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Cartzzle, le puzzle engagé et engageant

Cartzzle est un mélange détonant entre cartes et puzzles, avec des défis surprenants. À déguster sans modération


Cartzzle, du puzzle mixi

Cartzzle sort en boutique aujourd’hui vendredi 27 août. Il s’agit du tout nouveau jeu, concept, gamme, plutôt, de l’éditeur lyonnais extrêmement sympathique et engagé Opla (Kosmopolit).

En mars 2020, lorsque le gel hydroalcoolique le papier de toilette, la farine, la levure, les œufs, les pâtes et le beurre se sont évaporés des rayons de supermarché, il y a eu un autre produit qui a suscité une razzia : les puzzles. Auparavant considérés comme has-been par certains, soudain, avec les confinements de 2020, les puzzles sont revenus à mode.

Les fabricants de puzzles ont vu leurs ventes augmenter de 300 à 400%. Et ce qui devait arriver arriva, en raison de la pause de la production liée à la pandémie et la forte demande, les stocks se sont vite écoulés.

Lors des multiples confinements de 2020, les puzzles sont devenus les champions des activités pratiqués à la maison. Qu’ils soient en carton ou sculptés en bois, les puzzles mettent certaines compétences cruciales à contribution. Comme l’observation et la déduction. Ils peuvent également devenir de formidables moyens pour pallier à l’anxiété.

L’un des aspects bénéfiques des puzzles est son aspect de progression. On commence, on avance, et si soudain on reste bloqués, quelques secondes, minutes, heures ou jour sur deux pièces à assembler, le métier reste sur l’ouvrage. On va, on doit continuer. Cette difficulté engendre un défi, qu’on prend un malin (c’est le cas de le dire) plaisir (c’est aussi le cas de le dire) à résoudre. Parfois, bloqués, on finit par être frustrés. Et on le sait bien, pour jouer heureux, jouons frustrés !

Tout comme dans la vie, un obstacle rencontré dans un puzzle peut sembler insurmontable. Puis soudain, avec un regard neuf, un peu de patience et de sang-froid, une solution se présente à nous. Et là, c’est EURÊKA ! C’est un moment qui déclenche une certaine charge, charge d’excitation. Le puzzle, comme shot d’euphorie.

Et Cartzzle, dans tout ça ?

Avec Cartzzle, tout est dans le titre. Il s’agit de la contraction entre puzzles et cartes. Il s’agit d’un puzzle « tout bête » que l’on doit recomposer qui ne tient que dans une micro boîte, et sur quelques cartes. On place les cartes, on les superpose, on doit retrouver le bon arrangement, mais pas que. Une fois fini, le jeu propose de rejouer en résolvant cette fois quelques défis, malins.

La gamme compte déjà 6 Cartzzles, aux illustrations recto-verso, à chaque fois dans un ton, des couleurs, des ambiances différentes, qui vont du pur classique à un paysage plus fun et cocasse.

Format détonant, dense, aux délicieux défis. Un pur et excellent Mixi, et éco-conçu, ce qui ne gâche rien au plaisir.

Nous avons beaucoup apprécié.

Maintenant, il faut relever deux petits écueils, qui ne gâchent rien au jeu, mais qui peuvent toutefois rebuter. Même si Cartzzle est un pur Mixi, un jeu Minuscule pour une expérience maXImum, un jeu au micro format, il faut quand même prévoir une surface importante pour y jouer, et de préférence plane, calme et à l’abri du vent, sinon tout bouge et virevolte. Et là, c’est le drame. Oubliez donc d’y jouer sur une tablette de train ou en terrasse de bistrot.

Et enfin, au contraire des puzzles, avec des pièces qui s’imbriquent, qui s’accrochent et qui permettent de tout calfeutrer, souder, dans Cartzzle, et c’est le format qui le veut, on n’imbrique, ne bloque rien. Au moindre (mauvais) mouvement, tout bouge, tout se déplace. Et là, on rage ! Au bout de la Xe fois à tout remettre, on perd parfois patience.

Cartzzle, verdict

Très, très bon

Format surprenant, expérience palpitante

Note : 4.5 sur 5.

Interview

Nous en avons voulu en apprendre plus sur la conception du jeu. Nous avons alors interviewé Opla et l’équipe derrière le jeu, Florent Toscano, Juan Rodriguez et David Boniffacy.

Bonjour Opla, comment vous est venu l’idée, innovante, de mélanger cartes et puzzles ?

FT :

C’est une idée qui est née il y a maintenant six ou sept ans, de la façon la plus simple du monde : on aime bien les puzzles, on aime bien les casse-tête, on aime bien les énigmes et les défis, et de plus en plus les petits formats pas chers. Comment mixer tout ça ? Très vite l’idée de reconstituer une image avec des cartes simplement superposées m’est venue, et immédiatement après est arrivée la possibilité, par le jeu des recouvrements, de modifier cette image, et de pouvoir générer différentes versions à partir du même support !

Mais c’est resté au stade de l’idée, car bien que j’aie essayé de faire des protos, mes compétences graphiques proches du néant m’ont empêché de matérialiser quoi que ce soit… Je me suis vite tourné vers les copains, du coup, et en premier Juan Rodriguez, auteur et graphiste ! C’est lui et Bony qui ont réalisé toute la technique et designé une bonne partie du gameplay !

Quels sont les plus grands défis à relever pour créer le jeu ?

FT :

Pour moi, tout ! Alors j’ai partagé le gâteau avec Juan et Bony, qui furent et sont plus que talentueux !

Juan Rodriguez :

Comme pour tous les jeux, la vraie difficulté c’est d’estimer la jouabilité, le plaisir qui va être généré. De sélectionner ces images dans lesquelles les joueurs vont littéralement plonger. Apprécier leur force, l’émotion qu’elles procurent et la tension ludique qui va être proposée. Une fois que ces aspects nous semblent fonctionner, le reste c’est de la technique, délicate, certes, mais maîtrisable.

Réaliser les défis est une autre paire de manches, car il faut retoucher l’image pour construire les défis, avec délicatesse, en respectant l’auteur, surtout quand il n’est plus là pour valider. Je me sens investi d’une grande responsabilité.

Mais identifier le gameplay spécifique de l’image, je crois bien que c’est ce que je préfère, avec la construction des défis utilisant à chaque fois des rouages différents. Pour réaliser la construction plus technique des superpositions, je rentre dans un état de quasi transe étonnant. Shooté au Cartzzle !

DB :

Pour ma part, le plus grand défi c’est de maintenir une créativité qui donne assez d’avance au projet pour qu’il ne soit pas obsolète une fois édité. Pour cela il faut toujours remettre ses choix en question et ne pas hésiter à jeter une idée à la mer en se disant « laisse la friture pour les mouettes qui suivent le chalutier et va te chercher ton Moby Dick ».

De toutes les 6 boîtes qui sortent en même temps ce vendredi 27 août, laquelle a été la plus compliquée à réaliser ?

JR :

Aucune n’a été plus facile que les autres.

Les difficultés étaient à chaque fois très différentes et les hésitations et adaptations nombreuses. Il est malgré tout plus aisé de demander quelques retouches aux auteurs contemporains qu’aux autres.

Peut-être le Klimt a finalement été le plus délicat, du fait de l’abstraction… 

DB :

Les plus techniques sont ceux qui apportent une originalité particulière dans le format du tableau, comme le côté illimitable de Brocéliande. L’idée était plaisante, la réalisation fut assez casse-tête car vous verrez par exemple en le réalisant que les dos des cartes du bas de l’image répondent aux attentes des faces du haut de l’image… Et j’ai hâte de produire les suivants, parce que le côté hyper satisfaisant, c’est qu’on en a bavé mais qu’on le fait une seule fois, on ne reproduit jamais la même mécanique. On a déjà enclenché la boîte à poux pour les prochains, j’en salive d’avance… pardon… j’en bave d’avance en fait.

L’éco-conception a toujours été une priorité chez Opla. Cartzzle décroche un A dans l’EcoScore. Parlez-nous de la fabrication du jeu.

FT :

Je peux t’en parler et même te montrer, puisque ce sont les jeux les plus locaux de notre collection : made in la région ! Les cartes sont même fabriquées à 15 minutes de chez moi !

Ça a été un peu tricky pour les cartes, car outre le fait de les fabriquer proprement en France, il leur fallait des bords perdus (pas de contour blanc) et un traitement particulier pour permettre une accroche optimale mais tout de même une certaine glisse ! Le meilleur compromis a été trouvé en appliquant un vernis différent au recto et au verso !

Ensuite, elles ont été fabriquées dans la banlieue lyonnaise, et les boites à Romans-sur-Isère. Le local est le plus important. Mais en plus tous les process de fabrication sont les moins pires possibles (encres végétales, pas de solvant, papier et carton FSC et/ou PEFC…).

Et pour la première fois : pas de film autour des boites, et pas de cello autour des cartes !

Cartzzle s’inscrit dans la nouvelle tendance des « jeux Mixi« , MInuscules, pour un maXImum de fun, comme Cartaventura par exemple. Qu’est-ce qui vous a persuadé de choisir un format aussi ramassé ?

FT :

On fait souvent des jeux de petits formats de façon générale. D’une part parce que j’aime bien, et d’autre part nos contraintes de production et le surcoût qu’elles engendrent nous freinent forcément dans le choix du matériel !

Là, pour Cartzzle, c’était dans tous les cas le point de départ. J’aime profondément l’idée qu’un jeu peut être très riche, profond, surprenant, rejouable, dans une toute petite boite. On a eu beaucoup de retours dans ce sens pour La Marche du Crabe, qui a bénéficié d’un buzz réjouissant et où nombreux furent les retours vantant sa richesse dans un tout petit format !

Et l’idée étant d’aller encore plus loin, ce qui est de l’ordre du bonus sera en ligne sur le site dédié, à savoir les aides de jeu et solutions, et tout le contenu qu’on est en train de développer, rédigé ou vidéo, pour aller plus loin dans l’exploration des œuvres et de leurs thèmes.

Est-ce qu’à l’avenir vous avez envie de pousser le concept des défis, des énigmes plus loin avec les Cartzzles ? Comment voyez-vous la suite de Cartzzle ?

JR :

Houla oui, la gamme des possibles est vertigineuse ! Je ne dévoilerai pas ici les nombreuses pistes ouvertes, mais soyez assurés d’être aussi surpris que nous l’avons été. Les nouveaux concepts explorés nous ont bluffés et nous sommes impatients de les développer. Révéler le gameplay spécifique de chaque image est un plaisir intense dont nous n’allons pas nous priver.

DB :

Hopla oui, c’est indispensable d’anticiper,  de stimuler notre créativité et de chambouler ce que l’on croit être des limites. Donc, plein de nouvelles mécaniques, de nouveaux points de vue, de nouvelles énigmes, de nouveaux univers, de nouveaux artistes. Ça fait un peu démago/commercial, mais il faut bien comprendre qu’on est trois auteurs, pas des lapereaux de l’année, on cumule à nous trois presque une cinquantaine d’années d’expérience dans le jeu de société, on a chacun notre histoire, notre sensibilité et nos caprices, mais on est tous les trois d’accord sur une chose : ON NE SE CONTENTERA PAS DU TIÈDE !

FT :

Houla oui, on a des Cartzzles de seconde, troisième et quatrième génération ! Avec de nouveaux concepts, de nouvelles surprises, dans le gameplay et visuelles. Ça fourmille et on a déjà bien attaqué la suite ! L’idée sera de compléter les gammes existantes, en ne surtout pas dupliquant à d’autres images les Cartzzles déjà existants, mais en continuant à proposer des ergonomies et des gameplays, des défis, des techniques, différents. Si ça fonctionne commercialement, on va s’amuser à amuser les joueurs !

👉 Le lien sur le site de l’éditeur pour découvrir toute la gamme


  • Auteurs : Juan Rodriguez, Florent Toscano, Bony
  • Éditeur : OPLA
  • Illustratrices et illustrateurs : Pauline Détraz, Jérôme Jouvray, Anne-claire Thibaut-jouvray
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 10 (tourne bien à 1-4)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (car il faut quand même faire preuve d’une certaine minutie et dextérité pour placer les cartes au bon endroit)
  • Durée : 30′ par boîte, environ
  • Thème : Arts
  • Mécaniques principales : Puzzles, défis

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5 Comments

  • Benjamin Bigot

    Merci pour l’article que j’attendais
    Sauriez-vous conseiller une boite plutôt qu’une autre pour jouer entre 2 adultes ?
    Je souhaiterais bien tester avec 1 ou 2 boites et préférerait taper juste
    Je pensais partir sur Brocéliande et exploration extreme, qu’en pensez-vous ?

    • Gus

      Avec plaisir Benjamin ! Pour vous conseiller une boîte, comme toutes sont aussi bonnes les unes que les autres, tout dépend de vos affinités avec les illustrations. Mais je vous rejoins, plutôt fan des deux vous citez

    • Gus

      Avec plaisir Éric.

      C’est du puzzle. Donc one-shot ? Mais on peut les refaire.

      Mais on DOIT les refaire. Rien que pour réussir les différents défis qui se posent plus tard.

  • Starfan

    Bonjour,j’ai La dame à la Licorne et Jeux d’Enfants, J’ai terminé le premier défi de La Dame à la Licorne et c’est excellent,ce n’est pas trop difficile,le seul problème est de ne pas bouger les cartes déjà recouvertes et de les superposer dans le bon ordre! Je vais me laisser tenter par les autres jeux de la gamme mais ils sont déjà en rupture de stock!

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