Jeux de société et société de consommation : achetez Bruno Cathala

Totem Pole, Flickr, CC, by Joseph Wu
Totem Pole, Flickr, CC, by Joseph Wu

Pourquoi consommons-nous?

Continuons ici notre cycle de discussion sur les jeux de société et la société de consommation en nous attardant cette fois sur les égéries et icônes. Icônes qui vont au final nous pousser à consommer.

Si dans les années 80-2000 la publicité se servait beaucoup d’égéries pour vendre du rêve et des produits, acteurs ou top-models étaient alors étroitement associés à une marque, certaines égéries sont devenues marques à part entière, véritables icônes.

On ne consomme plus le produit représenté par une célébrité, on consomme la célébrité qui créé et devient sa marque, tel que le designer Philippe Starck et ses meubles / ustensiles par exemple.

Dans le monde du jeu de société c’est pareil, des personnalités sont devenus des marques, élevées au rang d’icônes, de totems même.

Cathala

C’est le cas de Bruno Cathala et de tous ses jeux. On n’achète pas n’importe quel jeu créé par n’importe quel auteur, on achète un jeu créé par Bruno Cathala. On achète Bruno Cathala, quel que soit l’éditeur ou le type de jeu. On cherche l’expérience Bruno Cathala.

Avec plus d’une dizaine d’années de carrière derrière lui, Bruno a su créer un style facilement reconnaissable: des mécaniques connues du grand public, pas nécessairement innovantes, reprises, réadaptées et remises au goût du jour, pour des jeux à forte renouvelabilité, malins et très taquins. Même sa personnalité fait partie du package, il a su se vendre un côté modeste, disponible, sympathique.

À tel point qu’au final on achète un jeu signé de la patte de l’auteur pour l’auteur, et pas seulement parce que le jeu peut signifier gage de qualité pour certains.

Au fil des année, Bruno Cathala a su se créer sa propre marque, les éditeurs en étant alors les pourvoyeurs.

Quand sort un nouveau jeu de l’auteur, le public est alors forcément pris d’une grande curiosité, si ce n’est d’un fort désir d’achat. On reconnaît son style, et années après années, sorties après sorties, on a fini par se reconnaître dans ses jeux. Cathala est devenu une marque en soi.

Phal

Et Monsieur Phal? Ibidem.

TricTrac, plus qu’un site, est aujourd’hui devenu un véritable emblème du jeu de société. À tel point que Phal est également fort visible en représentation extérieure puisque sollicité comme carte de visite: juré, présentateur, expert, et même effigie dans des jeux de société (Le Pouic, symbole de TT et Phal dans King of Tokyo, un personnage dans Zombicide, etc.).

Comme Cathala, Monsieur Phal, via TricTrac, est une marque en soi dans laquelle de très nombreux férus de jeux de société se retrouvent.

On a les fans d’Apple pour ce qu’Apple représente, une technologie design, chère et fashion. Dans le jeu de société, on a les fans de Phal, véritable vitrine pour les jeux, espiègle, décomplexée et passionnée.

La preuve de toute cette totemisation s’affirme via l’attachement quasi-religieux, presque vénération de ses fervents admirateurs et consommateurs. Admirateurs prêts à en découvre si offense il devait y avoir. Les détracteurs de TricTrac s’exposent en effet à de vives réactions, voire même à de l’agressivité, c’est dire à quel point la marque Phal / TT est puissante. Notez la quasi-absence de commentaires virulents à l’encontre de TT et vous réaliserez à quel point le site s’est construit comme véritable entité de marque avec une solide communauté.

Pareil pour Cathala, pas facile d’émettre une critique négative d’un de ses jeux tellement son aura est massive, on se sentirait presque commettre un « crime de lèse-majesté ». On peut ne pas aimer un de ses jeux, mais on évitera de le dire haut et fort pour ne pas s’attirer les foudres.

Ces réactions prouvent bien que ces marques du monde du jeu de société sont concrètes et bien implantées.

Au final, ces deux exemples d’icônes poussent à la consommation car elles créent un fort sentiment d’appartenance ainsi qu’une émo-consommation, elles offrent une véritable expérience d’attachement et de reconnaissance à une marque. Une véritable communauté de marque. Soyons honnêtes, on finira bien tous par acheter ce nouveau jeu de Bruno ou par financer TricTrac.

Jeu

Pour clore cet article sur la consommation et les marques, Gus&Co vous proposent un petit jeu. Répondez à ces questions. Pensez à votre site ludique, votre éditeur, ou auteur préféré et vous en connaîtrez votre attachement:

Si vous avez sélectionné en tout cas 2 réponses vous appartenez à une véritable communauté de marque. Si vous en avez plus de 5, vous avez carrément trouvé une nouvelle famille!

11 Comments

  1. Bonjour dévoreur,
    Bruno Cathala une marque? Tout dépend du type de jouer que nous sommes. Personnellement je n’aime pas tous les jeux de Mr Cathala. Son style dans les gros jeux me plait énormément comme dans Cyclades.
    Acheter parce que c est lui ou acheter du fait de la mise en lumière de ses créations via trictrac?
    J ai beaucoup aimé votre série d article sur la consommation. Seriez vous devenu mon égérie?
    Le regard que j en ai, via mon statut de père de famille de 5 enfants et 40 ans: nous n avons pas les moyens de dépenser trop d argent. Nous sommes venus, mes proches et moi-même, à acheter des jeux plutôt que de sortir dans les bar ou restaurant. Un jeu, ça fait une bonne tournée de bière.
    Votre travail et celui de tric trac permettent un choix éclairé sur certains jeux. Les boutiques spécialisées permettent d ouvrir un peu sur des sorties dont on ne parlent pas.
    Mr Phal mériterait un bouquin à lui tout seul, ce qui me plait c est son intransigeance, chose au combien rare de nos jours ou doit être politiquement correcte. Il est très malîn dans sa gestion du site et de son image, il y gagne sans doute beaucoup de puicos, mais j y gagne beaucoup d information et des vidéos que les distributeurs ne nous auraient sûrement pas mis à disposition; si il n y avait pas cette course à la communication.
    Merci à tous pour votre travail, Dévoreur, Mr Phal et Mr Cathala, vous me permettez beaucoup de plaisir dans le peu de temps de disponible qu il me reste en dehors de ma vie de papa et de mari. Et c est tout ce que je demandais.

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  2. Mouais, pas tout à fait d’accord avec tout ça… C’est peut-être l’âge, qui rend plus mesuré, ou l’ancienneté dans le monde des jeux, qui nous rend moins manipulable et plus prudent.
    Les marques c’est une affaire de « djeuns », souvent éphémère (J’ai une ado à la maison dont les marques de référence changent tous les 6 mois…).
    Quant à TT c’est aujourd’hui une machine à créer des buzz même quand il n’y a pas lieu.

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  3. Alors que dire…

    Que d’abord j’ai lu…. égérie… mairie !!! 😉

    Plus sérieusement… une vision globale pas inintéressante, mais un tantinet exagérée quand même…

    > D’une part l’étendue du champ d’action de l’auteur: quoi de commun entre un « c’est pas faux » et un « Abyss » par exemple.. acheter le second parce que l’on a aimé le premier juste parce qu’il s’agit du même auteur n’a pas de sens

    > D’autre part, si cette vision était si juste que ça, il suffirait que je fasse un nouveau prototype pour à tout coup trouver un éditeur, et il suffirait qu’un nouveau de mes jeux soit publié pour qu’il se vende à merveille… et ce n’est pas le cas !

    > Je vous rassure, il y a des gens (plein) qui n’aiment pas les jeux que je fais (tout particulièrement pour les jeux familiaux en ce qui concerne l’équilibre maîtrise / aléas) et qui ne se privent pas de le dire, que ce soit sur TT ou BGG. Si j’accepte de m’exposer au travers de mes publications, ces avis ne me dérangent en aucun cas (ça fait partie du jeu…), sauf s’ils sont agressifs et fielleux (ça arrive parfois.. heureusement rarement)

    Bref.. la notion de « marque », et de l’attrait imparable qu’elle est censée exercer sur notre petit milieu me semble un peu fort.
    Et j’ai encore moins envie d’être à la mode… car c’est le meilleur moyen de devenir vite démodé.

    Il n’en est pas moins vrai que je pense qu’effectivement au fil du temps, des sorties, des salons, de mes communications sur les réseaux sociaux, je ne peux que constater une vraie reconnaissance de mon travail d’auteur. Mais cette reconnaissance n’est pas aveugle, au contraire. Les joueurs que je crois sur les salons ou sur les réseaux n’hésitent pas à m’interpeller pour évoquer ce qu’ils ont aimé, mais aussi moins aimé, sur mes derniers jeux. Et ces échanges simples et naturels sont aussi agréables que précieux…

    Pourvu que ça dure !

    Bruno

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  4. Pour ma part je trouve les propos assez justes ! Je ressent en effet cela avec les jeux de Bruno.
    Le personnage est tellement attachant qu’on a envie de s’intéresser à ses jeux, d’autant plus qu’ils sont bons.

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  5. d’une, je suis plutôt Mopsien que Phalite 🙂
    Et de deux, désigner ces individus comme des marques, oui ok, c’est dans l’air du temps et c’est communément admis, mais plutôt qu’être déifiés et peu critiqués par leurs admirateurs, j’ai plutôt l’impression qu’ils servent de repères dans l’acte de consommation ludique. Si je vois Cathala sur une boîte, je serai en effet enclin avec une certaine forme de jeu que j’apprécie, cela me fera le choisir en excluant quatre ou cinq autres jeux du même accabit. Sans ce repère, je me retiendrai d’acheter un jeu parmi d’autres, de peur d’être déçu, mon optique de ludothèque étant de rassembler des jeux aux systèmes originaux/ bien rodés.
    Il me semble normal d’avoir des icônes, dans n’importe quel hobby ou aspect de la société. Sans que cela ne dégénère vers l’idolâtrie, ce sont les repères indispensables dans une surproduction de biens et de services.

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  6. Être une marque n’implique pas que l’on aime la marque en question : cela implique que l’on se positionne par rapport à elle, que c’est une référence. Effectivement, le style de jeux portés par Bruno Cathala (la « convivialité vicieuse ») est bien identifié aujourd’hui. Comme un temps le « chaos » dans les jeux était associé à Bruno Faidutti ou les thèmes plaquées sur une même mécanique à Reiner Knizia. Donc oui, ces personnes sont des références, qu’on aime ou pas, cela n’a pas d’importance : ils sont associés à un type de jeux (même s’ils sont tous capables de faire autre chose).

    TT en est une également : on aime ou pas (je n’aime plus), le site est clairement identifié et plus que tous les auteurs cités a une vraie démarche et un vrai savoir-faire pour cela. La grande différence par rapport aux auteurs cités est que TT ne porte rien sur le plan ludique. Sa communauté fut un temps associé à regroupement d’Ayatollah ludiques mais ce n’est plus – je crois – le cas aujourd’hui et le site n’est pas sa communauté. Il n’a d’ailleurs jamais défendu ce point de vue. Ce que porte TT aujourd’hui est simplement l’idée que les jeux sont un produit de consommation car le site est historiquement et massivement bien plus un site de conseil d’achat animé avec talent, qu’un site de jeux. Ce n’est pas propre à TT, c’est propre à tout le web ludique ou presque, y compris une bonne partie de ma contribution à celui-ci. Cela en est à un point, où certains ne voient même plus la différence entre parler des jeux que l’ont peut acheter et parler de comment on joue aux jeux. J’ai connu des personnes qui passaient plus de temps à choisir, acheter et préparer leurs jeux (plastification, aides jeux…) qu’à jouer : donc plus de temps à acquérir et valoriser un produit qu’à l’utiliser. Je ne peux pas leur en vouloir, j’ai mis quelques années à me réveiller moi aussi.

    Alors, oui j’achèterais surement un jour un (autre) jeu de Bruno. Mais non, je ne financerai surement jamais TT car je n’aime pas le message que ce site porte. Ce qui me désole le plus en lisant ce que tu dis Gus – ce dont je n’avais pas pris conscience avant – est que l’image de notre loisir dans les médias, festivals, émissions, ..etc, ce sera celle que porte TT : le jeu est un produit de consommation. On est pas sorti de l’auberge.

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    1. Vraiment intéressant comme échange.
      Comment ne pas être dans la consommation au vue des sorties gargantuesques de cette année.
      À ma décharge je ne suis l activité ludique que de cette année, mais les sorties semblent vraiment importantes en 2014. Et la plupart en cette fin d année. Quel est l intérêt, sauf si on est étudiant et qu’on du temps sans femmes et enfants ( on frôle le clicher), d avoir plein de belles boîtes si on a à peine le temps d y jouer qu’un autre jeux toujours très intéressant, déboule sur le marché? Pour tric trac, il me semble que l ampleur de ce site, et essentiellement de cette année.
      Les boutiques ne font guère mieux pour les grosses enseignes, que de nous re fourguer des grosses boîtes sans vraiment essayer de me comprendre en tant que joueur.
      Contrairement a ma petite boutique sur Angers qui prend le temps de partager et de me faire des démos.
      Après réflexions, c est ce qui me pousserait à ne pas prendre Abyss, si je veux pleinement profiter des autres.

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  7. Cathala, sans doute. Il a un style, il est donc tout à fait normal que des joueurs s’y reconnaissent et le suivent. D’ailleurs, je le suis moi-même avec attention et je regarde tous ses nouveaux jeux. C’est sans doute vrai, dans une moindre mesure, d’autres auteurs comme Antoine Bauza, ou même encore de vieux auteurs comme moi.

    Phal, même si je suis peut-être un peu déformé par le fait que je ne l’apprécie guère, j’ai quand même l’impression qu’il y aujourd’hui parmi les joueurs français plus de gens qu’il énerve que de gens qui le suivent. Son aura me semble paradoxalement plus forte en dehors du monde du jeu, notamment dans la presse pour laquelle Tric Trac est la seule expression visible du milieu ludique, que parmi les joueurs.

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    1. Merci pour ton commentaire Bruno.

      « Son aura me semble paradoxalement plus forte en dehors du monde du jeu, notamment dans la presse pour laquelle Tric Trac est la seule expression visible du milieu ludique ». CQFD. Une égérie, justement. Même si d’après toi pas intrinsèque, Phal est quand même considéré comme une « figure emblématique » et de référence du jeu de société moderne. Qu’on apprécie ou qu’on n’apprécie pas le bonhomme, là n’est pas la question.

      Mais je trouve quand même intéressant de constater que 1. on ne touche pas impunément aux égéries 2. ils sont les véritables ambassadeurs, intra ou extrinsèques, de notre activité.

      ps je viens de commander ton Masca2 😉

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