đž Vol dĂ©clarĂ© chez Tossit Ă Essen : police saisie, montant non vĂ©rifiĂ©, parole contre parole. Lâaffaire rĂ©vĂšle surtout la fragilitĂ© des petits exposants.
14 000 ⏠déclarés volés à Essen : qui protÚge les petits éditeurs ?
Lâessentiel en 3 points
- L’Ă©diteur du jeu Tossit dĂ©clare 14 000 ⏠de marchandises, matĂ©riel et outils disparus dans la nuit du 25 au 26 octobre.
- SPIEL Essen confirme la saisine de la police et dĂ©ment catĂ©goriquement sâĂȘtre moquĂ© de lâexposant.
- Montant, circonstances et autres victimes Ă©ventuelles : rien nâest encore vĂ©rifiĂ© de façon indĂ©pendante.
Au lendemain dâune Ă©dition record, la marque Tossit affirme avoir retrouvĂ© son stand de SPIEL Essen vidĂ© de son stock et de ses outils, puis avoir essuyĂ© des rires en demandant de lâaide. Le salon dĂ©ment toute moquerie et confirme que la police est saisie. Entre deux rĂ©cits inconciliables, une question bien rĂ©elle : qui veille sur les petits exposants quand les lumiĂšres sâĂ©teignent ?
Dimanche, 22h45 : lâĂ©quipe Tossit quitte son stand. Lundi, 8h : il nây a plus grand-chose Ă dĂ©monter. VoilĂ , en deux horodatages, le rĂ©cit que lâentreprise a rendu public une semaine aprĂšs la clĂŽture de SPIEL Essen 2026 â et qui agite depuis la communautĂ© ludique germanophone.
Rappel utile pour celles et ceux qui ne sont pas passĂ©s devant le stand : Tossit est un jeu dâadresse Ă flĂ©chettes en silicone qui se ventousent sur les surfaces lisses, avec des rĂšgles qui lorgnent du cĂŽtĂ© de la pĂ©tanque (on vise un « cochonnet » noir, le plus proche marque). La marque a Ă©tĂ© fondĂ©e par deux frĂšres originaires de France, GaĂ«tan et Nicolas Ekszterowicz. Pas un jeu de sociĂ©tĂ© au sens strict, donc, mais un exposant comme un autre parmi les 997 dâune Ă©dition qui a attirĂ© 230 000 visiteurs.
Ce que raconte Tossit
Selon les publications de lâentreprise sur Instagram et LinkedIn, reprises par nos confrĂšres allemands de Brettspiel-News (30 octobre) puis de t-online (31 octobre), lâĂ©quipe a quittĂ© son stand le dimanche 25 octobre vers 22h45 en y laissant le stock restant, avec lâintention de finir le dĂ©montage le lendemain. Ă son retour, le lundi 26 vers 8h, produits et Ă©quipement avaient disparu. Les outils rangĂ©s dans le mobilier du stand aussi â soit, prĂ©cisĂ©ment, ce quâil fallait pour dĂ©monter.
PrĂ©judice avancĂ© par lâentreprise : 14 000 âŹ. Un chiffre qui, Ă ce jour, ne repose que sur sa propre estimation.
« On sâest moquĂ© de nous » contre « personne nâa ri »
Ce qui a mis le feu aux rĂ©seaux, câest moins le vol que la suite. Tossit dit avoir signalĂ© les faits aux reprĂ©sentants de SPIEL Essen et de Messe Essen, et rĂ©sume la rĂ©ponse obtenue en trois nĂ©gations : pas de temps supplĂ©mentaire, pas dâĂ©quipement, pas de soutien. Plus grave, lâĂ©quipe affirme avoir Ă©tĂ© tournĂ©e en dĂ©rision. Elle ajoute quâon lui aurait indiquĂ© lâabsence de vidĂ©osurveillance continue dans les halls, et dit avoir croisĂ©, dans lâavion du retour, dâautres exposants eux aussi volĂ©s â sans les nommer.
Lâorganisateur conteste. InterrogĂ© par Brettspiel-News, Robin de Cleur, directeur de la communication du salon, assure que SPIEL Essen prend toute accusation de vol trĂšs au sĂ©rieux, quâil est en contact direct avec lâexposant et Messe Essen, et que la police a Ă©tĂ© saisie. Il affirme surtout que son Ă©quipe a pris la situation au sĂ©rieux Ă tout moment et ne sâest « moquĂ©e de personne ». Le salon ne souhaite pas en dire davantage tant que les faits ne sont pas Ă©claircis.
Ce qui est Ă©tabli, ce qui ne lâest pas
Ătabli : les accusations publiques de Tossit, la rĂ©ponse Ă©crite du salon, et la saisine de la police â sur la seule parole de lâorganisateur, aucun communiquĂ© de la police dâEssen nâayant Ă©tĂ© retrouvĂ©.
Non Ă©tabli : le montant, que t-online qualifie explicitement de non confirmé ; le mode opĂ©ratoire ; la fameuse scĂšne des rires, qui reste parole contre parole faute de tĂ©moin extĂ©rieur ; lâexistence dâautres victimes. Sur le forum allemand unknowns.de, un membre relĂšve que, sous le post Instagram, personne ne sâest dĂ©clarĂ© volĂ©, seulement des « on mâa dit que ». Selon t-online, la dĂ©claration publique du salon Ă©voque des Ă©changes avec les exposants ayant signalĂ© des incidents, au pluriel.
DâaprĂšs les informations exposants, le dĂ©montage du dimanche courait de 18h Ă 22h, prolongeable jusquâĂ minuit sur demande, puis reprenait le lundi de 7h Ă 20h. Partie Ă 22h45, lâĂ©quipe avait-elle obtenu cette prolongation ? Et le vol a-t-il eu lieu de nuit, ou au petit matin, quand les halls rouvrent aux Ă©quipes de dĂ©montage ? On lâignore. Ces questions nâexcusent Ă©videmment aucun vol ; elles comptent pour Ă©tablir les responsabilitĂ©s.
Le vrai sujet ? Un risque laissĂ©, par contrat, Ă lâexposant
Sur le fond, le dossier est mieux documentĂ©. Les conditions de participation types de Messe Essen â celles de ses propres salons, car celles de SPIEL, organisĂ© par le Merz Verlag, prĂ©voient une surveillance gĂ©nĂ©rale des halls, y compris au montage et au dĂ©montage, mais prĂ©cisent que la garde des biens de lâexposant nâen fait pas partie. Qui veut un vigile devant son stand le commande, Ă ses frais, auprĂšs des prestataires agréés. Sur le site de SPIEL, la surveillance figure dâailleurs parmi les services de stand payants.
Rien dâexotique lĂ -dedans. Gen Con avait vu disparaĂźtre en 2023 une palette de cartes Magic estimĂ©e Ă lâĂ©poque Ă quelque 300 000 $. Et fin aoĂ»t, Ă la gamescom de Cologne, trois exposants indĂ©pendants â Ryan Laley, iam8bit et Tessera Studios â ont signalĂ© des vols de matĂ©riel. La premiĂšre rĂ©ponse de lâorganisateur, qui rappelait que la garde individuelle se rĂ©serve Ă part et quâil faut assurer son matĂ©riel, a Ă©tĂ© jugĂ©e si froide quâil a fini par reconnaĂźtre que la critique Ă©tait justifiĂ©e et par annoncer un examen de la sĂ©curitĂ© des exposants indĂ©s. Le parallĂšle saute aux yeux : câest moins le vol que la rĂ©ponse perçue qui fait scandale.
Pourquoi les petits éditeurs sont en premiÚre ligne
Pour un gros Ă©diteur, le dĂ©montage est une opĂ©ration logistique, avec transporteurs et Ă©quipes dĂ©diĂ©es. Pour une structure de quelques personnes qui a misĂ© une part de son budget sur quatre jours de salon, câest une course contre la montre, dans des allĂ©es encombrĂ©es, avec une fatigue collective au plus haut. Câest exactement le moment oĂč les contrats laissent le risque Ă lâexposant.
Nous mettrons cet article Ă jour dĂšs que la police, Tossit ou SPIEL Essen apporteront des Ă©lĂ©ments nouveaux. Mais lâaffaire pose dĂ©jĂ la question que la gamescom a dĂ» affronter avant Essen : un salon qui attire chaque annĂ©e davantage de petits exposants peut-il se contenter de leur renvoyer, par contrat, la totalitĂ© du risque ?
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