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Chaosium contre l’IA : comment prouver qu’un texte est humain ?

Photo by Jeremy Mowery on Unsplash, Chaosium IA, article banniĂšre

đŸš« Chaosium retire plus de 40 scĂ©narios communautaires pour utilisation de l’IA, sans noms ni recours dĂ©crit. Peut-on prouver qu’un texte a Ă©tĂ© Ă©crit par un humain ? Analyse.


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Chaosium contre l’IA : comment prouver qu’un texte est humain ?

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L’essentiel en 3 points :

  • Chaosium a retirĂ© plus de 40 titres de jeux créés par la communautĂ©.
  • Ses critĂšres mĂȘlent expertise maison, dĂ©tecteurs non identifiĂ©s et indices de style faillibles.
  • Aucune procĂ©dure d’appel n’est dĂ©crite, alors que la sanction vise aussi les publications futures.

Le 21 octobre 2026, Chaosium a annoncĂ© avoir retirĂ© de DriveThruRPG plus de quarante publications communautaires pour usage de texte gĂ©nĂ©rĂ© par IA, et prĂ©venu que les futures parutions de leurs crĂ©ateurs subiraient le mĂȘme sort. Un coup de balai que beaucoup applaudiront. Reste une question nettement plus Ă©pineuse : quel niveau de preuve faut-il avant d’effacer un livre, puis son auteurice ?

Depuis le 21 octobre, Chaosium, l’éditeur de L’Appel de Cthulhu, a publiĂ© sur son blog une mise au point au titre sobre (« Update on the use of AI text in Chaosium Community Content programs Â») et au contenu nettement moins
 sexy : plus de quarante publications communautaires ont Ă©tĂ© retirĂ©es de la vente en quelques jours, pour usage de texte gĂ©nĂ©rĂ© par intelligence artificielle.

Ce que Chaosium a réellement annoncé

Le billet est publiĂ© par Michael O’Brien, vice-prĂ©sident de la maison, et signĂ© par l’équipe des ambassadeurs du contenu communautaire : Bridgett, Don, Mark, MOB et Nick. Le chiffre exact n’est pas donnĂ© ; on lit seulement « 40+ Â». Quatre programmes hĂ©bergĂ©s sur DriveThruRPG sont concernĂ©s : le Miskatonic Repository (L’Appel de Cthulhu), le Jonstown Compendium (RuneQuest et Glorantha), Companions of Arthur (Pendragon) et Sagas of the North (Age of Vikings).

La sanction dĂ©passe les livres incriminĂ©s. Les publications prĂ©sentant les caractĂ©ristiques de ce que l’éditeur appelle l’« AI-speak Â» seront retirĂ©es, tout comme les futures publications de leurs crĂ©ateurices. On ne modĂšre plus un PDF : on claque la porte, tout simplement.

CĂŽtĂ© mĂ©thode, Chaosium dit croiser l’instinct de ses Ă©quipes, forgĂ© par des dĂ©cennies d’écriture et de maĂźtrise, avec plusieurs outils de dĂ©tection d’IA, sans en nommer aucun. Premier dĂ©clencheur : le volume. Quand un auteur ou une autrice inconnue surgit de nulle part et publie un ou plusieurs scĂ©nars par jour, les soupçons naissent, et l’examen les confirme vite. Selon l’éditeur.

Une liste d’indices
 qui ressemble parfois à un bonne relectrice

Vient ensuite une liste de signes rĂ©vĂ©lateurs. Certains visent juste : des rĂšgles ou un lore appliquĂ©s presque correctement, des conseils au meneur qui sonnent faux, des scĂ©narios bavards dont on ne comprend jamais vraiment le fonctionnement, faute d’avoir Ă©tĂ© pensĂ©s par quelqu’un qui fait jouer. LĂ , on est dans l’expertise ludique pure, et c’est sans doute le point fort de la mĂ©thode.

D’autres critĂšres laissent plus perplexe : grammaire et orthographe parfaites, zĂ©ro coquille, mise en forme uniforme bourrĂ©e de listes et de tableaux, maquette « exportĂ©e Â» plutĂŽt que composĂ©e
 et les tirets cadratins, signe typographique que l’éditeur reconnaĂźt lui-mĂȘme innocent et utile. (Nous en avons glissĂ© quelques-uns dans nos colonnes au fil des ans. Nous assumons.)

Le hic : pris isolĂ©ment, aucun de ces indices ne prouve quoi que ce soit. Un correcteur professionnel supprime les fautes. Les gabarits Word et InDesign que Chaosium fournit lui-mĂȘme aux auteurices du Miskatonic Repository produisent des maquettes « propres ». Et aimer les tables alĂ©atoires n’a jamais fait de personne un robot.

Le ton du billet, lui, ne s’embarrasse pas de nuances : pour Chaosium, l’IA n’est pas de l’art mais du vol. L’éditeur dĂ©conseille jusqu’aux suggestions automatiques de Copilot, de Gemini ou des correcteurs intĂ©grĂ©s, et conclut d’un lapidaire « Just don’t use AI Â».

Les dĂ©tecteurs ? Utiles pour soupçonner, fragiles pour condamner

Le bilan public des logiciels invite Ă  la prudence. En 2023, une Ă©tude parue dans la revue Patterns a soumis 91 rĂ©dactions du TOEFL, Ă©crites par des humains non anglophones, Ă  sept dĂ©tecteurs : en moyenne, 61,3 % ont Ă©tĂ© Ă©tiquetĂ©es comme produites par une IA. La mĂȘme annĂ©e, OpenAI retirait son propre classificateur pour manque de prĂ©cision : il ne repĂ©rait que 26 % des textes artificiels et accusait Ă  tort 9 % des textes humains.

Les outils ont progressĂ© depuis. Coucou Pangram. Mais dans la vraie vie, on ignore quel modĂšle a servi, avec quelles consignes, quelles réécritures, quel correcteur. Un dĂ©tecteur mesure une ressemblance statistique ; il ne reconstitue pas l’histoire d’un manuscrit.

Pour nos lecteurices, l’enjeu est trĂšs concret : un ou une autrice suisse, belge, française ou quĂ©bĂ©coise qui Ă©crit en anglais pour toucher le public de DriveThruRPG, avec une syntaxe prudente et un correcteur orthographique, coche dĂ©jĂ  plusieurs cases de la liste. Pas glop.

Une justice sans dossier

Ce que le billet tait pĂšse autant que ce qu’il dit. Aucun titre, aucune auteurice n’est nommĂ©e ; Chaosium invite mĂȘme Ă  ne pas spĂ©culer et prĂ©cise seulement qu’aucune des crĂ©ateurices concernĂ©es n’appartenait Ă  ses groupes Facebook d’auteurs et autrices. Aucun dĂ©tecteur n’est identifiĂ©, aucun taux d’erreur communiquĂ©, et le texte ne dĂ©crit aucune procĂ©dure de contestation.

Vouloir Ă©viter le harcĂšlement en ligne se comprend. Mais cette discrĂ©tion rend toute Ă©valuation indĂ©pendante impossible. Il est plausible qu’un compte publiant un scĂ©nar par jour s’appuie sur une machine. Plausible n’est pas prouvĂ©. En pleine affaire ThĂ©lyson OrĂ©lien, celle-ci avec Chaosium prend toute son importance. Face Ă  l’IA, le flair fait un excellent chien de garde. Un juge, beaucoup moins.

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Avant de bannir un auteur pour usage d’IA, il faut surtout


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