đš Absinthe, muses et malnutrition ! Notre test de La BohĂšme, le jeu de sociĂ©tĂ© le plus dĂ©jantĂ© et artistique de l’annĂ©e.
La BohĂšme : De l’art, de la galĂšre et du deck-building

â ïž Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous nâavons reçu aucune contrepartie de la part de lâĂ©diteur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.
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L’essentiel en 3 points :
- La BohĂšme est un jeu de deck-building et de programmation qui vous plonge dans la vie trĂ©pidante des artistes du Paris de la Belle Ăpoque.
- Le jeu se dĂ©marque par sa phase narrative unique, oĂč les joueurs racontent leur journĂ©e aprĂšs avoir programmĂ© leurs actions, renforçant considĂ©rablement l’immersion.
- MalgrĂ© quelques lourdeurs de calcul et un potentiel avantage au premier joueur, c’est une expĂ©rience magnifique et thĂ©matique.
C’est le matin Ă Montmartre, vous avez faim, votre toile est vierge, et votre muse vient de vous poser un lapin. Que faites-vous ?
Paris, fin du XIXe siĂšcle. L’air crĂ©pite d’idĂ©es nouvelles, les cafĂ©s sont enfumĂ©s, l’absinthe coule Ă flots et vous⊠vous ĂȘtes une ou un artiste. Un vrai. Un bohĂšme. Vous cherchez l’inspiration au coin d’une rue pavĂ©e, vous dĂ©battez de manifestes rĂ©volutionnaires, et vous tentez dĂ©sespĂ©rĂ©ment de ne pas mourir de faim.
Câest le dĂ©cor de La BohĂšme, le dernier nĂ© de Portal Games (conçu par Jasper de Lange) et localisĂ© ce mois de dĂ©cembre en VF par IELLO.
Oubliez les dragons et les conquĂȘtes spatiales. Ici, votre quĂȘte est celle de la reconnaissance artistique. Fun !
La BohĂšme est un jeu de deck-building narratif (oui je mets en gras, parce qu’il faut le prĂ©ciser), de 1-4, environ 60 min, 14+, qui rĂ©ussit un tour de force : transformer la gestion de cartes en une vĂ©ritable tranche de vie. Au XIXe.
Une journĂ©e dans la peau dâun bohĂšme
Le cĆur du jeu fait preuve dâune certaine originalitĂ©. Chaque manche reprĂ©sente une journĂ©e. Vous allez programmer vos actions pour le matin, l’aprĂšs-midi, le soir et la nuit. Mais ce n’est pas juste une optimisation⊠froide. Une fois les cartes rĂ©vĂ©lĂ©es, le jeu nous invite Ă raconter notre journĂ©e.
« Alors, ce matin, je me suis enfermĂ© dans ma chambre pour mĂ©diter. L’aprĂšs-midi, j’ai bossĂ© sur un manifeste qui va changer le monde. Le soir, j’ai piquĂ© une crise de jalousie, avant de finir la nuit Ă me jeter corps et Ăąme dans l’imprĂ©vu. »
Cette ph(r)ase narrative change tout. On ne se contente pas de combiner des effets. On vit les aspirations, les drames et les turpitudes de notre perso.
L’immersion est totale, portĂ©e par des illustrations franchement SOMPTUEUSES. Chaque carte est une Ćuvre d’art en soi, capturant l’effervescence et la joie de vivre de la Belle Ăpoque.

Le dilemme de lâartiste, crĂ©er ou manger ?
Sous ses airs frivoles et artistiques, La BohĂšme cache une mĂ©canique solide et pleine de tension. Votre deck de dĂ©part est lĂ©gĂšrement asymĂ©trique, et chaque tour va vous triturer les neurones dans tous les sens. C’est passionnant, c’est passionnĂ©. L’objectif est de gĂ©nĂ©rer assez d’inspiration pour rĂ©aliser des Ćuvres majeures.
Mais la vie de bohĂšme n’est pas un long fleuve tranquille. Si vous dĂ©cidez de sĂ©cher le travail pour courir les muses, vous risquez de rĂ©colter des cartes « DĂ©sarroi » (Hardship, en anglais). Et elles ne rigolent pas. Malnutrition, perfectionnisme maladif, voire hypersexualitĂ© (oui, le jeu ose tout !)⊠ces cartes viennent pourrir votre deck et peuvent ĂȘtre brutalement punitives.
Apprendre Ă gĂ©rer ces galĂšres devient vite la prioritĂ©. C’est thĂ©matique, c’est tendu, c’est savoureux.
Les petites fausses notes
Le tableau est-il parfait ? Presque, mais pas tout Ă fait.
On ressent parfois une petite dissonance. AprĂšs avoir racontĂ© notre journĂ©e Ă©pique pleine d’Ă©motions, il faut immĂ©diatement sortir la calculette pour compter les points d’inspiration. Ce retour brutal Ă la mĂ©canique casse un peu l’ambiance conteuse qu’on venait d’instaurer. C’est un peu comme si Van Gogh devait remplir un tableau Excel aprĂšs avoir peint « La Nuit Ă©toilĂ©e ».
L’ordre du tour peut aussi crĂ©er des frustrations. Les Ćuvres Ă accomplir coĂ»tent de plus en plus cher. Si vous jouez en premier, vous pouvez acheter l’Ćuvre la moins chĂšre, prendre de l’avance et bĂ©nĂ©ficier d’un bonus permanent. Un effet « win-more », ou « win to win », le gagnant gagne encore plus, qui peut ĂȘtre difficile Ă rattraper pour les autres.
Attention Ă©galement si vous jouez en famille : le thĂšme est mature. Entre les cartes grivoises (comme « faire l’amour avec abandon ») et les maladies bohĂšmes, attendez-vous Ă devoir expliquer quelques concepts dĂ©licats aux plus jeunes. Le 14+ est justifiĂ©.
Enfin, la montĂ©e en puissance nĂ©cessaire pour rĂ©aliser les grands exploits artistiques prend du temps. La partie peut s’Ă©tirer un peu, dĂ©passant parfois l’heure annoncĂ©e, avec un lĂ©ger creux en milieu de jeu.
La BohĂšme, verdict
La BohĂšme est sans conteste l’une des plus belles surprises de cette fin d’annĂ©e. C’est un ovni ludique, un deck-builder qui ose marier narration et programmation d’une maniĂšre franchement, fraĂźchement inĂ©dite.
L’immersion est excellente, le matĂ©riel magnifique, et le plaisir de raconter ses mĂ©saventures d’artiste est rĂ©el. Si on se prend au jeu. Sinon La BohĂšme risque de faire un four. MalgrĂ© quelques lourdeurs arithmĂ©tiques et un avantage potentiel au premier joueur, La BohĂšme offre une expĂ©rience riche, originale et dĂ©licieusement thĂ©matique.
- On a aimĂ© : L’immersion totale. On s’y croirait, l’odeur de tĂ©rĂ©benthine (et de malnutrition) en moins.
- On a moins aimĂ© : Devoir calculer ses points juste aprĂšs avoir racontĂ© une nuit de dĂ©bauche artistique. Ăa casse un peu le mood.
- Câest plutĂŽt pour vous si⊠Vous aimez raconter des histoires, que le thĂšme vous parle, et que vous cherchez un deck-builder qui sort des sentiers battus.
- Ce nâest plutĂŽt pas pour vous si⊠Vous ĂȘtes allergique Ă l’arithmĂ©tique de fin de tour ou si le mot « hypersexualité » vous fait rougir Ă table.

Bohemians, c’est l’art de transformer une galĂšre quotidienne en chef-d’Ćuvre ludique.
4/5 = oui !
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