Jeux de plateau

Bientôt des NFT dans nos jeux de société ?

Des NFT dans Magic ? Hasbro y réfléchit !


  • Hasbro s’intéresse aux NFT pour ses jeux
  • Les NFT secouent le marché de l’art
  • La technologie pourrait faire son entrée dans le marché du jeu de société

Hasbro sort du bois

Avant-hier, mardi 27 avril, dans leur rapport trimestrielle d’activités, les annonces du PDG de Hasbro Brian Goldner ont fait l’effet d’une petite bombe dans le milieu :

The NFT is a real opportunity for us. As you know, we have so many brands that really operate on multiple demographic levels, whether it’s the TRANSFORMERS or the MAGIC and D&D brands, brands like G.I. Joe. And we have a team that’s leading our effort out of the West Coast. We have really our arms around this and see multiple opportunities on the NFT side, and you’ll hear more about that as we move forward. But we are actively developing our opportunity here, and we do see it as substantial.

Brian Goldner, CEO de Hasbro, 31.3.21

Traduit, ça nous donne : « Les NFT sont une réelle opportunité pour nous. Comme vous le savez, nous avons tellement de marques qui opèrent vraiment à plusieurs couches démographiques; que ce soit Transformers, que ce soit Magic et la marque D&D, et des marques comme GI Joe. Nous avons une équipe qui dirige nos efforts hors de la côte ouest. Nous nous y intéressons et voyons de multiples opportunités du côté de la NFT, et vous en entendrez plus à ce sujet à mesure que nous avancerons. Mais nous développons activement nos opportunités ici, et nous les considérons comme substantielles. »

Autrement dit, surfant sur l’une des plus importantes innovations de ces derniers mois, de ces dernières années, siècles ? l’éditeur de jeux et de jouets Hasbro s’intéresse aux NFT, et si d’autres s’engouffrent dans la brèche, cela pourrait ne pas être le seul !

NFT, mais qu’est-ce que c’est ?

Fongible, pas fongique

En 2021, difficile de ne pas entendre cet acronyme à tous les coins du web. Mais c’est quoi, du, des NFT ? Est-ce que ça se mange ? Commençons par les bases.

NFT, pour non-fungible token, ou jeton non fongible, en français. Et non, ne pas confondre fongible avec fongique, en lien avec les… champignons.

Ici, fongible signifie plus ou moins qu’il est unique et ne peut pas être remplacé par autre chose. Par exemple, un bitcoin est fongible – échangez-en un contre un autre bitcoin, et vous aurez exactement la même chose, à l’instar du pétrole et de l’or. Une carte à collectionner unique en son genre n’est toutefois pas fongible. Si vous l’échangiez contre une autre carte, vous auriez quelque chose de complètement différent.

Comment ça fonctionne ?

Ces prix peuvent sembler ahurissants, et pour la personne lambda, le jargon technique entourant les NFT peut sembler déroutant ou intimidant. Dans le meilleur des cas. Rassurez-vous, vous n’avez pas besoin d’être expert en technologie de la blockchain pour comprendre, acheter ou même créer des NFT.

Pour faire « simple », les actifs numériques non fongibles sont des biens uniques qui n’ont pas de valeur interchangeable. À un niveau très élevé, la plupart des NFT font partie de la blockchain Ethereum. Ethereum est une crypto-monnaie, comme le bitcoin ou le dogecoin, la monnaie numérique la plus débile au monde, mais sa blockchain prend également en charge ces NFT, qui stockent des informations qui les font fonctionner différemment d’une pièce ETH, par exemple. Il est à noter que d’autres blockchains peuvent implémenter leurs propres versions de NFT.

Mais de quoi on parle, exactement ?

Les artistes et les créatifs peuvent télécharger et certifier, ou « minter », n’importe quel actif numérique – animations 3D, clips vidéo, tweets, musique – sur la blockchain Ethereum. Ce processus codifie le NFT, établissant un enregistrement vérifiable du prix, de la propriété et du transfert, et empêche le fichier d’être numériquement falsifié ou répliqué.

On protège l’œuvre en la cryptant sur ce qu’on appelle la blockchain. C’est une technologie de stockage et de transmission d’informations, donc sécurisée et qui fonctionne sans organe de contrôle mais de façon autonome, sur la base de très longues lignes de code qui sont associées à une création. 

Et ça s’achète ?

Oui, et depuis plusieurs mois, les NFT s’arrachent à plusieurs milliers, millions de dollars. Les NFT peuvent vraiment être tout ce qui est numérique, comme des dessins, de la musique, un tweet, même, mais une grande partie de l’effervescence actuelle réside dans l’utilisation de la technologie pour vendre de l’art, numérique.

Est-ce que les NFT sont uniques ?

Oui, c’est tout le principe. Les NFT sont conçus pour vous donner quelque chose qui ne peut pas être copié. La propriété de l’œuvre, bien que l’artiste puisse toujours conserver les droits d’auteur et de reproduction, tout comme pour les œuvres d’art physiques. Tout le monde peut acheter un tableau de Picasso. Mais une seule personne peut posséder l’original.

Une fois téléchargé, le NFT existera en permanence sur la blockchain. En conséquence, il n’y a pas deux NFT identiques, puisque chaque pièce contient des propriétés numériques uniques. Même si un artiste publie deux œuvres d’art sans distinction physique claire, les métadonnées encodées dans chaque NFT sont différentes.

Et à quoi ça sert ?

À rien. Sauf si vous êtes artiste pour en créer ou que vous désirez en acheter.

Avant, il y a longtemps, sur une autre planète, les artistes réalisaient leurs œuvres au pinceau ou au burin. Les pauvres. Puis, avec l’apparition de l’ordinateur, les techniques changent. On utilise dorénavant l’ordinateur pour faire des images, produire des objets numériques, virtuels. Tout ça va évoluer avec l’arrivée d’internet dans les années 1990 et les réseaux sociaux.

La question qui se pose pour les artistes qui produisent avec les ordinateurs, c’est celle du piratage, de la duplication : n’importe quelle œuvre peut être dupliquée, n’importe qui peut s’emparer d’une création que vous avez faite et mise en circulation.

Vous faites un dessin numérique, vous le mettez sur Internet, on vous le vole. Vous faites le même dessin numérique et vous le convertissez en ce qu’on appelle un jeton non fongible, c’est-à-dire personnalisé. Cette œuvre, vous ne pouvez y accéder en tant que propriétaire que si vous avez le code sur la blockchain. Donc, ça veut dire que l’œuvre peut continuer à circuler, être dupliquée, mais du point de vue de la propriété, elle vous appartient et elle appartient à celui qui vous l’achètera, puisque vous lui donnerez le code de la blockchain. Tant que le serveur existe, et qu’il ne soit par piraté…

Je souhaite maximiser mon utilisation de la blockchain. Puis-je acheter des NFT avec des crypto-monnaies ?

Oui. Probablement. De nombreux marchés acceptent Ethereum. Mais techniquement, n’importe qui peut vendre un NFT et demander la devise de son choix. Et arrêtez de vous la péter, c’est bon, on a compris que vous êtes un vrai geek.

Jeux de société et NFT

Ce que les NFT pourraient faire pour le monde du jeu, c’est de fournir une forme limitée de gestion et de propriété des objets rares dans les jeux, numériques, d’abord. 

Retour à Hasbro. Ce 27 avril, cette annonce a surpris tout le monde. Hasbro s’intéresserait donc à la technologie NFT. « Mais nous développons activement nos opportunités ici, et nous les considérons comme substantielles. » … Opportunités substantielles, quand même.

Ils envisagent d’utiliser cette toute nouvelle technologie pour leur objets de collection, y compris Magic: The Gathering. Autrement dit, si Hasbro se met aux NFT dans quelques semaines, mois, années, ils pourraient proposer des cartes uniques, irremplaçables,…fongibles, donc, si vous avez bien suivi.

Ceci pourrait changer la donne, et rendre les pièces, les jeux, jouets et cartes, Magic, encore plus rares. Donc encore plus chères. On vous parlait il y a quelques jours de la pratique de la collection, une activité répandue et pratiquée par 39% des Français et des Françaises.. Avec les NFT, la collectionnite risque de devenir encore plus incisive et pernicieuse. Vous serez la seule personne à posséder cette carte. Mais est-ce que le PDG d’Hasbro ne parlait que de la version numérique Magic Arena en mode NFT ? Ou un crossover unique entre NFT numérique et jeu analogique « en vrai » ? À voir comment cette nouvelle technologie va se déployer dans le marché du jeu de société.

Est-ce que le PDG de Hasbro cède au chant des sirènes de la hype NFT ? Effet d’annonce et d’enfumage pour rester à la page et faire mousser les marchés et investisseurs ? Ou est-ce que cet éditeur de jeux, les éditeurs de jeux vont se mettre à pratiquer les NFT comme cela se fait déjà dans d’autres secteurs ? Pourra-t-on bientôt acheter sa carte Magic NFT mintée par la blockchain Ethereum ou en dogecoin ? (si vous n’avez rien compris à cette dernière phrase, c’est normal, c’est que vous êtes né entre 1907 et 1994, environ).

Des NFT dans les jeux de société, gadget ou réelle opportunité ?

10 Comments

  • Lippe

    He ben…
    Cet article m’a permis de me retrouver un instant dans le corps de mon papa lorsque j’essayais de lui expliquer quelque chose sur son ordinateur.
    La conclusion est bien résumée…..Je suis né en 1982….
    🤯😂😂😂

  • Homère Dalors

    Eh ben. Réflexion d’un vieux hasbeen qui décidément ne comprend plus grand chose aux nouvelles technologies numériques (oui oui, donc né entre 1907 et loin avant 1994) : on n’est pas en train de créer une belle bulle spéculative virtuelle, là ? Je dis ça…
    Il y a probablement en effet de la monnaie (réelle) à se faire à court terme. Il doit bien se lever quelques milliers de pigeons chaque matin. Peut-être ce qui fait briller les yeux de Hasbro ? Mais comme chaque bulle spéculative, un jour ou l’autre, … paf ! Et là, vaut mieux être solide sur ses pattes arrières.
    C’est vrai toutefois que la bulle des cryptomonnaies semble d’une robustesse à toute épreuve, contre toute logique de bon sens terrien. C’en devient stupéfiant, je le reconnais (finira par craquer ou pas ?).

    Pour en revenir aux jeux de société, j’ai quand même l’impression qu’on s’éloigne notablement de ce qui fait l’intérêt de la chose : le plaisir, le loisir, la convivialité/les amis/les joueurs/les rencontres, bref la vrai vie quoi. Certes, les JCC ont amorcé en leur temps la pompe spéculative, mais là on franchit (peut-être) un palier un peu trop perché à mon goût.
    Dans l’annonce d’Hasbro je vois « marques qui opèrent à plusieurs couches démographiques », je vois « multiples opportunités » ou encore « nous les considérons comme substantielles ». Mais je ne vois pas le mot « jeu » (ou jouet, ou loisir).
    Inquiétant.

    • Gus

      Oh, superbe conclusion et observation ! Très bien vu.

      Pour Hasbro, et d’autres gros éditeurs, les jeux sont devenus des produits, du chiffre d’affaires. Je crois, crains, que cela fait bien longtemps que la passion a cédé sa place au rendement.

  • Ludodida

    Coucou gus, super article, merci! Par curiosité, maintenant que tu as un petit doigt dans la blockchain, as tu entendu parlé du JCC online « gods unchained »?

  • stevex59

    Hello, très intéressant comme souvent sur ce blog, félicitations.

    Juste 2 possibles correctifs:
    vous utilisez plusieurs fois fongible pour dire irremplaçable. C’est justement le contraire, il faut dire « non fongible »
    ex: ils pourraient proposer des cartes uniques, irremplaçables,…fongibles, donc, si vous avez bien suivi.

    De plus, je pense que vous voulez dire « minée » et pas « mintée »
    ex: Pourra-t-on bientôt acheter sa carte Magic NFT mintée par la blockchain Ethereum ou en dogecoin

    Bonne journée,
    Stevex

  • Stéphane

    J’ai l’impression qu’avec la modification suivante, la comparaison avec le Picasso serait plus claire :
    « Tout le monde peut acheter un tableau de Picasso. » -> « Tout le monde peut acheter une reproduction d’un tableau de Picasso. »

    « Tant que le serveur existe, et qu’il ne soit par piraté » : la chaîne est publique et est reproduite sur plusieurs machines (tous ceux qui le veulent ou y ont un intérêt). Il n’est possible de la pirater au sens d’avoir découvert un secret caché. Il est possible de la corrompre ou de la modifier à la condition (simplifiée) d’avoir au moins 50% des machines qui minent. Ce n’est pas impossible mais le coût est probablement prohibitif aujourd’hui

  • xnphotographie

    Je suis actuellement sur une plateforme (VEVE.com) qui vend des NFT 3D de licences issues de la pop culture, du cinéma et du jeu. Un des fondateurs de cette plateforme, David Yu, a une très grande expérience du licencing. Il a eu notamment les licences de D&D, Warhammer 40 000 et Warhammer l’âge de Sigmar pour ses boutiques en Océanie. Cela fait écho à cette news car la communauté de cette plateforme appelle de ses voeux des licences dispo sous forme de NFT comme D&D et Magic. En tout cas, je pense qu’on a pas fini de parlé des NFT.

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