Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Hallertau, le nouveau blockbuster d’Uwe Rosenberg. Un jeu qui fait mousse

Temps de lecture: 6 minutes

Dans Hallertau, gérez votre explication agricole et produisez du houblon pour de la bière. Un Agricola puissance mille, au moins.


Uwe Rosenberg, un auteur bucolique et monomane

L’auteur allemand de jeux de société Uwe Rosenberg a deux passions dans la vie : les tuiles polyominos, et les exploitations agricoles. Le cas aujourd’hui, avec Hallertau.

Il y a plus de 30 ans que l’auteur s’est lancé dans le métier de la création de jeu. Son tableau de chasse, qui compte de nombreux jeux, affiche des titres qui sont devenus aujourd’hui des grands classiques, tel que Patchwork ou Agricola. Et parmi toute cette ribambelle de jeux, on retrouve dans la plupart d’entre eux soit des tuiles polyominos à la Tetris, soit des fermes à gérer. Il s’en est d’ailleurs fait une spécialité, un dada personnel. Le cas aujourd’hui, encore une fois, avec Hallertau.

Le pitch : « 1850, Allemagne. La région du Hallertau s’enorgueillit d’être la région la plus hospitalière à la culture du houblon en Europe centrale. Cette période charnière va faire de la province ce qu’elle est aujourd’hui. Tel est le contexte dans lequel vous agissez, vous, dirigeant d’un petit village de la région. Soyez attentif aux demandes de vos artisans pour faire fructifier votre bourg ! ». Et qui dit houblon, dit bière, bien sûr. La région est connue pour cela.

Alors non, comme tous les jeux d’Uwe Rosenberg, le thème est surtout un prétexte pour jongler avec de multiples ressources. Et dans Hallertau, il y en a une quantité : du lait (de brebis), de la viande (de mouton), du houblon, de l’argile bien sûr, du malt, du blé, de la laine, des moutons, etc. etc. etc. Un nombre incalculable de ressources à obtenir et gérer. Des ressources, une exploitation agricole, du placement d’ouvriers. On ne peut pas s’y tromper, on est bien dans un jeu de Rosenberg !

Hallertau, comment on y joue ?

C’est donc, comme d’habitude chez l’auteur, un jeu de placement d’ouvriers. De fermiers, plus précisément. À son tour, on place 1, 2 ou 3 fermiers sur une case du plateau commun pour activer son effet tout de suite : planter des céréales sur son plateau personnel, obtenir des moutons, abattre ses moutons pour en faire de la viande, piocher de nouvelles cartes objectifs ou bonus, et beaucoup, beaucoup d’autres possibilités. Le plateau en propose 20 !

Et au contraire de la plupart des autres jeux de l’auteur, on peut tout à fait se replacer sur une case déjà occupée, en plaçant un fermier de plus, pour un maximum de 3. C’est tout. C’est simple. C’est chaud ! Quelle case activer, et pour quoi ? Et faut-il le faire si cela va coûter un nombre conséquent de fermiers, avec l’inconvénient de ne pas pouvoir les placer ailleurs ? Du pur Rosenberg, donc. Mille actions possibles, peu de ressources pour tout faire. Pour vivre heureux, jouons frustrés. Puissance mille, dans Hallertau !

Hallertau, comme on gagne ?

Attendez-vous à de la salade de points de victoire : PV pour ses ressources, pour ses cartes, pour ses moutons. Et surtout, le cœur du jeu, pour ses points visibles sur son plateau personnel.

Le coeur du jeu, en effet, car au contraire d’autres jeux de l’auteur, on n’a jamais le couteau sous la gorge. Dans Hallertau, on est loin d’un Agricola ou d’un Le Havre (le meilleur jeu de l’auteur, selon moi !). Pas besoin de devoir payer ou défausser telle ou telle ressource. Non. On est plutôt aux prises avec son développement et celui des autres. Dans la manche, on peut en effet payer certaines ressources pour avancer certains bâtiments, certains développement sur son plateau. Ce qui permet de : 1. récupérer plus de fermiers, donc faire plus d’actions plus tard, 2. marquer des points en fin de partie. Donc on peut tout à fait passer sa partie à « flâner », à ne pas se soucier de faire avancer ses tuiles, mais on va droit au mur.

En cela, si vous êtes un afficionado des jeux de Rosenberg, Hallertau fait un peu penser à Ora et Labora, un autre excellent jeu de l’auteur, qui vous permet de marquer des points à chaque tour en payant des ressources, ou pas. Mais mieux vaut y parvenir.

Ce qu’on a moins aimé

Alors non, on ne peut pas dire que Hallertau brille par son originalité. Un thème banal, des mécaniques classiques et éculées. Avec l’inconvénient majeur qui pourra refroidir, un aspect punitif ! Vous avez « mal » commencé (définissez « mal » ?), pris des décisions qui pourraient vous freiner par rapport aux autres à la table ? Cela risque de vous ralentir ensuite. Sachant que la difficulté du jeu va en augmentant. S’il est peu coûteux en ressources de se développer au début, plus le jeu avance et plus les progressions sont onéreuses. Et cet aspect punitif en win-to-win (plus je gagne et plus je gagne) peut vite s’avérer rédhibitoire, surtout pour des parties à 3-4 quand on « traîne la patte ».

Au final, dans Hallertau, on ne se bat pas contre le jeu, contre soi-même, mais très indirectement contre les autres. Plus ils avancent vite, et bien, et plus vous devrez les rattraper, les dépasser. Et comme on a affaire à une salade de points de victoire, on ne suit pas la progression exacte des autres, mais on peut se faire une petite idée.

C’est cette mécanique de bâtiments, de développements à faire avancer qui accapare tout le jeu et constitue le sel du jeu, son piment. Et son explosion de neurones, surtout ! Gérer les actions et les ressources pour réussir à se développer vite, plus vite que les autres, demande un effort mental conséquent de chaque instant. Avec très peu de hasard, à peine dans la « remise à zéro » du plateau entre deux manches selon les sections, les actions, on peut plus ou moins planifier ses 17-23 prochains tours. Tout dépend bien sûr des occupations des autres et des coûts supplémentaires en fermiers à devoir fournir.

Hallertau, et c’est écrit sur la boîte, Niveau Expert, est un pur jeu dit de comptable, à réserver à un public averti, près à s’investir pendant 1-2h sur des planif approfondies. Et cela commence avec la lecture des règles, denses et touffues, peu appétissantes. On a vu des règles de jeux de l’auteur plus agréables à lire et à comprendre… Heureusement toutefois que le jeu propose une aide de jeu par personne pour indiquer les différentes phases de jeu.

Ce qu’on a plus aimé

Dans le jeu, on a envie de tout faire, mais on n’y arrive jamais. Mais on a envie d’essayer, et surtout, on veut mieux faire lors de sa, de ses prochaines parties. En fait c’est vite vu, si vous ne deviez acheter un seul gros jeu en 2021, c’est celui-ci. Il se suffit à lui-même, pour de multiples parties passionnantes et captivantes.

Et réel avantage, le jeu propose qu’il a de proposer une palette de cartes différentes pour varier les plaisirs, varier les parties. Si les mécaniques restent les mêmes, les cartes deviennent la « cerise sur le gâteau », le petit plus qui vient rajouter un petit bonus par-ci, un revenu par-là.

Enfin, à noter que Hallertau se joue vraiment bien à toutes les configurations, en solo ou à 4, puisque hormis la phase de placement, toutes les autres phases peuvent être jouées en simultané.

Punitif, check, classique, check, mais après sa première partie à découvrir toutes les mécaniques et savoir comment éviter les erreurs, le jeu prend son véritable envol lors des prochaines parties. Hallertau est sans conteste l’un des meilleurs jeux de l’auteur, avec Agricola et Le Havre. D’ailleurs, ça ferait un bon sujet d’article ça. Le classement des jeux d’Uwe Rosenberg. On y réfléchit. Si vous aimez les jeux de stratégie, profonds, addictifs, Hallertau sera votre kiff !

À noter que pour l’instant, le jeu n’existe qu’en anglais. En réalité, ce ne sont que les règles qui le sont, tout le reste du matériel ne contient pas de texte nécessaire pour la compréhension du jeu. Si vous maîtrisez suffisamment bien la langue pour lire les règles, denses, vous pourrez vous débrouiller. Funforge a toutefois annoncé se charger de la VF. Sortie dans 1d10+2 mois ?

Hallertau, verdict

Grandiose

Un énorme jeu, imposant, profond, stratégique. Un jeu millésime pour Rosenberg !

Note : 5 sur 5.

  • Auteurs : Uwe Rosenberg
  • Éditeur : Lookout Games pour la VO, Funforge pour la VF
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 12 ans (le gag ! Comptez plutôt dès 14, pas moins !)
  • Durée : 60-120′
  • Thème : Agriculture
  • Mécaniques principales : Placement d’ouvriers, enchères, ressources

Par temps de COVID :

  • Peut-on y jouer en solo ? Oui, c’est prévu. Et c’est vraiment bien ! Hallertau rejoint notre liste de nos jeux préférés en solo
  • Peut-on y jouer en visio, à distance ? Non, mais alors vraiment pas ! Il y a trop de matériel à gérer, à manipuler.

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2 Comments

  • Amorasix

    Une chronique que j’attendais depuis 6 mois !

    J’aurais sans doute acheté le jeu quoiqu’il arrive mais je me sens comme un enfant qui demande l’avis de ses parents et espère ne pas avoir pris une mauvaise décision.

    Merci papa Gus 😉

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