đïž L’ancĂȘtre du Backgammon retrouvĂ© gravĂ© dans le marbre en Turquie ! Quand les Romains « trichaient » avec la religion pour pouvoir lancer les dĂ©s.
Des jeux gravés dans le marbre : Découvertes à Stratonikeia et Lagina
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L’essentiel en 3 points :
- 5 plateaux de jeu antiques de type Backgammon trouvĂ©s gravĂ©s Ă mĂȘme le sol en Turquie.
- MalgrĂ© l’interdiction de l’Ăglise, on jouait partout : dans la rue, aux bains et mĂȘme dans les temples !
- Les joueurs gravaient des croix chrétiennes sur les plateaux païens pour « bénir » leurs parties et déculpabiliser le geste.
Oubliez vos tables de jeu en bois prĂ©cieux Ă 2 000 balles, les vrais gamers de l’AntiquitĂ© jouaient Ă mĂȘme le trottoir !
C’est une nouvelle qui va faire frĂ©tiller les meeples de plaisir et vibrer la corde sensible de tout historienne et historien ludique qui se respecte. Vous vous baladez en Turquie, vous baissez les yeux vers le pavĂ© d’une rue antique et⊠surprise ! Ce n’est pas un nid de poule, c’est un plateau de jeu.
Fin dĂ©cembre 2025, deux archĂ©ologues (Nihal DurnagölĂŒ et Bilal SöÄĂŒt) viennent de mettre au jour et d’analyser cinq plateaux de jeu exceptionnels gravĂ©s Ă mĂȘme la pierre sur les sites de Stratonikeia (StratonicĂ©e de Carie) et Lagina. Et le plus ouf ? C’est que 1 500 ans plus tard, on rĂ©alise que les joueurs de l’AntiquitĂ© nous ressemblaient bien plus qu’on ne le croit. Allez, suivez la guide, je vous emmĂšne aujourd’hui en voyage temporel, direction l’AntiquitĂ© tardive, lĂ oĂč on lançait les dĂ©s entre deux priĂšres.
Le Duodecim Scripta, le grand-pĂšre du Backgammon
Alors, Ă quoi jouait-on au Ve siĂšcle aprĂšs J.-C. entre deux dĂ©bats philosophiques et une sĂ©ance aux thermes ? Au Duodecim Scripta, ou sa version plus « moderne » (pour l’Ă©poque), l’Alea.
Pour faire simple : c’est l’ancĂȘtre direct de notre bon vieux Backgammon (ou du Trictrac, pour les puristes). Le principe ? Un jeu de parcours et de course. On a des pions, on lance des dĂ©s (deux ou trois, selon la variante rĂ©gionale), et on essaie de faire sortir ses piĂšces avant l’adversaire.
Mais lĂ oĂč c’est passionnant, c’est que ces plateaux ne sont pas des objets de luxe posĂ©s sur une table en acajou. Non, non. Ce sont des « graffitis ludiques ». Des grilles gravĂ©es Ă la va-vite, Ă main levĂ©e, directement sur le sol des lieux publics, par les joueurs eux-mĂȘmes.
Jouer partout, tout le temps (mĂȘme quand c’est interdit !)
Ce que ces dĂ©couvertes nous racontent, c’est une histoire de passion dĂ©vorante. Ă cette Ă©poque (Ve-VIe siĂšcles), l’Empire romain se christianise Ă vitesse grand V. Et l’Ăglise, disons-le poliment, n’Ă©tait pas fan des jeux de hasard et d’argent, considĂ©rĂ©s comme des vices paĂŻens.
Mais croyez-vous que cela a arrĂȘtĂ© les joueurs ? Que nenni ! Les archĂ©ologues ont trouvĂ© ces plateaux dans les endroits les plus frĂ©quentĂ©s :
- Dans les thermes (le « hall d’honneur » du bain romain), parce qu’aprĂšs l’effort, le rĂ©confort.
- Sous les colonnades des rues, pour jouer Ă l’ombre (malin !).
- Et mĂȘme⊠sur les marches d’un temple !
Ă Lagina, sur le stylobate du temple d’HĂ©cate, on a trouvĂ© un plateau gravĂ© avec un soin particulier (au compas, s’il vous plaĂźt !). Imaginez la scĂšne : on est sur les marches d’un sanctuaire sacrĂ©, et on tape le carton (ou plutĂŽt le dĂ©) en invoquant la chance. C’est un peu comme si on organisait un tournoi de Magic sur le parvis de Notre-Dame en plein office. Un mĂ©lange gĂ©nial de sacrĂ© et de profane qui montre que le jeu a toujours Ă©tĂ© un vecteur social ultrapuissant.

la rue ouest (B) et au sud de celle-ci.
Le « cheat code » divin
Le dĂ©tail qui nous a fait sourire chez Gus&Co, c’est la superstition des joueurs. Sur certains plateaux, notamment celui des bains romains (qui comporte une Ă©trange 4Ăšme rangĂ©e, sans doute une variante locale), on a retrouvĂ© de petites croix gravĂ©es ou des branches d’olivier juste Ă cĂŽtĂ© des cases.
Pourquoi ? C’est simple. Puisque le jeu Ă©tait mal vu par les autoritĂ©s religieuses, les joueurs gravaient une croix pour « christianiser » la partie. C’Ă©tait une façon de dire : « T’inquiĂšte JĂ©sus, on joue, mais c’est sous ta protection ! ». Ou peut-ĂȘtre Ă©tait-ce juste pour s’attirer les faveurs divines et obtenir ce fichu double-six. Dans les deux cas, ça nous rappelle que la joueuse ou le joueur, qu’il soit en toge ou en sweat Ă capuche, reste fondamentalement superstitieux.

Temple d’HĂ©cate
Une « édition locale » unique
L’Ă©tude montre une particularitĂ© locale trĂšs intĂ©ressante. Contrairement aux plateaux d’ĂphĂšse ou d’Aphrodisias oĂč les sĂ©parateurs sont souvent des croix ou des rosaces, ici, Ă Stratonikeia et Lagina, le marqueur central est systĂ©matiquement un triangle.
C’est la preuve qu’il existait une « culture ludique locale ». On reproduisait le modĂšle qu’on connaissait dans son quartier. C’est l’Ă©quivalent antique de nos « rĂšgles maison » au Monopoly ou au Uno (vous savez, celles qui finissent toujours en dispute).
Pourquoi ça nous touche ?
Ces cinq bouts de marbre gravés sont émouvants. Ils ne sont pas parfaits, ils sont usés, parfois maladroits. Mais ils figent dans la pierre des éclats de rire, des jurons de mauvais perdants, des paris risqués et des moments de convivialité vieux de quinze siÚcles.
Ils nous rappellent que peu importent les empires qui s’effondrent ou les religions qui changent, l’humain aura toujours besoin de s’asseoir avec une ou un ami, de lancer des dĂ©s et d’oublier le monde extĂ©rieur le temps d’une partie. Et ça, c’est beau.
Si vous perdez votre prochaine partie, faites comme les Romains : ne jettez pas la faute sur le hasard, gravez juste une petite croix sur la table et dites que c’est pour la science !
đ La recherche archĂ©ologique de fin dĂ©cembre 2025 est dispo ici.
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