L’IA dans les jeux vidéo : Des positions qui s’éloignent
💻 Zombies à 6 doigts et voix volées ! L’IA s’incruste dans le gaming, provoquant scandales et licenciements.
IA dans le jeu vidéo : Le grand craquage de 2025
L’essentiel en 3 points :
- En 2025, l’IA générative divise radicalement le jeu vidéo entre les géants « AIGeeks » qui l’adoptent massivement pour la productivité, et les résistants « Humanistes » qui défendent la créativité et l’emploi.
- L’usage de l’IA entraîne des scandales et une baisse de qualité perçue, provoquant une crise de confiance chez les joueurs.
- L’IA devient incontournable mais son arrivée coïncide avec des licenciements massifs, forçant l’industrie à chercher un équilibre hybride sous haute surveillance.
Ils pensaient que c’était une blague, jusqu’à ce que la phrase « Voici une version retouchée par ChatGPT » apparaisse en plein milieu de leur jeu AAA.
Oubliez la guerre des consoles. En 2025, le vrai champ de bataille, c’est l’Intelligence Artificielle générative (IAG). Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’industrie du jeu vidéo est en train de vivre une crise existentielle majeure.
Trois ans. Ca va bientôt faire trois ans que l’IA générative est avec nous. Fin novembre 2022, ChatGPT débarquait en accès grand public. Et depuis, l’IA est partout. Et également dans les jeux vidéo : dialogues, graphismes, code, tests qualité. Elle promet des mondes infinis, une productivité record et la fin des tâches ingrates. Mais derrière la hype technologique, une fracture idéologique profonde s’est créée. D’un côté, les visionnaires (ou les financiers, c’est selon) qui veulent tout automatiser. De l’autre, les artistes, auteurs, autrices et syndicats qui craignent la mort de l’âme du jeu vidéo et une catastrophe sociale.
Alors, qui fait quoi dans ce chaos ambiant ? On s’intéresse ici à une industrie au bord de la rupture.
Les « AIGeeks »
Le premier camp, appelons-les les « AIGeeks », est mené par les géants qui ont décidé que l’IA n’était pas une option, mais une question de survie.
Electronic Arts (EA) est le chef de file incontesté. Leur PDG l’a dit cash : l’IA est « existentielle » pour l’avenir de la boîte. Chez EA, les employés sont priés d’utiliser l’IA pour tout. Les résultats sont spectaculaires… et massifs : 150 stades et 11 000 visages générés en un clin d’œil pour College Football 25.
En Chine, c’est encore plus fou. Tencent a développé des outils qui transforment un concept art en modèle 3D en quelques secondes. Là-bas, pas de débat éthique : l’IA est un outil comme un autre, et il faut l’utiliser pour rester compétitif.
Ubisoft joue aussi dans cette cour. Leur outil « Ghostwriter », censé écrire les petites répliques inutiles des PNJ (les « barks »), a provoqué un tollé monumental. Les auteurs ont hurlé, expliquant que corriger un texte moisi généré par IA prend plus de temps que de l’écrire soi-même, et que cela menace les postes juniors.
Leur credo ? Produire plus, plus vite, moins cher.
Fuck AI
Face à eux, la résistance s’organise. Ce camp « Humaniste » voit l’IA comme une menace existentielle pour la créativité, l’authenticité et l’emploi.
Leur bras armé, c’est SAG-AFTRA, le puissant syndicat des acteurs et actrices américaines. Après une grève historique de onze mois, ils ont obtenu une victoire cruciale fin 2025 : consentement écrit obligatoire et rémunération juste pour toute utilisation de la voix ou de l’image d’un acteur par l’IA.
La bataille des voix est centrale. Quand Epic Games a ressuscité la voix de James Earl Jones (décédé en 2022) pour faire parler Dark Vador dans Fortnite grâce à l’IA, le malaise était palpable. Bluffant, mais glauque. En France, même combat : Françoise Cadol, la voix mythique de Lara Croft, a découvert avec horreur que sa voix avait été clonée sans autorisation pour un remaster de Tomb Raider. Elle vient tout juste de mettre l’éditeur de jeu, Aspyr MEDIA, en demeure. Le collectif « Touche Pas Ma VF » est sur le pied de guerre (sur Insta, notamment).
Des studios renommés montent aussi au créneau. Obsidian (maîtres du RPG narratif) affirme fièrement : « Aucune IA » dans leur jeu Avowed. Pour eux, l’âme d’un jeu ne peut être algorithmique. Même Strauss Zelnick, le boss de Take-Two (GTA), dézingue l’IA, parlant d’œuvres « sans âme, sans profondeur ».
Leur credo ? La créativité humaine n’est pas négociable.
Hybrida(i)tion
Au milieu de cette guerre de tranchées, la majorité des studios (52% selon le rapport GDC 2025) tente une approche hybride : utiliser l’IA comme un assistant pour les tâches répétitives (comme le QA chez Square Enix), mais garder l’humain aux commandes de la création.
C’est la position de ceux qui insistent sur le « human-in-the-loop » : la machine propose, l’humain édite et valide. C’est ce qu’on appelle la co-création. Leur credo : « Il faut façonner l’IA plutôt que la subir ». L’IA est un outil puissant, mais… neuneu.
« Slop », scandales et licenciements
L’adoption de l’IA ne se fait pas sans douleur. 2025 a été une année noire pour l’emploi : 10% des développeurs ont perdu leur job, les artistes et narrateurs en première ligne. Coïncidence ? Personne n’y croit.
Et puis il y a la qualité. L’IA a gagné une sale réputation, celle de produire du « slop » : du contenu bâclé, générique et truffé d’erreurs. L’exemple emblématique était le zombie Santa à six doigts dans Black Ops 6.

Mais Activision n’a visiblement rien appris. À peine sorti en novembre 2025, Call of Duty: Black Ops 7 a déclenché une nouvelle polémique. Les joueurs ont découvert des cosmétiques (des « calling cards ») manifestement générés par IA, certains copiant sans vergogne le style Ghibli. La réponse d’Activision ? Un communiqué lunaire et vague expliquant qu’ils utilisent « une variété d’outils numériques, incluant des outils d’IA » pour soutenir leurs équipes, et que le processus créatif reste « mené par des individus talentueux ».
Du pur charabia corporatiste. Surtout, cela contredit leurs propres déclarations d’août 2025, où un directeur créatif jurait que tout était « 100% retouché par des humains » et que les ratés précédents (comme le fameux Santa) étaient des « accidents ». Le foutage de gueule continue.
Pire encore, les studios qui se font prendre la main dans le sac. Le studio polonais 11 bit (The Alters) a vécu un cauchemar quand des joueurs ont découvert du texte copié-collé de ChatGPT dans leur jeu, avec le prompt encore visible ! « Voici une version retouchée qui se concentre sur… » Oups. Leur excuse (« on était pressés ») n’a convaincu personne. Pareil pour Arc Raiders.
Pourtant, la réaction des joueurs n’est pas toujours uniformément négative. PParfois, c’est juste le chaos. Le RPG d’action Wuxia Where Winds Meet en est un exemple hallucinant. Le jeu utilise massivement des PNJ « Chatbot IA » pour peupler son monde ouvert. Si le studio a « oublié » de le mentionner sur la page Steam (encore un problème de transparence !), les joueurs l’ont vite découvert. Le résultat est mitigé. Les critiques parlent d’interactions « étrangement spécifiques mais creuses » ou « creepy ». Mais une partie de la communauté s’amuse follement à pousser ces IA dans leurs retranchements : certains tentent de rendre un cuisinier vegan, d’autres rappent avec un type ivre ou développent une stratégie marketing pour un bûcheron du 10ème siècle. Preuve que si l’IA peut générer de la colère, elle peut aussi, parfois, générer du fun… absurde et loufoque.
En mi‑novembre 2025, Ubisoft a reconnu qu’un visuel illustrant un banquet dans son jeu Anno 117 : Pax Romana, jugé clairement généré (ou au moins fortement assisté) par IA, avec des visages flous, des membres mal proportionnés, des détails diffuses, avait été publié par erreur.


L’éditeur explique qu’il s’agissait d’un « placeholder » (élément provisoire) qui a « échappé à notre processus de contrôle ». Il annonce qu’il sera remplacé via un patch 1.3.
L’affaire met en lumière la question de l’usage des chaînes d’outils d’IA dans le développement de jeux vidéo, et plus encore de la créditation/l’annotation de ce qui est généré, ce qui est fini, ce qui est retravaillé.
Tout cela crée une crise de confiance massive chez les joueurs. Steam exige désormais que les jeux déclarent leur utilisation de l’IA, mais la simple mention suffit parfois à déclencher la colère.
Quel futur ?
L’avenir ne sera ni tout blanc ni tout noir. L’IA va devenir un outil standard, c’est inévitable. Mais 2025 aura servi de rappel brutal : le succès de jeux comme Baldur’s Gate 3 montre l’attachement viscéral du public à la patte humaine, à l’artisanat.
Les métiers vont évoluer. Les artistes deviendront peut-être des « curateurs d’IA ». Mais le risque de voir les postes juniors disparaître est réel.
L’enjeu pour l’industrie sera de trouver l’équilibre : utiliser l’IA pour amplifier la créativité, pas pour remplacer le talent. Sans cela, le jeu vidéo risque de perdre ce qui le rend si spécial : son humanité. Et nous, les joueurs, serons là pour surveiller ça de très près.
L’IA dans le jeu vidéo, c’est comme donner une tronçonneuse à un enfant de 5 ans : le potentiel est énorme, mais ça risque de très mal finir si personne ne surveille.
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2 Comments
patrikcarpentier
Pour l’instant, il est assez facile de détecter si c’est de l’IA ou pas. Mais plus les jours passent, moins ça deviendra évident. Tout ça pour grapiller encore plus de sous…
Julian
Le principal problème reste l’humain. Il a beau râler sur l’IA dans les jeux mais achète tout de même le jeu. L’éditeur l’a bien compris, il balance une pseudo excuse et les ventes se poursuivent…