Ces 10 méthodes infaillibles pour repérer un joueur qui vous bluffe

L’excellent site ludique québécois Potion Rouge vient de publier un article avec quelques indices pour voir si un joueur bluffe. En accord avec Steeve, voici son article sur lequel nous vous proposons de rebondir.

« Signes et avertissements qui ne trompent pas

Le bluff n’est pas seulement employé au poker, mais aussi dans les jeux de société du type salopard où l’escroc se cache et joue contre les autres joueurs. Voici quelques astuces qui te permettront de détecter si votre adversaire bluff et découvrir qui est le malfaiteur!

Analyse et apprend à connaitre tes adversaires; ses signes de faiblesse et de malaise. Un joueur qui bluff aura tendance à vouloir s’occuper à faire autre chose. Par exemple, prendre une gorgée de son breuvage, tapoter sur son iPhone ou il deviendra plus volubile et soudainement voudra discuter avec un autre joueur de sujets anodins.

L’attitude du joueur et le langage corporel ne démentent pas. Il se grattera le dessous du nez. Ses paupières deviendront plus actives en signe de réflexion. Son cœur bâtera sûrement plus rapidement et il devra faire des efforts considérables pour camoufler son stress. Les joues ou les oreilles rougies ne démentent pas non plus.

Dans le cas d’un escroc doué ou expérimenté, les signes seront plus difficiles à distinguer. Comment démasquer le bluff d’un fourbe d’expérience?  Cherche des signes moins visibles et plus subtiles. Sa respiration peut être une bonne indication. Les signes de stress peuvent être perçus même sur les meilleurs joueurs. Si tu suspectes un bluff, regarde son visage au moment de son tour de jeu. Une brève expression éloquente de quelques centièmes de seconde peut se manifester sur son visage.

Plus le risque est important, plus les signes risquent d’être exposés intensément. Mets de la pression sur ton adversaire pour qu’il dégage le plus possible d’indices révélateurs. »

Merci Steeve!

Je joue au poker depuis 7 ans. Et qui dit poker, dit évidemment bluff. Mais il n’y a pas qu’au poker qu’on bluffe, également dans de nombreux jeux de société: Mascarade, Loups-Garous, et bien évidemment dans la plupart des jeux d’enfoirés.

C’est étrange de remarquer qu’autant le mensonge est socialement honni, autant le bluff en jeu est une compétence, voire même un sacré avantage si bien maîtrisé.

Comme vous le savez certainement depuis le temps, je suis enseignant au lycée. Et formateur d’enseignants. J’enseigne également la communication non-verbale, comment la décoder. Grâce à toute cette expérience,

Voici les 10 éléments Gus&Co pour savoir quand quelqu’un bluffe à la table

1. Respiration

Un bluffeur fera tout pour rester discret. Imaginez-vous devant un animal féroce et dangereux. Quelle sera votre réaction? Quand vous avez peur, l’une des réactions naturelle est de ne pas bouger, de faire le moins de bruit possible pour ne pas attirer l’attention.

Quelqu’un qui bluffe aura tendance à bloquer sa respiration, à se figer.

2. Confiance

Tendance inverse que le point précédent, un bluffeur pourrait se montrer plus détendu, trop détendu en fait. Quand le bluffeur est persuadé que c’est un bon menteur, qu’il maîtrise, il pourrait sourire plus que d’habitude, se sentir plus à l’aise, puisqu’il pense être en position dominante. J’ai une information, pas toi. Je te mens, tu ne le sais pas.

Mais du coup, il aurait tendance à en faire des caisses: parler plus fort que d’habitude, poser ses pièces sur la table de manière vive…

3. Sourire

Vous voulez un truc infaillible pour découvrir un bluff? Posez une question. Si le joueur vous répond en esquissant un très très léger sourire, presque un rictus, c’est qu’il est certainement en train de bluffer.

Pourquoi? Car consciemment ou inconsciemment il trouve la situation cocasse. Ou qu’il jubile de se sentir supérieur (cf point 2).

4. Regard

On pense, à tort, qu’un menteur évite le regard pour ne pas se faire attraper (cf 1). C’est bien souvent le contraire.

Quand un joueur bluffe, que quelqu’un ment, il aura la fâcheuse tendance à vous regarder droit dans les yeux, fixement. Un peu trop fixement, d’ailleurs. Comme s’il essayait de vous hypnotiser.

5. Jambes

Depuis tout petit nous avons « appris » à mentir. L’homme (et la femme, faut pas croire) ment constamment, chaque jour, régulièrement. C’est une attitude tout à fait « normale », en tout cas naturelle. On ment surtout parce qu’on essaie d’embellir la vérité, souvent parce qu’on pense que cette vérité donne une mauvaise image de soi.

Depuis tout petit, donc, on a appris les rudiments du mensonge, et qui dit mensonge dit forcément visage, car c’est cette partie du corps qui est évidemment la plus exposée. Comme nous sommes tous des experts en mensonges, nous contrôlons plus ou moins bien notre visage, nos émotions, notre regard.

Mais qu’en est-il du reste du corps? Et bien plus on s’éloigne du visage et moins on contrôle nos émotions. Et quelle est la partie la plus éloignée? Je sais, cela peut paraître stupide, mais les gens n’exercent pas souvent de contrôle sur leurs jambes, qui pourront alors trahir un bluff.

Si les jambes changent brusquement d’attitude, par exemple si elles se figent, cf 1., ou si au contraire elles bougent beaucoup, nerveusement, cela voudra dire que le joueur aimerait fuir la situation, le « danger » de se voir attrapé.

6. Pouls

Un joueur en plein bluff sait qu’il joue gros. A moins d’être bien entraîné, son pouls s’emballera. Et comment l’observer, sans sortir son stéthoscope, pas toujours autorisé aux tables?

La carotide, l’artère qui passe par la partie longitudinale droite du cou. Si le pouls est élevé, avec un œil perçant vous pourrez observer la peau battre de manière rythmée. C’est d’ailleurs bien pour cette raison que la plupart des joueurs de poker portent des habits qui cachent cette partie du corps: col, hoodie.

On peut contrôler son regard, ses émotions, mais il est plus difficile de contrôler les battements du cœur.

7. Pacificateur

Pas facile de prendre la parole en public, et encore moins si c’est pour mentir. Nous avons tous des gestes « pacificateurs », des habitudes que nous avons prises qui nous détendent, qui nous rassurent, qui nous apaisent dans des moments tendus.

On a pu remarquer que les femmes avaient souvent tendance à se toucher, se caresser la base, le creux du cou, voire à jouer avec un collier. Les hommes, eux, ont plutôt tendance à se gratter l’arrière de la tête, lié à ce qu’on appelle en synergologie une micro-démangeaison, ou se passer la main dans les cheveux.

Un tel geste représentera un fort moment de stress, de tension. Pas impossible que le joueur essaie de se détendre pour calmer sa montée de stress dû au bluff.

8. Dos

Pour revenir aux micro-démangeaisons, très souvent des tells (=gestes non-verbaux qui vont exprimer un message) à valeur ajoutée, un bluffeur pourra sentir le besoin de se gratter le haut du dos, juste en-dessus de l’omoplate, souvent en passant le bras par-dessus l’épaule (bras inverse du côté du dos qui gratte). Pourquoi? Imaginez le joueur porter un lourd fardeau sur le dos, son mensonge. Se gratter signifiera qu’il est temps de partir.

C’est un tell que j’observe régulièrement chez Coco ma femme. Quand nous sommes assis à jouer ou discuter et que je la vois se gratter le haut du dos, je comprends aussitôt qu’elle s’embête et qu’il est temps d’y aller.

9. Langage

La communication verbale n’est pas le seul élément-clé pour découvrir un bluffeur. Lui parler et le pousser à s’exprimer induira alors forcément des comportements linguistiques qui pourront trahir un mensonge.

On en dénombre 4:

Référence personnelle minimale: l’interlocuteur évitera les « je », « moi », il préférera « externaliser » le sujet et éviter de se placer dans la phrase. Par honte de son mensonge?

Négations fréquentes: l’interlocuteur utilisera beaucoup de négations dans sa phrase, comme s’il cherchait à nier et refuser son mensonge. Car oui, même si on ment souvent, régulièrement, le mensonge est quand même considéré comme un comportement que la morale réprouve.

Explications simples: pour éviter de trop se perdre en explication, le bluffeur préférera donner une explication simple.

Phrases complexes: c’est un peu le contraire du point précédent, mais complémentaire. Si le récit est plutôt simpliste, les phrases, elles, seront plus longues, ampoulées, comme pour perdre son interlocuteur pour mieux le piéger.

lie

En fait je n’ai aucun mérite pour ce 9e point, ces 4 éléments sont issus d’un TED sur le langage du mensonge.

10. Hollywooding

Je vous vois venir, bande de sacripants! A la lecture de cet article vous vous dites aussitôt qu’il suffit de faire exactement le contraire, ou pas, justement, rien qu’histoire de piéger vos partenaires de jeu.

Souvent, quand je présente ces éléments, la première réaction amusée des gens est de croire qu’il suffit de tout faire en même temps, rien que pour la plaisanterie et faire croire que. Au poker, on appelle ça le « hollywooding », autrement dit, adopter un geste non-verbal artificiel et souvent exagéré, comme des acteurs hollywoodiens, histoire de tromper ses adversaires. Pour faire croire qu’on bluffe alors qu’il n’en est rien.

Et bien non, ce n’est pas si simple, car pour y arriver, il faut d’abord être pleinement conscient des gestes à effectuer et à éviter. Le Hollywooding peut être « facilement » détecté car la toute toute première réaction sera naturellement… naturelle, i.e. inconsciente, immédiate, non-contrôlée. C’est dans un second temps que le joueur pourra adopter un geste « hollywoodien ». Il faudra donc être particulièrement rapide et perspicace pour déceler ce premier tell.

Et vous, connaissez-vous d’autres gestes qui trahissent un bluff?

A voir, la science du mensonge

Le point 9, le langage, est tiré de ce TED-ED

Ou aussi ce TED, comment découvrir un menteur

Et on vous laisse avec les meilleurs moments du film Liar Liar (1997) avec Jim Carrey, ou quand un avocat n’arrive plus du tout à mentir

Encore merci à Potion Rouge

One Comment

  1. Tout d’abord tous mes encouragements à Gus&Co que je lis depuis des années!

    Quand j’ai joué les premières fois à The Resistance, un jeu au fond très logique, le hasard m’a donné quatre fois d’affilé le rôle d’un Résistant. J’étais très à l’aise, très volubile, démontant les logiques bancales de mes adversaires à coup d’arguments bien sentis. Puis vint la cinquième et là! je suis un Traître. Comme il est bien plus difficile de tenir un raisonnement logique faux, je suis devenu tout à coup moins loquace et je me suis fais vite grillé. J’ai donc décidé depuis de moins parler en tant que Résistant, en essayant de gagner quand même bien sûr, pour être plus crédible en tant que Traître.

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