Jeux de plateau

Bruno Cathala fait durer l’été avec Kingdomino Origins

Kingdomino Origins. Extension, ou stand-alone ?


Kingdomino Origins

Je suis persuadé que vous connaissez cette règle d’or qui flottille dans le milieu du jeu de société : quand un jeu marche bien, pourquoi s’arrêter ? C’est souvent le cas avec des jeux qui ont décroché le prestigieux et jalousé Spiel des Jahres. Le jeu d’origine est souvent suivi par une ribambelle d’extensions et de stand-alons. C’est le cas aujourd’hui avec Kingdomino Origins, la suite du fameux et savoureux Kingdomino sorti en 2016.

Kingdomino Origins, la suite, mais pas vraiment

Ce mois d’octobre, Kingdomino revient, en quelque sorte, aux origines du jeu, en lui offrant une version préhistorique, avec cro-magnons, volcans et mammouths, en mode prequel, prologue de Kingdomino.

Kingdomino Origins est donc un stand-alone, un jeu dérivé du jeu d’origine, qui peut se jouer tout seul, sans avoir besoin de la boîte de base. Kingdomino Origins reprend la même recette que le jeu d’origine de 2016. Des tuiles, un choix de l’ordre du tour stratégique, du domino, un décompte en mode multiplicateur, et c’est tout. Ou presque. Le diable se cache dans les détails, et Kingdomino Origins est définitivement diabolique !

Des extensions, des stand-alone ? Mais pourquoi ?

Les extensions et stand-alone permettent de revenir, sur un jeu, de lui rajouter de la richesse, de la profondeur, maiségalement de la diversité.

Et rien de tel qu’une petite extension pour relancer la durée de vie d’un jeu. Si un jeu est quelque peu en perte de vitesse, plus « à la mode », sortir une extension ou un stand-alone permet de relancer son intérêt, et donc et ses ventes. Piqure de Botox, on lui redonne une nouvelle « jeunesse » puisque de nouvelles personnes pourront le découvrir, le redécouvrir et avoir envie de se le procurer.

Pour un ou une autrice de jeu, revenir sur un jeu et lui offrir une extension ou, dans le cas de Kingdomino Origins, un stand-alone, il y a une autre raison, essentielle, l’affect.

C’est le moteur qui anime l’envie. Sortir un jeu, avoir du plaisir à le créer, à y jouer, en sortant une extension ou un stand-alone permet de prolonger cet état, affectif. Et partagé avec le public.

Dans ce Kingdomino Origins, un stand-alone, une suite indépendante, vous allez devoir cette fois non plus agrandir votre royaume, mais développer au mieux votre tribu en apportant le feu dans vos différents campements. Dans Kingdomino, les couronnes permettaient de remporter des points. Dans ce Kingdomino Origins, c’est le feu qui devient crucial. Selon les terrains, les tuiles qui en possèdent, et selon les tuiles contigües, on marque plus ou moins de points. Jusque-là, rien de bien original.

Sauf que.

On connaît Bruno Cathala pour son goût immodéré des rajouts subtils, suaves. L’auteur haut-savoyard reprend, retravaille son jeu de base pour lui offrir quelques nouvelles règles pour épicer la sauce.

Kingdomino Origins, shampoing 3 en un 1

Kingdomino Origins est une boîte qui contient trois modes, trois façons de jouer, toutes différentes et uniques, allant en crescendo de complexité.

Le mode Découverte

Ce mode propose de rejouer à Kingdomino, tout simplement, en y intégrant un petit twist, les volcans. Ils crachent du feu, représenté par des jetons, qui vont pouvoir être placés, à choix, sur son terrain. De quoi remporter ensuite plus de points. Des couronnes feux versatiles, agiles.

Ce mode découverte permet de retrouver Kingdomino, en y rajoutant un mini couche stratégique subtile. On a beaucoup aimé. Petit rajout, pour un plaisir de jeu augmenté.

Le mode Totem

Le meilleur mode de la boîte. Les tuiles indiquent des symboles de certaines ressources : mammouths, poissons, silex, champignons. Si on n’en tient pas compte dans le mode précédent, elles prennent tout leur intérêt ici dans ce mode Totem. On place un pion de la ressource indiquée sur la tuile, et si on l’obtient, si on la pose, on la récupère. Si on en possède la majorité, on récupère le jeton correspondant qui affiche des points.

Et comme ces ressources, ces jetons affichent des points différents, certaines ressources sont plus lucratives que d’autres. D’où lutte acharnée ! Sachant qu’une fois qu’on perd ou qu’on récupère la majorité d’une ressource, on fait tourner le jeton correspondant.

Cette nouvelle façon de jouer augmente le jeu et lui offre une part d’interaction nécessaire, piquante et bienvenue qui manque dans le jeu d’origine. Avec la possibilité, méchante, de détruire les ressources avec les jetons Feu qu’on envoie se balader grâce aux volcans. Taquin !

En fin de partie, on remporte des points comme d’habitude, plus pour ses jetons Ressources, plus pour ses tuiles indiquant un symbole ressources. Voilà.

Selon nous, ce mode Totem est le plus abouti, le plus accompli, le plus passionnant et différent de la boîte qui justifie en soi son achat, surtout si on est fan du Kingdomino d’origine (et qui ne l’est pas).

Le mode Tribu

Alors là, avec ce mode, on sent que Bruno Cathala s’est lâché ! Dans le mode Tribu, on rajoute des tuiles Cro-Magnons, qui affichent des dispositions d’autres tuiles environnantes, et qui permettent d’augmenter ses points en fin de partie si on parvient à faire respecter les dispositions. Cette tuile tribu, entourée par ces tuiles-ci comme cela. Pourquoi pas.

Sauf que.

Ce mode rajoute une telle complexité au jeu qu’il se fige. Less, is more. Ici, dans ce 3e mode, c’est exactement le contraire !

Less, is More. Même avec des Cro-Magnons.

En design, on dit souvent Less is More, moins, c’est plus. Mais lorsque nous devons améliorer quelque chose, le cas ici avec un jeu, une œuvre, un dossier, notre première pensée va souvent vers l’ajout. Nous pensons souvent, à tort, peut-être, que pour améliorer, il faut rajouter. Et si c’était le contraire ?

Je ne sais pas pour vous, mais les jeux de société japonais, surtout, m’ont toujours laissé une forte impression. Prenez l’exemple de Love Letter ou de toute la gamme des mini jeux Oink. Quelques cartes, à peine, pour des jeux sublimes, passionnants, surprenants. Less, is more. C’est tout l’intérêt des Mixi.

Qu’il s’agisse de vêtements dans nos placards, d’événements dans nos calendriers, d’ingrédients dans un plat, ou de règles dans un jeu, comme ici dans Kingdomino Origins, nous avons la fâcheuse tendance à ignorer que supprimer puisse améliorer.

C’est selon une étude qui a été publiée dans Nature en avril dernier, les chercheurs se sont inspirés des Lego pour observer ce processus. Comment améliorer une construction ? La recherche fonctionne ainsi : les chercheurs ont demandé à des universitaires d’améliorer une construction Lego qui trônait sur une table. Toutes les personnes participant à la recherche ont rajouté des éléments. Aucune n’en a supprimé.

L’intérêt de la recherche, c’est le fait que personne n’a tenté, pensé à l’option de retirer des pièces de Lego pour améliorer la construction. Les gens négligent systématiquement les changements soustractifs

Les conclusions de l’étude ont prouvé que pour la majorité d’entre nous, nous n’aimons pas supprimer des éléments. Nous préférons en rajouter. Quelque chose ne va pas ? Qu’à cela ne tienne, rajoutons un truc, un bidule, une règle par-ci, un élément par-là. Nous n’apprécions tellement pas supprimer que nous n’y pensons même pas. Nous ajoutons, et puis c’est tout.

Rajouter répond également à notre besoin humain fondamental d’agir, et d’être capable de le faire, sur le monde. Ajouter devient donc un moyen visible, tangible, distinct. Supprimez un élément, et il n’apparaît nulle part.

Ce qui définit un bon jeu, en partie, c’est sa propension à proposer des règles fluides. Et pour cela, rien de mieux que des règles claires et simples. Des règles épurées, donc. Less, is more. Avec ce mode Tribu dans Kingdomino Origins, c’est, avec douleur et tragédie, le contraire.

On doit à présent composer son territoire selon certaines contraintes, en se battant pour récupérer telle ou telle tuile tribu pour remporter tel ou tel point. Avec ce mode Tribu, tout le plaisir qu’on peut avoir à jouer à Kingdomino disparaît comme par enchantement. Ce mode rajoute une couche de complexité inutile, pénible et fastidieuse. On a détesté ! Si c’est pour jouer à jeu complexe, autant en prendre un autre.

Kingdomino Origins débarque dans quelques jours en octobre.

👉 Vous pouvez déjà consulter les règles du jeu ici.

Kingdomino Origins, verdict

Très bon !

Un stand-alone, comme une extension qui permet de rejouer, de retrouver Kingdomino. Le 3e mode ralentit et fige le jeu.

Note : 4 sur 5.
  • Auteur : Bruno Cathala
  • Éditeur : Blue Orange
  • Illustrateur : Cyril Bouquet
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne mieux à 3-4, avec une petite variante pour 2)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 25′ (bonne estimation)
  • Thème : Préhistoire
  • Mécaniques principales : Tuiles, domino


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