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616 millions en trois mois : Magic est-il trop gros pour Hasbro ?

đŸ’” 616 millions en trois mois : Magic bat son record et pĂšse prĂšs de 40 % de Hasbro. Analyse d’une dĂ©pendance que le groupe classe lui-mĂȘme parmi ses risques.


Article écrit par :

LoĂŻc

616 millions en trois mois : Magic est-il trop gros pour Hasbro ?

L’essentiel en 3 points :

  • Magic a rĂ©alisĂ© 616,1 M$ au troisiĂšme trimestre 2026, soit +34 % sur un an.
  • La franchise pĂšse 38,6 % des revenus de Hasbro, contre environ 18 % en 2022.
  • Hasbro cite lui-mĂȘme la concentration croissante de ses ventes autour de Magic.

Pour la premiĂšre fois de son histoire, Magic: The Gathering a dĂ©passĂ© 600 millions de dollars de chiffre d’affaires en un seul trimestre. Un record qui pĂšse 38,6 % des revenus de Hasbro.

Il y a quatre ans, Magic Ă©tait une belle franchise au sein d’un groupe de jouets. Aujourd’hui, c’est presque quatre dollars sur dix encaissĂ©s par Hasbro.

Un trimestre hors catégorie

Le 20 octobre 2026, Hasbro a publiĂ© ses comptes du troisiĂšme trimestre, clos le 27 septembre. Une ligne Ă©crase toutes les autres : 616,1 millions de dollars pour Magic: The Gathering, contre 459,4 millions un an plus tĂŽt. Soit +34 %. Le cap des 600 millions n’avait jamais Ă©tĂ© franchi – et celui des 500 millions venait seulement de tomber au trimestre prĂ©cĂ©dent, grĂące Ă  Marvel Super Heroes (communiquĂ© du T3).

Hasbro attribue la performance Ă  deux extensions : The Hobbit, sortie en aoĂ»t, et Reality Fracture (RĂ©alitĂ© fracturĂ©e en VF). La division Wizards of the Coast & Digital Gaming grimpe de 31 %, Ă  747,2 millions. Les produits grand public – Play-Doh, Transformers et compagnie – n’avancent que de 4 %. Au total, Hasbro affiche 1,595 milliard de dollars (+15 %) et relĂšve sa prĂ©vision annuelle Ă  +7 Ă  9 % Ă  taux de change constants, contre +5 Ă  7 % auparavant.

Un astérisque à 40 millions

Avant de sortir le champagne (ou le thĂ© de Bilbon), Hasbro comptabilise ses ventes aux distributeurs, pas les boosters ouverts sur les tables des boutiques. Or Reality Fracture n’est officiellement sorti que le 2 octobre, aprĂšs la clĂŽture du trimestre. Lors de la confĂ©rence avec les analystes, la direction a prĂ©cisĂ© qu’environ 40 millions de dollars de ventes Magic attendues au quatriĂšme trimestre avaient Ă©tĂ© enregistrĂ©es dĂšs le troisiĂšme, en raison du calendrier de livraison.

Retirons mĂ©caniquement ces 40 millions – exercice indicatif, pas un chiffre officiel : il reste environ 576 millions, soit encore quelque 25 % de croissance. Le record ne sort donc pas d’un chapeau comptable. C’est quand mĂȘme assez dingue.

De 18 % Ă  prĂšs de 40 %, le centre de gravitĂ© a bougĂ©

Le poids de Magic dans les revenus de Hasbro, d’aprĂšs nos calculs Ă  partir des rĂ©sultats publiĂ©s :

  • 2022 : 1,065 Md$, soit 18,2 % du groupe
  • 2023 : 1,086 Md$, soit 21,7 %
  • 2024 : 1,079 Md$, soit 26,1 %
  • 2025 : 1,72 Md$, soit 36,6 %
  • Neuf premiers mois de 2026 : 1,631 Md$, soit 43,7 %

Attention toutefois Ă  l’effet d’optique : une partie de cette montĂ©e vient du fait que Hasbro a rĂ©trĂ©ci, avec la cession d’eOne fin 2023 et des jouets en recul. Mais 2025 change la nature du phĂ©nomĂšne : Magic y bondit de 59 % en douze mois.

CĂŽtĂ© profits, c’est encore plus net. Wizards & Digital Gaming dĂ©gage 367,4 millions de rĂ©sultat opĂ©rationnel ce trimestre, avec une marge de 49,2 %. RapportĂ© aux 541,2 millions de rĂ©sultat opĂ©rationnel ajustĂ© du groupe, cela fait environ 68 %. Et le joli bond des jouets doit beaucoup Ă  48 millions de remboursements de droits de douane. (PrĂ©cision utile : Hasbro publie le rĂ©sultat de la division, pas celui de Magic seul.)

Plus de sets, plus d’argent ? Pas si simple

L’intuition de dĂ©part : Hasbro multiplie les sorties parce qu’il ne peut plus se permettre de ralentir. Les chiffres la confirment
 en partie seulement. En 2024, le calendrier Ă©tait copieux – Bloomburrow, Duskmourn, Modern Horizons 3, Fallout, Assassin’s Creed – et pourtant les revenus de Magic ont reculĂ© de 1 %, faute de pouvoir rééditer l’effet Seigneur des Anneaux de 2023. Le volume seul ne fait pas la recette.

Le dĂ©clic vient en 2025, quand les sets Universes Beyond deviennent lĂ©gaux en Standard : six grandes sorties, dont trois sous licence, et Final Fantasy qui devient la plus grosse extension de l’histoire du jeu. En 2026, on passe Ă  sept grandes sorties, dont quatre licences : Teenage Mutant Ninja Turtles, Marvel Super Heroes, The Hobbit et Star Trek, attendu le 13 novembre. Wizards prĂ©sente ce chiffre comme une exception et annonce six sets pour 2027, trois maison et trois sous licence.

Sauf que six ne veut pas forcĂ©ment dire moins. Selon la direction, chacun des sets de 2027 aura une gamme complĂšte (decks Commander, produits collector), une gamme complĂšte pouvant gĂ©nĂ©rer 50 % de ventes en plus par extension. Moins de logos, plus de produits par logo. Ajoutez Secret Lair, les Collector Boosters et des premiers tirages revus Ă  la hausse : la directrice financiĂšre Gina Goetter reconnaĂźt que Hasbro n’a jamais produit autant de Magic.

Le vilain mot ? Concentration

Le plus intĂ©ressant ne se trouve pas dans ces chiffres de ouf en mode on se la pĂšte, mais dans les petites lignes. Parmi les facteurs de risque de son communiquĂ©, Hasbro mentionne sa capacitĂ© Ă  lancer des produits acceptĂ©s par le public :

« â€Š en particulier pour des marques telles que Magic: The Gathering, pour lesquelles nous constatons une concentration croissante de nos ventes et de nos profits. Â» (traduction Gus&Co)

Le raisonnement tient en deux phrases. À 18 % des revenus, un millĂ©sime ratĂ© est un mauvais moment Ă  passer. À prĂšs de 40 %, c’est un trou dans les comptes d’un groupe cotĂ© en Bourse. Et chaque blockbuster devient la base de comparaison de l’annĂ©e suivante : en 2027, il faudra battre une annĂ©e 2026 qui pourrait approcher, voire dĂ©passer, les 2 milliards (estimation de notre part, pas une prĂ©vision de Hasbro). La direction annonce d’ailleurs dĂ©jĂ  un quatriĂšme trimestre en lĂ©ger recul pour Magic, contrecoup des livraisons avancĂ©es.

CĂŽtĂ© communautĂ©, la fatigue est rĂ©elle : Mark Rosewater a dĂ» promettre que les sept sets de 2026 resteraient l’exception. Et pour les boutiques, sept sorties, c’est sept fois avancer la trĂ©so.

Alors, trop gros ?

FinanciĂšrement, oui. Aucune autre marque du groupe ne pourrait absorber un trou d’air de Magic, et Hasbro l’écrit lui-mĂȘme. Mais « trop important Â» ne veut pas dire « en danger Â» : le jeu organisĂ© progresse, le rĂ©seau Wizards Play Network revendique plus de 13 000 boutiques et le fonds de catalogue se vend. Ce sont des signaux de santĂ©, pas de bulle.

Le vrai risque est plus subtil. Magic n’a plus seulement le droit de pondre des Ɠufs d’or : il en a l’obligation, tous les trimestres. Reste Ă  savoir combien de temps le jeu pourra grandir avant que cette obligation de croissance ne finisse par changer Magic lui-mĂȘme.

✍ Sans compter le podcast (DALIA 4), cet article a un niveau DALIA de 2.


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