Jeux de plateau

Cette année, la crise tacle le Père Noël

Avec la crise maritime mondiale, n’attendez pas trop pour acheter vos jeux de société pour Noël.


Une crise qui s’aggrave

La crise économique maritime mondiale continue de s’aggraver. Le coût de transport des conteneur pour relier la Chine vers les États-Unis et l’Europe atteint un niveau record en septembre.

Pour lutter contre cette hausse des coûts de transport, les entreprises, éditeurs de jeux inclus, ont recours à une hausse des prix.

Selon l’indice Freightos, fin septembre, le coût moyen de l’expédition d’un conteneur de la Chine a atteint 10 000 $, soit près du double de ce qu’il coûtait en juillet, soit encore le double de ce qu’il en coûtait en… janvier 2021.

Source : Drewry

La hausse des coûts de transport, combinée à des défis sans précédent de la chaîne d’approvisionnement et à une forte demande, a forcé certaines entreprises, certains éditeurs de jeux, à prendre le taureau par les cornes pour limiter la « casse ».

C’est le cas de Asmodee US, par exemple, qui va augmenter les prix de plusieurs centaines de leurs titres pour répercuter la charge des coûts sur la clientèle. Et Asmodee n’est pas le seul. Pareil pour les jeux Steve Jackson, Atlas Games, Steamforged. Et la liste s’allonge chaque jour.

Ou le cas de Ravensburger, qui a pris la décision radicale de cesser de distribuer ses jeux aux boutiques pendant plusieurs mois, pour encaisser le choc, la crise, et réduire ainsi leurs pertes.

Accumulation de grains de sable dans les rouages

Un cumul de facteurs freine les livraisons de jeux : transport naval perturbé depuis l’Asie, vive reprise post-Covid qui met les chaînes de production sous pression, pénurie de matières premières, de main d’œuvre ou encore de composants électroniques.

Pour ne rien arranger, la Chine doit aujourd’hui faire face à une pénurie en énergie, ce qui risque d’aggraver la situation.

Alors que les entreprises s’efforcent d’atténuer les coûts et de répondre à la demande avant les fêtes de fin d’année, peut-être qu’il est temps, maintenant, en octobre, d’acheter ou de précommander ses jeux le plus tôt possible pour prévoir Noël.

Noël, en octobre

Avec la crise, les retards sont déjà, et vont être de plus en plus importants. Acheter ou précommander déjà ses jeux à offrir en cadeau pour Noël ou pour soi-même, maintenant, deux mois à l’avance, n’est peut-être pas une si mauvaise idée pour s’assurer de les avoir à temps avant les fêtes.

Les experts s’attendent en effet à ce que les jeux, les jouets, les vêtements et les appareils électroniques soient les articles les plus difficiles à obtenir en cette fin année. Et que la chaîne d’approvisionnement ne se normalise pas avant… 2023.

Il faut dire que malgré les goulets d’étranglement vus et subis dans la chaîne d’approvisionnement, la consommation a augmenté dans de nombreux pays.

Alors que nous entrons dans notre deuxième période des fêtes de fin d’année en temps de pandémie, les retards et les pénuries de stocks persistent.

Face à une pénurie de puces informatiques par exemple, Toyota a réduit sa production. Les entreprises de construction ne peuvent pas obtenir de matières premières ou de main-d’œuvre. Il n’y a pas de conteneurs d’expédition.

Essayez de commander un truc, un bidule, et vous risquez bien de connaître toutes les difficultés du monde pour le recevoir, et ceci dans des délais raisonnables.

Il faut dire que depuis quelques années, avec des entreprises comme Amazon, nous avons pris l’habitude de recevoir nos commandes dans la semaine, les jours qui viennent, ou même, parfois, dans la journée. Mais ça, c’était dans « le monde d’avant. » Aujourd’hui, avec la crise maritime, ce n’est plus le cas.

Presque toutes les industries, y compris celle du jeu de société, ont été touchées par les pénuries et les tourments qui secouent la chaîne d’approvisionnement. Et comme le jeu de société et les jouets sont des poncifs de cadeaux de Noël, cette année, mieux vaut s’y préparer.

Crise, papier et pénurie

Les livres, les journaux, les bandes dessinées et les jeux sont menacés par une pénurie de papier. Le manque de papier recyclé et la crise du transport pour la pâte de bois fragilisent aussi le secteur.

Les industries qui reposent sur le papier craignent d’être, à plus ou moins brève échéance, au bout du rouleau. Au sens littéral : les volumes de papier produits se sont contractés depuis quinze ans, réduisant le nombre de papetiers. Et ceux qui restent réservent l’essentiel de leur production aux fabricants de carton d’emballage. En conséquence, après une baisse ponctuelle due à la pandémie, les prix devraient prendre l’ascenseur dès 2022.

Avec les années, le carton est devenu une méchante concurrence pour le papier. L’envol des commandes sur internet, soutenu depuis des années mais boosté par la pandémie, confisque une large part de la matière première utilisée pour fabriquer aussi bien le papier que les cartons d’emballage.

Rajoutez à cela un autre facteur, la fermeture de nombreuses usines de papier. Il n’en reste plus que 14 en Europe. Beaucoup de papetiers ont bifurqué, ou vont le faire, vers la production de carton, ce qui nécessite moins d’investissements et qui s’avère plus lucratif. L’industrie du carton d’emballage, avec une demande en forte hausse, avec toutes nos commandes sur internet, représente un débouché plus intéressant.

Autre facteur, le prix. La tonne de papier a atteint un plus bas historique en 2020, à 20% de la moyenne à long terme. Mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. L’appétit de l’industrie du carton fait déjà grimper les prix du vieux papier recyclé, plaçant les papetiers dans une situation intenable sur la durée. Il devient impossible de vendre une tonne de papier au niveau du prix actuel, alors que le coût de revient est largement supérieur. Situation absurde, il vaut donc mieux arrêter de produire que de produire à perte.

Les perspectives ne sont guère réjouissantes pour 2022, avec l’augmentation programmée du coût du vieux papier, et donc du produit final, le prix de la tonne de papier pourrait bondir jusqu’à 50%. De quoi générer un risque d’augmentation du prix sur les livres, les journaux, les jeux.

Toutefois, contrairement aux journaux, les livres, les bandes dessinées et les jeux ne sont, eux, pas produits à partir de vieux journaux recyclés, mais de pâte de bois. Celle-ci se fait rare également, d’une part pour les raisons évoquées plus haut, d’autre part parce que, comme tant d’autres matières premières, elle est l’otage de la crise du fret maritime, du manque de chauffeurs de camion comme de main-d’œuvre portuaire.

Autant d’éléments qui font bondir le prix du transport international.

Essen 2021, une année bizarre

La pénurie de papier est d’autant plus redoutée par les fabricants de jeux de société en Europe, entre augmentation de la demande et difficultés d’approvisionnement.

Les usines de production de jeux ont fait des réserves de papier, mais elles ne sont pas extensibles à l’infini. Ludo Fact, le plus gros fabricant de jeux en Europe dont le siège est à Jettingen-Scheppach en Allemagne, souffre déjà de ces pénuries de papier. Certains jeux, même produits en Europe, ne pourront pas sortir comme prévu, pour Essen, notamment.

Le cas par exemple de Aquarena, le nouveau jeu de l’éditeur belge Geek Attitude Games. Entre retards et pénuries dus à la crise, le salon du jeu d’Essen va connaître une année étrange. Les stands pourraient être moins achalandés que prévu.

Si les prix devaient continuer à prendre l’ascenseur, il peut y avoir des réductions de tirages, ou une répercussion sur le prix des jeux, ce qui représenterait une menace pour le secteur. Devenant plus cher, le jeu de société pourrait voir ses ventes diminuer et mettre certains éditeurs en mauvaise posture financière.

Avec la crise, des prix qui augmentent, des ventes qui diminuent, des retards et des pénuries risquent de provoquer des pertes d’emploi. Parce que si les éditeurs ne peuvent pas produire et obtenir leurs jeux, s’ils ne peuvent pas les vendre, cela signifie qu’ils n’ont pas le chiffre d’affaires nécessaire pour maintenir leurs équipes dans la masse salariale.

Avec la crise, Noël, c’est aujourd’hui. Quelques conseils

La pénurie de conteneurs maritimes dont nous vous parlons depuis plusieurs semaines, plusieurs mois maintenant, affecte les industries et les éditeurs de jeux qui fabriquent à l’étranger. Ce qui signifie que certaines boîtes sont bloquées en mer ou obstruées dans les ports, en attente d’être transportées, déchargées et livrées ensuite.

La période de Noël est déterminante pour le secteur du jeu et du jouet. Pour une industrie qui réalise des ventes qui dépassent le milliard par an, la moitié de celles-ci sont réalisées pendant la période de Noël.

Pour limiter la casse et mettre toutes les chances de votre côtés pour trouver LE cadeau, LE jeu à offrir à Noël, voici nos conseils.

Commencez tôt

Si vous avez prévu cette année d’offrir un jeu de société en cadeau, une excellente idée, commencez tôt.

Les fêtes ont lieu dans un peu plus de deux mois, cela semble être une éternité, nous venons à peine de rentrer dans l’automne, et pourtant. Avec la crise, entre retards et ruptures, ce Noël 2021 risque de ne ressembler à aucun autre.

Ayez un backup

Autre conseil, ne pas faire la « fine bouche » ou éviter de partir « bille en tête » augmente vos chances de trouver un cadeau, un jeu, pour vous et vos proches. Ne vous fixez pas sur un seul titre.

Ayez un backup, plusieurs, même, de quoi élargir votre champ des possibilités.

Préférez local

Plusieurs éditeurs ont l’habitude de faire fabriquer leurs jeux en Europe. Pour le savoir, il vous suffit de flâner sur nos chroniques de jeux, nous mentionnons à chaque fois le pays de fabrication ainsi que l’EcoScore du jeu, à savoir son empreinte écologique.

Un jeu produit en Europe risque moins de retard. Mais avec la crise et les pénuries de papier, on n’est pas à l’abri de difficultés.

Vérifiez les délais

Si vous passez par votre magasin préféré pour commander, précommander vos jeux à offrir en cadeau de Noël, pensez à vous renseigner sur les délais de livraison, ça vous donnera une meilleure idée sur les probabilités pour votre jeu d’arriver à temps.

Et rajoutez ensuite 14 jours, en tout cas, pour vous octroyer une certaine marge de sécurité.

Achetez vintage, classique ou moins neuf

La nouveauté attire, fascine. Nous le savons, elle titille notre circuit de la dopamine. Mais cette année, avec la crise, les crises que nous traversons, la nouveauté devient une denrée plus rare, plus convoitée, plus compliquée à obtenir.

Plutôt que de viser le tout dernier jeu qui va, qui vient de sortir, avec la crise, c’est la bonne année pour jeter votre dévolu sur des jeux moins récents, et tout aussi bons. Voire meilleurs ?

Et vous, est-ce que la crise maritime mondiale vous inquiète pour les fêtes de Noël ? Est-ce que vous avez prévu d’acheter vos cadeaux à l’avance ? Laissez-nous un petit commentaire.

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