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Essen 2026 : 1 885 nouveautés, un marché qui grandit… grâce aux cartes

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📈 Le SPIEL Essen ouvre ce jeudi 22 octobre dans des halls remplis jusqu’au dernier mètre carré. Les chiffres du marché allemand sont bons.


Article écrit par :

Gus

Essen 2026 : 1 885 nouveautés, un marché qui grandit… grâce aux cartes

L’essentiel en 3 points

  • 997 exposants, 1 885 nouveautés, huit halls : Essen n’a plus de place pour grandir.
  • En Allemagne, jeux et puzzles font +8 % sur neuf mois, contre +3 % pour le jouet.
  • Cette croissance doit beaucoup aux cartes à collectionner et aux jeux pour adultes.

Cette année, à Essen, le plus difficile ne sera pas de trouver un nouveau jeu. Ce sera de choisir lequel regarder.

Le SPIEL Essen ouvre ce jeudi 22 octobre dans des halls remplis jusqu’au dernier mètre carré. Les chiffres du marché allemand sont bons. Mais en y regardant de près, ce n’est pas forcément le jeu de plateau qui tire la charrette.

Le SPIEL ouvre ses portes ce jeudi 22 octobre, jusqu’au dimanche 25, avec une pluie de records.

Huit halls, et plus un mètre carré de libre

Les chiffres d’abord. 81 200 m² d’exposition, contre 77 500 l’an dernier (+4,8 %). Pour la première fois, les huit halls de la Messe Essen sont occupés : le hall 8, jusqu’ici surtout utilisé pour faire patienter les visiteurs le matin, devient une vraie surface d’exposition.

997 exposants venus de 53 pays ont fait le déplacement, contre 948 venus de 50 pays en 2025. L’Allemagne en aligne 285, les États-Unis 102 et la France 54 — troisième nation exposante, ce qui n’est pas rien. L’Argentine, l’Indonésie, l’Islande, le Koweït et la Slovaquie complètent la carte.

Et après ? Rien. Selon Carol Rapp, directrice du salon, la Messe Essen n’a plus d’espace à offrir, et un déménagement n’est pas à l’ordre du jour : la SPIEL ’27 est déjà annoncée du 21 au 24 octobre 2027, au même endroit. La croissance par les mètres carrés, c’est terminé.

1 885 nouveautés

Le décompte officiel annoncé en conférence de presse est de 1 885, soit 9,6 % de plus qu’en 2025. Il s’agit de nouveautés déclarées par les exposants. Selon la Westdeutsche Zeitung, la liste inclut aussi des extensions, de nouvelles versions sous licence et des jeux qui paraissent pour la première fois en allemand.

Bref : énormément de jeux, mais pas forcément 1 885 jeux inédits.

Faisons un petit calcul de coin de table. Le salon est ouvert 35 heures sur quatre jours. Consacrer dix minutes à chaque nouveauté — même pas une partie, juste un coup d’œil appuyé — prendrait plus de 314 heures. Le catalogue gonfle d’environ 10 % par an quand la surface progresse de moins de 5 %. On voit le (gros) souci.

230 000 visiteurs. Un plafond

Autre chiffre à manier avec des pincettes : les 230 000 visiteurs. Ce n’est pas une fréquentation, c’est la capacité maximale permise par l’ouverture du hall 8, comme une prévision. Le vrai bilan ne tombera qu’après la fermeture, dimanche soir. Pour mémoire, 2025 avait accueilli 220 000 personnes.

La demande, elle, ne fait guère de doute. Au moment de la conférence de presse, seul le dimanche n’affichait pas encore complet : jeudi, vendredi et samedi étaient vendus. Et inutile d’espérer un guichet sur place : la billetterie est exclusivement en ligne.

Le marché allemand sourit, chiffres à l’appui

Les données présentées par Spieleverlage e.V., le groupement des éditeurs de jeux au sein du DVSI, à partir des chiffres de l’institut Circana, sont précises : sur les neuf premiers mois de 2026, la catégorie jeux et puzzles progresse de 8 % en Allemagne, contre 3 % pour l’ensemble du marché du jouet.

Dans le détail, toujours selon Circana, les « Adult Games » dépassent +20 %. Les cartes à collectionner stratégiques gagnent 17 %.

Côté moral, le Board Games Index, une enquête auprès des éditeurs avec 49 % de participation, respire l’optimisme : 86 % d’entre eux attendent un Noël stable ou meilleur, et 69 % jugent les « kidults », ces adultes qui jouent pour eux-mêmes, importants pour l’avenir de la branche. Hermann Hutter, président de Spieleverlage e.V., garde toutefois la tête froide : l’engouement exceptionnel de la pandémie ne pouvait pas se prolonger au même rythme.

Côté goûts, les organisateurs observent une demande pour des rythmes plus calmes, la nature, le fantastique, le manga et les grandes licences. Le Deutscher Spiele Preis 2026 en est presque une illustration : il couronne Artengarten de Mathias Wigge (Feuerland), version plus courte et allégée d’Arche Nova, devant Boss Fighters QR et Galactic Cruise. Un zoo, mais en format digeste. C’est Sanctuary, en VF chez Super Meeple.

… mais la croissance n’est pas celle qu’on croit

C’est ici qu’il faut sortir le microscope. Le +8 % concerne la catégorie statistique « jeux et puzzles », qui inclut les cartes à collectionner. En 2025 déjà, sans elles, les jeux de société ne progressaient que d’un peu plus de 6 %, selon les chiffres du DVSI relayés par Kulturgutspiel. Dire que « le jeu de société résiste mieux que le jouet » est donc exact… à condition de ranger Pokémon au rayon jeux de société.

Le cas d’Asmodee illustre bien le phénomène. Au premier trimestre de son exercice 2026/27, les cartes à collectionner ont pesé 284,8 M€ sur 422,1 M€ de ventes, soit plus des deux tiers. Sur l’exercice précédent, ses propres studios reculaient de 5,8 %, quand les éditeurs partenaires qu’il distribue progressaient de 40 %.

Et pendant que la catégorie grossit, certains acteurs tombent. Le distributeur et éditeur français Atalia a été placé en liquidation judiciaire le 8 juillet 2026. Son explication tient en une phrase que bien des boutiquiers pourraient signer : trop de sorties, et des magasins qui n’ont plus ni la place, ni le temps, ni la trésorerie pour tout référencer.

Alors, l’industrie produit-elle trop ? Pas par rapport à la demande globale, qui progresse. Mais vraisemblablement par rapport à l’attention, aux étagères et à la trésorerie disponibles pour accompagner chaque jeu. Ce n’est pas une crise du jeu : c’est une crise de visibilité.

Et chez nous ?

En France, la thèse allemande ne se vérifie pas telle quelle. Selon Circana, le jeu de société (hors cartes à collectionner et puzzles) a pesé 624 M€ en 2025, en hausse d’environ 4 %, quand l’ensemble des jeux et jouets progressait de 7,1 %. Ce sont les jeux de construction et les cartes qui tirent le marché français.

Pour la Suisse, la Belgique et le Québec, nous n’avons trouvé aucune donnée récente spécifique : le Board Games Index inclut des éditeurs suisses, mais ne publie pas de ventilation par pays.

Essen ne peut plus s’agrandir. Le jeu de société, lui, le peut encore — mais il va devoir choisir : sortir moins de boîtes, ou laisser à chacune le temps d’exister.

Quant à nous, oui, nous serons aussi à Essen. C’est notre reporter Gaëtan qui couvrira l’événement pour vous.

Sources et références utiles

✍️ Sans compter le podcast (DALIA 4), cet article a un niveau DALIA de 2.


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