Jeux de plateau

Pénurie de papier. La réaction des éditeurs de jeux de société

La pénurie de papier s’intensifie. Les éditeurs de jeux font face.


Pénurie de papier

Vous pensiez que le spectre des pénuries allait s’arrêter avec la pandémie, qui touche à sa fin (on l’espère) ? C’était sans compter sans plusieurs facteurs globaux. Dont la guerre en Ukraine, qui continue à faire rage et s’enlise. La pénurie de papier est l’une des sérieuses menaces qui planent sur les industries, du livre, et du jeu.

Comme le révèle un article de BFMTV paru ce dimanche 8 mai, les éditeurs de livres, de bédé, de mangas, doivent faire face à une sérieuse de papier. Et donc à des coûts d’imprimerie qui explosent. Une menace sérieuse pour l’existence de certains éditeurs indépendants, et des livres qui ne sont plus édités ou qui connaissent un retard conséquent.

Vous le savez certainement, nous vous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, l’économie mondiale, et l’industrie du jeu de société bien sûr, doivent faire face à des pénuries et des soucis structurels sérieux. Entre explosion des coûts de transport, confinements en Chine avec une politique zéro-COVID délétère et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, tous les indicateurs sont là pour faire tanguer la machine économique mondialisée déjà fragilisée par deux ans de pandémie.

Crise, papier et pénurie

Les livres, les journaux, les bandes dessinées et les jeux sont menacés depuis plusieurs mois par une pénurie de papier. Le manque de papier recyclé et la crise du transport pour la pâte de bois fragilisent aussi le secteur.

Les industries qui reposent sur le papier craignent d’être, à plus ou moins brève échéance, au bout du rouleau. Au sens littéral : les volumes de papier produits se sont contractés depuis quinze ans, réduisant le nombre de papetiers. Et ceux qui restent réservent l’essentiel de leur production aux fabricants de carton d’emballage. En conséquence, après une baisse ponctuelle due à la pandémie, les prix devraient prendre l’ascenseur dès 2022.

Avec les années, le carton est devenu une méchante concurrence pour le papier. L’envol des commandes sur internet, soutenu depuis des années mais boosté par la pandémie, confisque une large part de la matière première utilisée pour fabriquer aussi bien le papier que les cartons d’emballage.

Rajoutez à cela l’industrie pharmaceutique, une sérieuse concurrente, avec d’importants volume de papier acheté pour emballer leurs médicaments. Faisant augmenter les coûts du papier avec les lois de l’offre de la demande. Avec une offre qui vacillent.

Rajoutez à cela un autre facteur. La fermeture de nombreuses usines de papier. Il n’en reste plus que 14 en Europe. Beaucoup de papetiers ont bifurqué, ou vont le faire, vers la production de carton. Ce qui nécessite moins d’investissements et qui s’avère plus lucratif. L’industrie du carton d’emballage, avec une demande en forte hausse, avec toutes nos commandes sur internet, surtout pendant la pandémie et les multiples confinements, représente un débouché plus intéressant.

Une économie de papier, en papier

Autre facteur, le prix. La tonne de papier a atteint un plus bas historique en 2020, à 20% de la moyenne à long terme. Mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. L’appétit de l’industrie du carton fait déjà grimper les prix du vieux papier recyclé, plaçant les papetiers dans une situation intenable sur la durée. Il devient impossible de vendre une tonne de papier au niveau du prix actuel, alors que le coût de revient est largement supérieur. Situation absurde, il vaut donc mieux arrêter de produire que de produire à perte.

Les perspectives ne sont guère réjouissantes pour cette année 2022, avec l’augmentation programmée du coût du vieux papier, et donc du produit final, le prix de la tonne de papier pourrait bondir jusqu’à 50%. De quoi générer un risque d’augmentation du prix sur les livres, les journaux, les jeux.

Toutefois, contrairement aux journaux, les livres, les bandes dessinées et les jeux ne sont, eux, pas produits à partir de vieux journaux recyclés, mais de pâte de bois. Celle-ci se fait rare également, d’une part pour les raisons évoquées plus haut, d’autre part parce que, comme tant d’autres matières premières, elle est l’otage de la crise du fret maritime, du manque de chauffeurs de camion comme de main-d’œuvre portuaire.

Guerre en Ukraine

Et si tout ceci ne suffisait pas pour affecter une industrie déjà affectée par deux années de crise, c’est également l’autre élément d’impression dont les prix prennent l’ascenseur. L’encre. En effet, l’encre a pris entre 12 et 15% d’augmentation, les problèmes liés aux transports se sont accentués et l’aluminium est une victime collatérale de la guerre russo-ukrainienne. La Russie est l’un des plus gros fournisseurs en aluminium, tandis que c’est en Ukraine que l’aluminium est transformé en plaque pour imprimer.

Mais ce n’est pas tout. Une pression dans l’approvisionnement en pâte de papier augmente le risque pénurie de papier, et donc d’augmentation de coût. L’invasion de l’Ukraine par la Russie perturbe les fournitures européennes.

Les stocks de pulpe ont chuté tellement dans le monde, de quoi voir un risque de pénurie d’approvisionnement, entraînant peut-être des prix plus élevés d’éléments essentiels de notre consommation quotidienne, tel que le papier toilette.

La Russie est une source importante de bois pour l’Europe, et ce commerce a été complètement bloqué depuis l’invasion de l’Ukraine. Le bois russe a également perdu des certifications mondiales. Cela signifie que les producteurs de pâte en Europe, en particulier en Scandinavie, connaîtront une impact majeur sur leur capacité de production.

Le marché, serré, de la pulpe de bois qui sert à fabriquer du papier, est un autre coup dur pour la consommation. Avec des prix qui vont bien devoir prendre l’ascenseur.

L’approvisionnement en pâte au premier trimestre a également été affecté par des problèmes prolongés dans la logistique maritime et les perturbations sur le transport avec des grèves et des retards.

Les producteurs de pâte russes ont du mal à continuer à fonctionner dans toute cette crise. Et alors que l’invasion de l’Ukraine se poursuit, davantage de perturbations sont attendues en mer Noire, par exemple.

Bref. Avec une situation mondiale déjà fort compliquée, cette guerre n’a fait que rajouter de l’huile sur le feu d’une économie mondialisée. Quand le papier tousse, c’est l’économie qui s’enrhume.

Jeux de société et pénurie de papier

L’industrie du jeu de société peut se passer du plastique, mais très difficilement du papier. Règles, cartes, plateau et autre matériel de jeu, le papier et le carton sont les piliers du jeu de société. Avec cette pénurie de papier généralisée qui s’enlise, nous avons interrogé une dizaine d’éditeurs de jeux de société francophones pour leur demander comment ils faisaient face à situation de pénurie de papier.

Si certains d’entre eux disaient ne pas en être affectés, ou ne pas être au courant, quelques éditeurs ont toutefois expliqué que la situation est préoccupante.

À l’instar de Matagot, qui explique que « La réponse est oui, comme tout le monde nous sommes affectés par la hausse des prix du papier. Pour évaluer l’impact sur le coût moyen d’un jeu […] on estime que c’est de l’ordre de 10% et plus. Cela renforce la pression sur nous, mais ce n’est pas comme si on avait le choix. ».

Ou IELLO, qui « subit également les pénuries comme chez beaucoup d’éditeur et ce dans de multiples secteurs d’activités. »

Pour Super Meeple, « les problèmes se multiplient en tout cas notamment avec le confinement à Shanghai qui a un impact sur les délais de fabrication ». L’éditeur dit avoir « davantage ressenti cet impact que la pénurie de papier. »

À voir comment cette situation va évoluer en 2022. Mais les indicateurs ne sont de loin pas au beau fixe. Avec Shanghai confiné depuis plus d’un mois et une économie chinoise durement touchée par la politique zéro-Covid du régime, impossible à mettre en place avec Omicron, l’industrie et l’économie, notamment du jeu de société, ne sont pas près de sortir de l’auberge, de papier.


Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste. Et comme joueur, surtout. Ses quatre passions : les jeux narratifs, sa ménagerie et les maths.

2 Comments

  • Nicoel974

    Bonjour,

    Deux points :

    – La fabrication du papier est une des industries les plus énergivores (évaporation de l’eau dans la pâte, notamment), avec l’aluminium d’ailleurs. Donc ajouter le coût de l’énergie et, à l’occasion de cette crise, se poser la question de sa soutenabilité environnementale ?

    – Le coût de la fabrication d’un livre (et d’un jeu, en Chine ?) représente une petite part du coût total (10 à 15 % de mémoire) donc, même en augmentant énormément, ce poste reste minoritaire. Petite part pour l’auteur également. La majeure partie, ce sont les marges des intermédiaires. La preuve avec le coût des ebooks !

    Bref, dans ce cas comme dans d’autres, les crises actuelles exacerbent la nécessité de faire évoluer un modèle économique et sociétal non tenable.

    Courage aux créatifs…

  • Nicoel974

    …nécessité de faire évoluer un modèle économique et sociétal non tenable…. au lieu de viser un retour à un hypothétique « équilibre » !

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