Jeux de plateau

LE SPIEL DES JAHRES 2020, C’EST DEMAIN. ET SI ON TENTAIT LES PRONOSTICS ?

Temps de lecture: 6 minutes

Le Spiel des Jahres est annoncé demain matin à 10h30. Tentons les pronostics.


Comme chaque année, c’est mi-mai que sont annoncés les jeux nommés pour le Spiel des Jahres, le prix le plus prestigieux de l’industrie du jeu de société. Et c’est deux mois plus tard que les prix sont remis à Berlin, demain matin à 10h30. Tentons de prévoir les deux prix, le Kennerspiel des Jahres et le Spiel des Jahres.

Le Spiel des Jahres, mais qu’est-ce que c’est ?

Le Spiel des Jahres est un prix annuel qui existe depuis 1979, décerné par un jury de journalistes germaniques experts en jeux, 10 en tout, avec 8 hommes et deux femmes.

Le Spiel des Jahres fait un peu la pluie et le beau temps dans l’industrie. Un prix garantit des ventes de ouf. Un jeu « oscarisé » est assuré de se vendre à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

Ce prix allemand favorise les jeux de société familiaux, avec des titres plus complexes reconnus par le Kennerspiel des Jahres, ainsi que le meilleur jeu pour enfants, le Kinderspiel des Jahres. Le Kinderspiel des Jahres, le prix du meilleur jeu pour enfant, est déjà connu, annoncé quelques semaines avant les deux autres, le 15 juin. Cette année, c’est Speedy Roll qui a raflé le prix. Un jeu de course et d’adresse pour 1 à 4, à partir de 4 ans, créé par Urtis Šulinskas et édité par Lifestyle Boardgames / Piatnik.

Dans Speedy Roll, les enfants doivent lancer une boule qui représente un hérisson, comme une balle de tennis, qui va rouler sur la table et ramasser des éléments en roulant, en mode velcro. Ces éléments déterminent ensuite la vitesse d’avancée de l’hérisson (qui accroche des trucs, des machins avec ses piques).

Les anciens vainqueurs du Spiel des Jahres ont été des jeux aujourd’hui considérés des grands classiques des jeux de société modernes : Catan, Carcassonne, Ticket to Ride, Dominion, Dixit, Codenames, Hanabi, Kingdomino, Azul et Just One l’année passée, pour n’en nommer que quelques-uns dans la « longue » histoire du prix avec ses 40 ans révolus.

Depuis 1979, les prix remis par ce jury d’une dizaine de personnes a pour vocation de transmettre le plaisir et la découverte du jeu de société. Les jeux nommés doivent tenter de convaincre le plus grand nombre de personnes possible. Le Spiel des Jahres et ses deux autres prix doivent introniser et valoriser le jeu comme médium culturel et de loisir.

Il faut reconnaître que chaque année, à la suite de l’annonce des nominations en mai et des prix en juillet, la communauté s’étripe. Entre déception et jubilation, agacement et soulagement, il faut bien admettre que ce prix ne laisse personne indifférent.

Cette année, avec des jeux en grande majorité de production allemande, on dirait que le jury a voulu se la jouer local, après une année 2019 très internationale : Just One, belge, et Wingspan, américain.

Avant la remise officielle des deux prix tant attendus demain matin à 10h30, tentons ici les pronostics.

Le Spiel des Jahres, pronostics

Commençons par le Kennerspiel des Jahres, le prix pour le meilleur jeu le plus « exigeant », complexe, qui pourrait plaire à un parterre plus connaisseur. Et quand on dit « complexe », on se comprend. Il n’est pas question ici de gros jeux qui durent 2-3-17h, mais de jeux plus profonds que le Spiel, plus familial et grand public.

Cette année, les trois jeux nommés sont :

Cartographers

Cartographersde Jordy Adan, un Roll & Write très interactif, pour 1 à 8, dès 10 ans. Un excellent jeu qui réinvente la mécanique bien connue des Roll & Write. Ou pour être précis, plutôt un Flip & Write, comme dans le très récent Demeter ou Welcome to, puisqu’on ne lance pas de dés mais on pioche et révèle des cartes qui indiquent quelle forme cocher sur sa fiche personnelle.

Cartographers propose une succulente et piquante mécanique d’attaque qui introduit une part substantielle d’interaction, qui manque souvent au genre des X & Write.

The Crew

The Crew, de Thomas Sing, un jeu de pli évolutif, coopératif et narratif pour 3 à 5, dès 10 ans. Le jeu qui buzze, qui buzze depuis l’année passée.

Un petit jeu de carte addictif et surprenant avec ses 50 différentes missions qui réinventent et subliment à chaque partie la mécanique de jeu de pli (=la carte la plus élevée rafle la pioche commune). Avec de règles bien précises de communication à la Hanabi. On peut parler, mais n’importe comment.

The King’s Dilemma

The King’s Dilemma, de Lorenzo Silva, Hjalmar Hach et Carlo Burelli, un gros, gros jeu de négociation, pour 4 à 5, dès 14 ans. Une nomination téméraire et iconoclaste pour un jeu d’une telle ampleur qui propose une mécanique en mode Legacy.

La VF est annoncée chez IELLO plus tard dans l’année.

Notre pronostic pour le Kennerspiel des Jahres : The Crew

The Crew pourrait recevoir le Kennerspiel des Jahres. Pourquoi ?

Si Cartographers est un excellent Roll Flip & Write, et pour cela il pourrait remporter le prix, il faut bien admettre que depuis sa sortie l’année passée à Essen, The Crew ne cesse de remuer le marché, un peu comme Wingpsan l’année précédente. The Crew est addictif, avec 50 missions, ses 50 jeux dans la campagne. Beaucoup de valeur ajoutée dans une micro-boîte qui dépasse à peine la dizaine d’euros.

Et The King’s Dilemma, même si très bon, très « Game of Thrones »- like, il est bien trop « lourd » pour répondre aux critères finaux du jury.

Au vu de son succès, de sa popularité, de l’engouement général suscité, je ne verrais pas comment The Crew ne raflerait pas la mise. Même si au final, le jury n’est pas là pour confirmer l’une ou l’autre tendance.

Continuons maintenant avec le Spiel des Jahres. Cette année, les trois jeux nommés sont :

My City

My City, de Reiner Knizia, un jeu de polyomino évolutif en mode Legacy pour 2 à 4, dès 10 ans. Le prolifique Reiner Knizia est habitué depuis le temps aux nominations.

En 41 ans d’existence du prix, ses jeux ont été nommés une douzaine de fois, dont LAMA l’année passée. Mais en 41 ans, l’auteur et docteur en mathématiques n’a remporté le premier prix qu’une seule fois, pour Keltis en 2008, une adaptation à 3-4 de son Lost Cities sorti quelques temps auparant.

My City est comme The Crew, extrêmement addictif, avec ses 24 parties en mode campagne évolutive à la sauce Legacy. Nous avons vraiment, vraiment beaucoup apprécié !

Nova Luna

Nova Lunade Uwe Rosenberg et Corné van Moorsel, un jeu de placement de tuile avec une mécanique à la Patchwork / Tokaido / Maracaibo / Glen More, la dernière personne se trouve sur la piste continue à jouer. Pour 1 à 4 dès 8 ans.

Pictures

Picturesde Daniela et Christian Stöhr. Un jeu visuel et créatif pour 3 à 5, dès 8 ans. Le but est de représenter et faire deviner une image présente sur la table, en utilisant un matériel spécifique et insolite : lacets, pierres et bâtons, cubes, cartes. Original, créatif et malin !

Notre pronostic pour le Spiel des Jahres : My City

My City pourrait recevoir le prestigieux Spiel des Jahres. Pourquoi ?

Depuis le temps que Reiner Knizia « hante » l’industrie du jeu de société, avec plus 600 (!!!) titres publiés, 2020 pourrait être SON année, pour la deuxième fois après Keltis il y a douze ans. Et à juste titre, parce que My City est vraiment bon !

Nova Luna a fait un méchant four chez nous. Plat, froid, insipide, nous avons détesté. Alors certes, il est facile à expliquer et à jouer, mais ça ne suffit pas pour en faire un Spiel. Il est autant passionnant qu’un fer à repasser moldave (mes amitiés à la Moldavie).

Et Pictures, même si nous avons beaucoup apprécié, souffre peut-être de deux écueils : il est plutôt proche du Spiel des Jahres de l’année passée, Just One. Un autre jeu d’ambiance et de devinette. Dans Just One il faut deviner un mot, en coop. Dans Pictures, en compétitif, il faut faire deviner une image.

Quand deux jeux assez similaires se suivent d’une année à l’autre, ce n’est jamais bon signe pour le second… Et enfin, si Pictures est excellent, il a une fâcheuse tendance à se répéter et à ne pas tenir sur la longueur. Après 8-10 parties, le soufflet retombe quelque peu et le jeu (se) fatigue.

Pictures est un bon jeu, certes, mais à la durée peut-être limitée. Alors certes, My City ne compte « que » 24 parties, et puis c’est tout. Donc un jeu également limité, Kleenex. Alors oui, on peut y jouer sans passer par la case Legacy, comme Maraicabo. Mais soyons honnêtes, dans My City, ce n’est de loin pas le format le plus intéressant. La campagne et ses 24 parties évolutives en fonction des chapitres, de ses propres victoires et décisions rendent le jeu vraiment passionnant. Un très bon titre pour un Spiel des Jahres !

Alors oui, The Crew et My City qui raflent les deux prix constitueraient un duo détonnant. Deux jeux qui se pratiquent en campagne, aux parties évolutives et addictives. Deux jeux qui introduisent une part non négligeable de surprise et d’envie de re, re, rejouer. Mais deux jeux suffisamment différents pour se placer côte à côte au sommet du podium : cartes et pli pour l’un, polyomino pour l’autre.

N’empêche, si nos pronostics sont bons, c’est IELLO qui a décroché la timbale en signant les VF !

Rendez-vous demain matin à 10h30 sur le site officiel pour le stream de la remise.

🔴 [Mise à jour du lundi 20.7.2020 à midi]

Nos pronostics étaient à 50% corrects.

Comme nous l’avions prédit, Kennerspiel pour The Crew, et Spiel des Jahres 2020 pour Pictures, et non My City. Snif pour Reiner Knizia, dont les jeux continuent à être nommés et à ne jamais gagner…

Vous pouvez redécouvrir la critique de Pictures ici.

The Crew et My City, vous êtes d’accord avec notre pronostic ? Vous en avez un autre ?

2 Comments

  • Boubou 95

    J’aurai fait les mêmes prono: The Crew et My City. Je voyais bien Roulapik (Speedy Roll) le gagner, je trouvais le concept fun pour les enfants. Mais oui je ne vois pas comment The Crew ne peut pas accrocher la récompense avec le buzz qu’il a fait, c’est vendeur pour le prix, en plus d’être un bon jeu. My City en soit n’a pas vraiment de concurrence (au vu des retours, je n’ai joué à aucun des trois) mais Nova Luna est fait par Rosenberg qui pèse dans l’industrie du jeu et c’est un auteur allemand. C’est surprenant peut être qu’il y soit (je n’y ai pas joué) mais c’est peut être un signe pour Nova Luna, mais je vais rester sur My City.

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