Le nouveau Postal succombe à la polémique de l’IA
🚫 L’IA a-t-elle tué Postal: Bullet Paradise ? Retour sur 48h de chaos qui ont mené à la fermeture brutale du studio Goonswarm. Un cas d’école effrayant.
Postal : 48 heures pour mourir (à cause de l’IA)
L’essentiel en 3 points :
- Le jeu Postal: Bullet Paradise a été annulé par son éditeur moins de 24h après son annonce suite à des accusations d’utilisation d’IA générative.
- La communauté a massivement rejeté les visuels du jeu, poussant Running With Scissors à se désolidariser totalement du projet pour préserver son image.
- Le studio de développement Goonswarm, niant l’usage d’IA mais submergé par le harcèlement, a fermé ses portes définitivement.
Imaginez travailler six ans sur le projet de votre vie et le voir anéanti en moins de 48 heures par une foule en colère.
C’est l’histoire d’un aller-retour express. Le genre de scénario catastrophe que même une IA n’aurait pas osé halluciner. En l’espace de 48 heures, un jeu a été annoncé, décortiqué, honni, puis annulé, entraînant dans sa chute la fermeture définitive de son studio de développement.
Le coupable ? Une polémique explosive autour de l’intelligence artificielle générative. Postal: Bullet Paradise n’aura vécu que l’espace d’un battement de cils avant d’être balayé par une communauté en colère. Retour sur un fiasco spectaculaire qui secoue le petit monde du jeu vidéo et pose de sérieuses questions sur notre rapport à la création.
L’ascenseur émotionnel
Tout commence le 3 décembre. Running With Scissors (RWS), les papas irrévérencieux de la franchise Postal, sortent de leur chapeau Postal: Bullet Paradise. L’idée est séduisante sur le papier : un « bullet-heaven » coopératif (pensez à Vampire Survivors sous stéroïdes) développé par un petit studio tiers, Goonswarm Games. Sortie prévue en 2026 sur PC et Switch. Champagne ? Pas vraiment.
À peine le trailer diffusé, l’ambiance tourne au vinaigre. Sur Reddit et Twitter, les « détectives du pixel » sortent leurs loupes. Le verdict tombe, cinglant : les visuels sentent l’IA à plein nez. Sprites baveux, incohérences graphiques… Pour une communauté attachée à l’authenticité (aussi « crade » soit-elle dans Postal), ça ne passe pas. « On voit clairement que c’est généré par IA », s’insurgent les fans.
RWS sort le bazooka
La réaction de l’éditeur ne s’est pas fait attendre. Et quand on s’appelle Running With Scissors, on ne fait pas dans la dentelle. Moins de 24 heures après l’annonce, le couperet tombe : le projet est annulé. Terminadado. Le jeu est alors aussitôt retiré de Steam.
Dans un communiqué, RWS explique que la confiance est rompue. L’ironie est mordante : quelques jours plus tôt, l’éditeur se posait en chevalier blanc anti-IA, tweetant que les joueurs méritaient « une âme et du talent, pas une machine qui crache un prompt ». Se retrouver éditeur d’un jeu soupçonné d’être « artificiel » faisait tache. RWS a donc choisi de se couper le bras (le jeu) pour sauver le corps (la réputation).


L’humain derrière le bad buzz
Si l’histoire s’arrêtait là, ce serait juste une anecdote de gestion de crise. Mais les conséquences sont dramatiques pour le studio Goonswarm Games. Cette petite équipe russe, prise dans la tempête, a tenté de se défendre, jurant que tout avait été fait à la main avec des outils standards.
Mais la colère des joueurs s’est muée en harcèlement. Submergés par les insultes et les menaces, les développeurs ont jeté l’éponge. Le 5 décembre, le studio annonce sa fermeture définitive. « Six ans de travail balayés en quelques jours », déplore le fondateur. Qu’il y ait eu de l’IA ou non importe presque peu désormais : la violence de la réaction a eu raison de l’équipe humaine.

Et maintenant ?
Cette affaire Postal marque un tournant. Elle montre que l’IA est devenue la ligne rouge absolue pour une grande partie des joueurs. C’est un avertissement sans frais pour l’industrie : la transparence n’est plus une option, c’est une survie. Mais elle nous interroge aussi sur nos réactions : quand la défense de l’art mène au harcèlement et à la destruction d’emplois, n’avons-nous pas, nous aussi, perdu un peu de notre humanité en route ?
Au final, Postal: Bullet Paradise aura réussi l’exploit d’être plus violent dans la réalité que dans son propre gameplay.
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaîne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
3 Comments
Laurent Lemaitre
Cest triste…
Des licences comme BF6, COD ou le recent ArcRiders avaient probablement des reins plus solides pour que les joueurs lui pardonnent…. ce que le jeu video a de commun avec la politique c’est finalement un traitement public a 2 vitesses.
Se decharger sur une petite boite plutot qu’une major est moins risqué (risque de ban des serveurs inexistant).
Blob
Ces jeux ont été largement décriés par la communauté gamer, les majors en ont juste rien à fiche des retours car leurs jeux brassent tellement de copies qu’il y aura toujours des joueurs pour y jouer et de la presse spécialisée pour pondre sur commande des tests dythirambiques. Ce n’est pas de la justice à deux vitesses, c’est la preuve de la puissance économico-médiatique de certaines majors.
Je suis un peu dépassé par l’ampleur de ce phénomène. Qu’on boycotte un jeu ou un éditeur je comprends totalement, mais que les gens n’arrivent pas à exprimer leurs émotions sans être harcelants, c’est d’un pathétique.
Personnellement, j’aurais boycotté le jeu pour des raisons politiques, comment soutenir une boîte russe de nos jours? Par contre le harcèlement une ligne rouge.
En même temps, cela n’est malheureusement pas une découverte que la communauté gamer est souvent particulièrement toxique sur certains points. Mais cela me semble être plus symptômatique d’un problème global de société où le « jugement d’internet » a acquis plus de poids immédiat que l’actuelle justice juridique.
En apparté, je me suis demandé comme un éditeur americain avait pu travailler avec un studio russe, pragmatiquement parlant avec toutes les sanctions en cours. Si quelqu’un en sait plus, cela m’intéresse.
Le choix de fermer le studio me paraît par contre purement symbolique. En Russie, il est tout à fait légal de fermer une entreprise pour en former une nouvelle droit derrière du moment que la fermeture a respecté les lois russes, de manière assez similaire à l’ancienne loi sur les faillites en Suisse. C’était probablement leur seul moyen pour sauver la face.
Gregg
Pourquoi une équipe russe ? Ils ne sont pas basés au Delaware ? https://goonswarm.games/#rec882722515