Un exemplaire du jeu nous a été offert par le distributeur pour cette critique sur notre site
Saint-Pétersbourg (SP) est sorti début 2015 chez Filosofia en VF et Hans im Glück en VO, créé par l’éditeur allemand lui-même, Bernd Brunnhofer, en collaboration avec Karl-Heinz Schmiel (Tribun) pour les différents modules / variantes disponibles dans cette nouvelle édition. Pour 2 à 5 joueurs, d’une durée de 45′ et à partir de 10 ans.
Saint-Pétersbourg est une réédition crowdfundé du jeu sorti il y a 10 ans en 2004.
Dans SP on cherche à développer la ville de SP au début du 18e siècle, avec artisans, constructions et nobles à gérer. Un vrai jeu à l’allemande, i.e. que la mécanique représente véritablement le cœur du jeu, le thème n’est absolument ni intégré ni immersif, on oublie vite son thème et son titre au profit de sa mécanique.
Dans les jeux, et les critiques, on a souvent rapidement tendance à opposer Thème et Mécanique, comme s’ils étaient deux facettes absolument distinctes et pas facilement intégrables. En fait ce n’est pas si simple. Je vous propose de lire cet excellent article en gamedesign pour vous en convaincre.
Un petit plateau, quelques figurines en bois, le matériel principal de SP sont des cartes, beaucoup de cartes: cartes d’artisans, de nobles, de bâtiments.
Comme on dit entre deux tasses de café dans la langue de George Clooney, « beauty is in the eye of the beholder », en d’autres termes, la beauté est dans l’œil de celui qui la regarde. En résumé, les goûts et les couleurs. Tout ça pour dire que personnellement je trouve les illustrations des cartes et du plateau particulièrement laides et plates au possible.
La première édition de SP avait des illustrations vraiment vraiment particulières, courageuses, originales, Doris Matthäus (Primordial Soup) s’était lâchée pour nous proposer un style particulier, personnel, artistique, différent. Les illustrations et le graphisme de cette deuxième édition sont exactement le contraire. Décevant.
SP est découpé en plusieurs manches, elles-mêmes composées de phases à chaque fois pratiquement similaires, avec juste des cartes qui changent pour chaque phase.
En gros, on place des cartes face visibles sur le plateau, et soit on en achète une, soit on en prend une dans sa main (une réservation, exactement comme dans Splendor), soit on en pose une de sa main dans sa surface de jeu en payant son coût, soit on passe. Donc 4 actions possibles. Facile.
Sauf que, les cartes sont plutôt chères et que l’argent se fait rapidement rare. Sachant que pour toutes cartes semblables le coût diminue, et que les cartes restantes à la prochaine manche coûteront un de moins. Donc une certaine mécanique de « stop ou encore »: on achète tout de suite, on réserve ou l’on attend que ça devienne moins cher.
Certaines cartes rapporteront de l’argent, selon les phases, et d’autres rapporteront des points de victoire. Tout est question de bons choix d’investissement au bon moment.
Au final, les règles sont extrêmement claires, bien expliquées et très fluides. On n’attend pas entre son tour, même à 5 ça file, on est très loin d’un jeu vaisselle.
L’interaction est plutôt froide, on ne peut certes pas s’en prendre aux cartes des autres joueurs, mais il s’agit d’une véritable course aux points et surtout aux cartes les plus « juteuses ».
On peut (doit?) évidemment faire du contre-pick (=terme utilisé en draft Magic, prendre une carte qui ne vous arrange pas mais qui arrangerait votre voisin, ne pas la lui laisser) pour freiner ses voisins, c’est un peu la seule interaction. Et aussi le marché, un nouvel élément dans SP2e, qui introduit une autre course, une gestion de majorité de cartes pour obtenir de l’argent supplémentaire.
Bref, pas une interaction hyper forte mais on n’a de loin pas l’impression de jouer seul dans son coin, et le jeu des autres à la table est extrêmement lisible, même à 5, pas comme d’autres jeux.
Party-Gamers, Familles : non, pas vraiment, SP n’est pas « simple fun »
Hobby Gamers & Core Gamers : clairement! Un must-have. Vraiment.
Franchement, SP fait clairement partie de mon TOP 10 des meilleurs jeux de tous les temps (avec Caylus, Puerto Rico, Magic, et d’autres bien sûr). Pourquoi?
Parce que malgré des règles très « simples », SP est un pur jeu de gestion alliant une grosse part de stratégie avec une légère dose de tactique. La stratégie, contrairement à la tactique, c’est le fait de planifier ses prochaines actions, 2, 3, 175 coups à l’avance. Dans SP, même si à chaque tour de nouvelles cartes débarquent rajoutant une certaine part de tactique, donc d’opportunisme, il est impératif de bien réfléchir à ses prochains coups et de ne pas se ruer sur toutes les cartes, au risque de finir comme les blés, fauchés. Et donc stoppé net dans son développement.
Dans SP la gestion du temps est cruciale: quelle carte prendre et quand, pour bénéficier de ses avantages.
Vraiment, AMHA, tout amateur de jeux de société se doit de posséder SP dans sa ludothèque, au même titre que d’autres « classiques » de jeux de société modernes.
Et cette 2ed alors? 4 points positifs:
1. Elle permet d’y jouer à 5, alors que la première éd n’allait que jusqu’à 4, il fallait encore acheter une extension.
2. Elle propose plusieurs modules, appelons-les variantes, pour épicer / varier le jeu, donc « tout bénéf ».
3. Elle permet à ce « grand ancien » de revoir le jour, pour le plus grand plaisir des joueurs (ou en tout cas de moi, déjà).
4. Elle propose une nouvelle phase épique et stratégique, le marché.
Le seul gros gros regret que l’on pourrait avoir, c’est que l’éditeur allemand ait décidé de changer les illustrations, pour en proposer des lisses et plates, et c’est bien dommage car c’est au final le seul gros véritable point noir de cette réédition.
Et si, comme moi, vous êtes déjà l’heureux propriétaire de la première éd, vous faut-il acheter cette 2e éd? Si vous êtes un gros collectionneur de jeux, oui. S’il vous faut toutes les nouveautés, oui. Si vous n’avez aucune extension de la première éd, oui, car les différents modules et le marché représentent de réels intérêts et plus-value. Sinon, non.
Que ce « grand ancien » soit réédité
Un jeu fluide, nerveux, simple de prime abord mais recelant une surprenante profondeur de jeu
Une variabilité de jeu juste incroyable, aucune partie de ne se ressemble évidemment, selon les cartes qui sortent et les joueurs à la table, forcément
Plusieurs modules intégrés dans le jeu, pas besoin d’acheter d’extensions
La nouvelle phase de marché, un réel ajout au jeu
Aussi bon à 2 qu’à 5, ce qui est particulièrement rare pour être relevé. D’habitude les jeux ont un optimum malgré le nombre de joueurs annoncés, alors que dans SP ce n’est pas le cas, le jeu est excellent avec toutes les config.
Les illustrations des cartes et du plateau sans relief ni ambition.
Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert










