour un petit comme moi. Vivement que l’on quitte l’union européenne…

  • Newton

    Et pendant ce temps-là, l’ultra fast fashion envoie des kilotonnes de colis en Pologne pour ramener tout cela par camion en France.
    Où les bonnes intentions (et encore…) vont faire pire que mieux. Hallucinant

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