Ce jeu nous a été offert par le distributeur Asmodée pour test et critique sur notre site.
Et pardon pour le titre.
Blood Rage est sorti en vo et en vf pratiquement en même temps en novembre 2015. Créé par le talentueux auteur américain Eric M. Lang (Quarriors, Xcom) et édité par Cool Mini or Not en vo et EDGE en vf.
Dès 13 ans, pour une durée de 60 à 90′, rarement plus, pour 2 à 4 joueurs. Voire à 5, avec l’extension.
Dans Blood Rage les joueurs incarnent un clan de vikings en proie avec le Ragnarök. Le Ragnarök est la fin du monde telle qu’annoncée par la mythologie nordique. Un petit tour sur Wikipedia vous en apprendra plus. Mais en gros, ça va bientôt chier dans le ventilo, et on le sent bien pendant la partie.
En tout début de partie on condamne une ou plusieurs régions du plateau, selon le nombre de joueurs, régions dans lesquels on ne pourra plus se rendre. Et tout au long de la partie d’autres régions vont elles aussi péricliter. On joue trois Ages, trois manches donc, et à chaque fin de manche une des régions est éliminée.
Au hasard sans qu’on puisse s’y préparer?
Non, tout est connu dès les premières secondes de la partie, on voit très bien quelles seront les régions affectées, on peut donc les éviter. Ou pas, justement. Dans Blood Rage, perdre et mourir rapporte des points de victoire, même parfois même plus que de gagner. Nous y reviendrons. Dans l’épopée Vikings, la lutte était aussi glorieuse que sanglante.
Est-ce que le thème est bien rendu? Est-ce qu’on s’y croirait?
Oui.
Un grand oui, sans appel. Le matériel y est pour beaucoup, nous y reviendrons plus tard. Mais les combats, violents, et le plateau qui rétrécit, manche après manche, parviennent très bien à intégrer le thème délétère et épique.
Alors oui, on est bien dans un jeu Cool Mini or Not (Zombicide). Le plastique c’est fantastique.
Des tonnes de figurines, bien taillées et nombreuses.
Il existe en effet quatre clans, qui reprennent les animaux-totems des vikings, Corbeau, Loup, Ours, Serpent, et chaque clan dispose de figurines spécifiques. Rajoutez un drakkar par clan, deux types de guerriers, même si au final semblable « sur le papier », et un chef / porte-étendard. Et huit monstres aussi impressionnants que turbulents.
Bref, de superbes figurines. Mais non-peintes, il faut le préciser.
Pour tous les aficionados du pinceau, ils se feront plaisir. Pour les mains gauches impatients comme moi, non, mais soit. Il vaut mieux des figurines non-peintes neutres que des figurines mal peintes et cheap.
Haaaaa, la fameuse passion dévorante du joueur et de ses figurines.
Pour pinailler un peu parce qu’on aime ça, relevons que le plateau est terne. Les couleurs sont mornes et les illustrations très peu homériques. Le tout sonne plat, surtout dès qu’on y installe le ballet de figurines.
On aurait pu espérer un plateau illustré par Naïade, pimpant, envoûtant, mais au lieu de cela on a droit à un service minimum. La région centrale, cruciale, Yggdrasil, est juste. Plate. Dommage.
Jeux après après jeux après, Cool Mini préfère investir temps et travail dans la qualité et la finesse de somptueuses figurines, sans véritablement peaufiner la qualité artistique et esthétique du reste. Alors que le reste fait aussi partie du tout. Bref.
Chaque joueur dispose de son clan avec des emplacements pour des cartes de développement. Au fil de la partie, on va pouvoir en effet y placer des cartes qui apporteront des modifications à son jeu: plus de points de victoire en cas de victoire et/ou défaite, déplacement accru, unités renforcées, etc.
Mais ce sont surtout les quêtes qu’on place face cachée sur son plateau personnel qui vont façonner le cœur-même du jeu.
Et comment fait-on l’acquisition de ces cartes? Et comment joue-t-on?
Draft. Tout simplement.
Chacune des trois manches commence en effet par une phase de draft. Tous les joueurs reçoivent 8 cartes, en garde une et fait tourner les 7 autres. A chaque fois qu’un joueur reçoit un tas de nouvelles cartes de son voisin il en sélectionne une. Etc, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux cartes qu’on défaussera. Tous les joueurs disposeront alors de 6 cartes.
On drafte alors trois type de cartes :
- Cartes d’attaque, qui rajoutent de la force à ses unités.
- Cartes de quête / objectif, qui rajoutent des points de victoire si réalisées.
- Cartes d’amélioration, qui donnent de nouveaux pouvoirs / éléments à son clan.
Ce sont les actions qui commencent alors. Chaque joueur, l’un après l’autre, va décider soit:
d’envahir, i.e. amener une de ses figurines de sa réserve sur le plateau
marcher, i.e. déplacer ses unités sur le plateau
développer, i.e. poser une carte de sa main sur son plateau personnel, pour développer les capacités de son clan
entamer une quête, i.e.poser une carte quête de sa main face cachée sur son plateau personnel
piller, i.e. s’emparer du pouvoir que la région octroie, pour autant qu’on ait mis des tatanes aux autres joueurs également présents et qu’on ait remporté la schlag.
Sachant que toutes ces actions se paient en ressource, la Rage, une ressource limitée qui peut se développer et qui se resette (je me resette, tu te resettes, qu’il se resettasse) manche après manche.
Bref, une mécanique simple et fluide.
Et qui dit vikings dit forcément tricot baston. Le système de combat est fluide et simplissime, sans aucun hasard ni lancer de dé cucul-la-praline (j’adore cette expression). Et tant mieux. Chaque faction additionne la force de ses unités présentes, et chaque joueur est obligé de poser une carte face cachée devant soi. Cela peut être une carte combat, un bonus qui s’ajoute à la somme des force de ses unités, ou une carte autre slash bidon slash bluff.
Une fois révélées et les totaux calculés, le joueur qui remporte la victoire pille la région, remporte des PV et défausse sa carte jouée. Le ou les autres adversaires, car oui on va forcément cogner plusieurs joueurs en même temps, sinon ça serait pas drôle, perdent leurs unités au Valhalla mais conservent leur carte.
Donc un système extrêmement simple et fluide. Sachant évidemment que les cartes amélioration de clan jouée vont peu à peu gonfler ses forces.
Comme il s’agit d’un jeu (mais pas que) d’affrontement, l’interaction est forcément importante. On tape sur les autres pour piller les régions, remplir ses objectifs et remporter des PV. Si vous êtes allergiques aux jeux de violents et sanguinaires, passez votre chemin.
Mais un peu comme Blackfleet des Space Cowboys, oui la comparaison est étrange, ce n’est pas parce que vous venez d’essuyer une vilaine défaite que vous allez forcément perdre la partie. Vous retrouverez vos unités dégommées avec jubilation à la prochaine manche. Les défaites ne sont donc pas incapacitantes.
Blood Rage fait clairement partie des jeux qu’il ne fallait pas rater en 2015. Car Blood Rage est un excellent jeu. Et surprenant.
Surprenant, car au vu du thème, violent, au vu de la couverture, sanguinaire, au vu des figurines, belliqueuses, on pourrait penser, à tort, avoir uniquement affaire à un jeu d’affrontement. Et non. Loin de là. Si la bagarre joue un rôle certain dans le jeu, elle n’est pas la seule et unique voie de succès. Loin de là. La preuve, je me fais souvent rétamer aux points par d’autres joueurs moins offensifs.
Ne voir Blood Rage que comme un jeu un de combat serait une grossière erreur, car on peut aussi gagner beaucoup de points en :
- accomplissant ses quêtes à chaque fin d’âge. Et parfois plusieurs fois la même si l’on a bien drafté. Les quêtes sont extrêmement profitables en terme de PV.
- perdant ses combats. Pardon??? Oui, vous avez bien lu. Selon vos cartes amélioration de clan, voire même quêtes, on remporte des PV selon le nombre d’unités perdues au Valhalla ou lors du Ragnarök (voir plus loin). Selon les vikings, tomber au combat est valeureux.
Un joueur qui ne baserait sa stratégie que sur les affrontements (clairement mon cas), pourrait se voir distancer en fin de partie par des joueurs plus subtils (clairement pas mon cas).
Et tiens, parlons du Ragnarök, une mécanique subtile. Comme dans la mythologie nordique, le Ragnarök représente la fin des temps. Dans le jeu, ce Ragnarök est représenté par la disparition de certaines régions du plateau. Ces régions sont connues dès le départ, on peut donc s’y préparer. Et le plateau, devenant de plus en plus petit, rajoute une tension indubitable à mesure que le jeu avance.
Et alors, est-ce que le Ragnarök est incapacitant si l’on y perd ses unités? Non, au contraire, pour chaque unité ainsi disparue, en fait juste défaussées au Valhalla / réserve, on gagne des PV. Parce que tomber au Ragnarök, pour un viking, c’est clâââââsse.
Bref, Blood Rage est un excellent jeu. Et court. Vu la taille, l’amplitude des règles, on pourrait croire que le jeu va durer 2-3h, et non. Les trois âges sont courts, pour une partie à quatre joueurs il faut compter environ 60′. Et tant mieux, cela donne envie d’en refaire une. On est clairement dans un jeu de société moderne aux parties ramassées. Dans les années 80, Blood Rage aurait duré 4-5h.
Un excellent jeu.
Des règles simples, fluides, instinctives: draft, points d’action, combats sans hasard.
Un jeu du même gabarit que Kemet ou Cyclades. Un matériel XXL pour un jeu court, incisif, tactique et stratégique.
Un jeu tout en finesse. Ne vous laissez pas fourvoyer par la couverture de la boîte. On peut passer sa partie à cogner ses voisins, mais sans aucune garantie de victoire en fin de partie.
Des parties courtes, ramassées.
De superbes figurines. Surtout les monstres. Tous les clans sont personnalisés.
Un jeu addictif, qui donne envie d’essayer plusieurs stratégies différentes.
La mécanique de Ragnarök.
Un thème fort, bien exploité.
Un jeu promis à un bel avenir. Déjà trois extensions dispo, cf. plus loin, et d’autres qui suivront certainement.
Un TOP de 2015.
Un plateau aux illustrations mornes, plutôt décevantes.
Que je sois une grosse pive en peinture de fig.
Des parties à 2 joueurs anecdotiques et plates, Surtout avec un draft creux. A 3 joueurs c’est presque même encore pire, avec la mécanique du « tir au pigeon » et le « joueur de l’ombre » qui fait que le troisième joueur pourrait très bien s’en sortir, loin des bisbilles. Attention, comprenez-moi bien, je ne dis pas qu’à 2-3 joueurs le jeu est nul, juste que c’est à 4 qu’il prend tout son souffle épique. A 4 ou à 5 joueurs en fait, car une extension pour 5 joueurs, et chère, est déjà dispo (tout bientôt en VF).
Crowdfunding, SG, add-ons et autres néologismes barbares oblige, il existe déjà trois extensions pour le jeu. Dont deux sont déjà agendées en VF pour ces prochains jours / semaines.
L’extension pour 5 joueurs, chère mais vraiment intéressante, parce qu’à 5 les confrontations sont encore plus tendues, le plateau encore plus serré.
Et l’extension Dieux d’Asgard, que je n’ai pas encore essayée, qui rajoute des Dieux dans les régions et qui changent quelque peu les règles. A voir si elle s’avère intéressante slash palpitante slash inutile.
Et enfin Mystics of Midgard, pour l’instant encore qu’en VO, mais ça ne saurait tarder de la voir jaillir en VF. Cette extension rajoute aux clans des mystiques aux pouvoirs spécifiques. Pas encore essayée non plus.
Bref, à peine sorti et le jeu compte déjà 3 extensions. C’est toute la magie de Kickstarter ça.
Vous pouvez trouver le jeu de base chez Philibert,
Et si vous aimez les hommes bien musclés, tatoués du crâne et du pancréas, maculés de sang et de boue et recouverts de peaux d’animaux morts, ne ratez pas l’excellente série Vikings,
dont la 4e saison est d’ores et déjà annoncée pour dans quelques semaines, le 18 février 2016.


















