MY CITY, NOTRE JEU COUP DE CŒUR ❤️️

Temps de lecture: 7 minutes

My City, de quoi ça parle ?

De vraiment pas grand-chose. Le thème tient sur une seule misérable ligne :

« Après un long voyage, vous êtes enfin arrivés devant un nouveau territoire. Vous commencez immédiatement à construire et développer votre ville. »

Voilà, c’est tout. On voit bien ici qu’on n’est pas venu pour l’aventure, mais pour poser des tuiles sur son plateau personnel.

Un 2 (max) sur 5 sur l’ITHEM.

Et comment on joue ?

My City est un jeu de pose de tuiles-puzzles polyomino, à la The Magnificent ou le tout récent et excellentissime In the Hall of the Mountain King.

Polyomino, un peu d’histoire

Penchons-nous un instant sur l’histoire de ces fameuses tuiles appelées polyomino. Ces polyomino, des tuiles aux formes carrées, apparaissent dans les puzzles depuis la fin du XIXe siècle. On ne sait pas qui ni comment elles ont été inventées.

C’est le mathématicien et informaticien américain Solomon W. Golomb (1932-2016) qui est le premier à avoir nommé ces tuiles polyomino. Le terme est une contraction entre « poly« , du grec ancien, signifiant un objet qui est constitué de plusieurs éléments du type du mot qui suit, et « domino« , cet objet formé de deux carrés de même dimension.

Un polyomino représente donc un ensemble de carrés unitaires joints par leurs côtés. Ces carrés sont souvent nommés des cellules. S. Golomb en a d’ailleurs réalisé une étude systématique dans un ouvrage universitaire intitulé Polyominos paru en 1953.

Ces tuiles si particulières ont bien évidemment inspiré le fameux jeu vidéo Tetris, sorti en 1984. Il aura ensuite fallu attendre 16 ans pour voir deux jeux de société modernes sortir en l’an 2000 qui intègrent ces tuiles à angles droits : Les Princes de Florence aujourd’hui disparu, et Blokus, qui, vingt ans après, continue de se vendre.

Mais c’est Patchwork d’Uwe Rosenberg, sorti en 2014, qui a véritablement lancé la « mode » des polyomino dans le monde du jeu de société. L’auteur en a ensuite réalisé de multiples déclinaisons dans certains de ces autres titres : Indian Summer, Cottage Garden, À la Gloire d’Odin, Spring Meadow

Inspirés par cette mécanique et par ces tuiles, d’autres autrices et auteurs contemporains lui ont alors emboîté le pas. Entre 2019 et 2020, on dénombre plus d’une vingtaine de jeux de société qui intègrent ces polyomino. C’est le cas ici avec ce My City.

Alors, My City, comment on joue ?

On commence par prendre un plateau personnel, puis un set de 24 polyomino semblables pour tout le monde, avec huit formes de trois couleurs.

On mélange ensuite le paquet de 24 cartes, et à chaque tour, on en retourne une. Le but ? Réussir à placer cette tuile-ci sur son plateau, en respectant quelques règles et contraintes basiques :

Poser la toute première tuile au bord de la rivière qui séparer le plateau en deux

➡️ Adjacent d’un carré minimum à une autre tuile déjà posée. Une règle habituelle dans les jeux avec polyomino

➡️ Ne pas recouvrir : une autre de ses tuiles déjà posées, la rivière, la montagne, la forêt

Voilà, c’est tout.

Une fois le deck épuisé, la partie est finie et on passe au décompte. Un jeu extrêmement simple, expliqué en une minute, très familial, mais pas que, car il va falloir opérer des choix douloureux et délicats pour savoir où poser ces maudits bâtiments pour marquer le plus de points. On peut également tout simplement décider de s’arrêter de jouer et attendre la fin de partie.

Et comment on gagne ?

Après 24 tours, donc, une fois qu’on a plus ou moins (vous allez voir plus bas pourquoi « plus ou moins ») posé toutes ses tuiles, on passe au décompte.

On gagne :

➕ Un point par arbre encore visible. C’est tout

Mais on perd une ribambelle de points :

➖ Un point de moins par pierre non-recouverte

➖ Un point de moins par espace non-recouvert. Une règle habituelle dans les jeux avec polyomino

➖ Un point de moins à chaque fois qu’on ne peut pas ou qu’on refuse de poser la tuile indiquée par la carte piochée. En fin de partie, on peut donc se retrouver avec moins que 24 tuiles sur son plateau personnel.

Un décompte de points extrêmement simple, évident, qui oblige à procéder à des choix douloureux au cours de la partie : recouvrir cet arbre-ci pour recouvrir ces espaces-là ?

Interaction ?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, My City atteint un 1/5.

Pourquoi ?

Parce que dans My City, on joue dans son coin, sur son plateau perso, sans se soucier des autres, juste en essayant de placer ses tuiles mieux que les autres pour obtenir plus de points qu’eux.

À combien y jouer ?

My City se joue de deux à quatre. Et comme l’IGUS est au ras des pâquerettes, le jeu tourne autant bien à 2 qu’à 4.

À partir de quel âge y jouer ?

Le jeu indique 10 ans. C’est une bonne estimation, car il faut quand même être capable de choisir les bons emplacements pour ses tuiles et ne pas faire n’importe quoi, n’importe comment.

On pourrait également jouer à My City dès 7-8 ans, mais avec le risque flagrant de se faire laminer par les adultes.

Alors, My City, c’est bien ?

Oui, le jeu est vraiment, vraiment, vraiment bien !

Un gros coup de cœur de 2020. Et il vient même d’être nommé dans la liste des finalistes des meilleurs jeux de 2020 par le Spiel des Jahres. Il a toutes ses chances de remporter le premier prix qui sera annoncé mi-juillet.

Et pourquoi est-ce qu’un « simple » jeu de pose de tuiles polyomino peut s’avérer aussi bien ? Parce que dans cet article, pour l’instant, nous ne vous avons pas encore parlé de l’élément central et crucial du jeu : son aspect Legacy.

Legacy ?

Quand on analyse la production culturelle, on se rend compte qu’il y a peu d’évolution douce et continue, progressive. On a plutôt affaire à des évolutions « buissonnantes », des sauts soudains, puissants. Ces bonds « buissonnants » interviennent souvent lorsqu’une nouvelle mécanique est introduite. Ce fut le cas en 2011 avec Risk Legacy.

Créé par Rob Daviau, Risk Legacy propose une mécanique disruptive : au fur et à mesure des parties, et selon leurs résultats, on ouvre des enveloppes et on découvre de nouveaux éléments. Ce format de jeu a révolutionné l’industrie du jeu de ces dix dernières années.

L’auteur américain Rob Daviau affirme avoir eu l’idée de ce nouveau format lors d’une réunion de travail après avoir demandé en plaisantant pourquoi les meurtriers dans le jeu Cluedo sont toujours invités à dîner. Réalisant que chaque nouveau jeu se réinitialise, Daviau s’est alors demandé ce qui arriverait si tout le monde se souvenait de qui était le meurtrier. L’auteur a alors proposé une mécanique pour changer le Cluedo à l’éditeur Hasbro, qui a rejeté l’idée. Rob a toutefois pu introduire cette innovation dans une nouvelle version du jeu Risk. Les jeux Legacy étaient nés !

Les jeux au format Legacy, « héritage », en français, un lien entre passé et futur, impliquent de modifier les prochaines parties de manière plus ou moins profonde et irrémédiable. Selon ses résultats, ses décisions, on progresse dans le jeu. Les choix, les actions effectuées au cours d’une session de jeu se répercutent sur la suivante, créant ainsi une expérience de jeu personnalisée. On découvre alors du nouveau matériel, de nouvelles règles, et on altère le jeu. Il y a un effet de surprise, de découverte, de transformation, d’appropriation. Le jeu devient sien. On le change à sa manière, selon ses actions.

Depuis bientôt dix ans, ce sont presque une soixantaine de jeux en format Legacy qui ont été publiés, parmi lesquels on retrouve des titres-phares, parmi les mieux cotés : les deux saisons de Pandemic Legacy, Gloomhaven et sa suite Frosthaven, Zombie Kidz Evolution, Maracaibo, Betrayal Legacy, The Crew et The King’s Dilemma, deux jeux également nommés au Spiel des Jahres en 2020 dans la catégorie des jeux Experts. Donc sur 9 jeux nommés cette année, trois d’entre eux reposent sur un format Legacy.

My City est donc l’un d’eux. Un jeu qui mélange polyomino et Legacy. Le jeu compte huit chapitres, huit enveloppes. Chacune de ces enveloppes contient trois épisodes. Le jeu propose donc 24 épisodes, le même nombre que les tuiles, soit dit en passant. Selon les victoires après chaque partie, on avance dans le jeu et on colle un élément sur le plateau par-ci, on découvre une nouvelle règle par-là. C’est à chaque fois la surprise. Ce qui donne très, très envie de re-re-rejouer pour progresser dans le jeu et finir les 24 épisodes, en mode binge-watching-gaming. Mais attention, une fois les 24 parties effectuées, le jeu ne sert plus à… rien, on ne peut plus y jouer. Mais qui, aujourd’hui, a déjà joué 24 fois au même jeu ?

À noter que My City est signé par l’auteur de jeux le plus prolifique dans l’industrie du jeu, Reiner Knizia. En trente ans de carrière, l’auteur allemand a plus de 700 jeux à son actif. Ce qui fait une moyenne annuelle, une moyenne mensuelle étourdissante ! Si dans toute sa carrière ses jeux ont été nommés plusieurs fois au Spiel des Jahres, sur 700 jeux, un seul et unique d’entre eux a remporté le fameux prix en 2008, Keltis. My City pourrait bien être sa deuxième récompense, douze ans plus tard.

Soyons lucides, My City n’invente rien. Il surfe sur deux modes actuelles, les polyomino et les jeux au format Legacy. Du lazy-design ? Peut-être. Mais le jeu est efficace, épuré et passionnant ! Un gros coup de cœur pour nous !

🔴 My City, score final :

Note : 5 sur 5.

Ce qui nous a plu ❤️️

✅ Un jeu épuré : un paquet de cartes, des tuiles polyomino, des règles simplissimes. Pour commencer

✅ Un jeu Legacy évolutif

✅ Ouvrir une nouvelle enveloppe chaque trois parties, et découvrir les modifications à apporter au jeu

✅ Un jeu passionnant !

Ce qui nous a moins plu ⛔️

❌ Une interaction polaire

❌ Le fait de devoir effectuer les 24 épisodes avec la même équipe. On ne peut pas « revenir en arrière ». Le matériel change au fil des épisodes. On peut rattraper le « train en marche » bien sûr, mais c’est moins passionnant

❌ Un thème inepte

❌ Un jeu Kleenex qu’on peut jeter après 24 parties. Mais avec tellement de jeux qui sortent sur le marché aujourd’hui, qui est-ce qui réussit encore à jouer 24x au même jeu ?

❌ Un jeu qui ne se mouille pas et qui surfe sur deux tendances actuelles de l’industrie du jeu de société

❌ La plupart des jeux Kosmos sont fabriqués, assemblés en Europe. Celui-ci est produit en Chine. Étrange, dommage, pour un jeu qui ne contient que du papier et du carton. Pour le produire et le vendre pour un coût réduit bien sûr, pour un peu moins de 40 euros. Un EcoScore C, qui aurait pu, qui aurait dû atteindre un A

Et encore une chose

Pour l’instant, le jeu n’existe qu’en allemand et en anglais. Il y a beaucoup de texte à lire. La règle de base ne tient que sur quelques pages, certes, mais les enveloppes en contiennent de nouvelles à lire. IELLO a annoncé sortir la VF prochainement. Nous en profiterons pour republier cet article lors de la sortie de la VF.

Vous pouvez consulter les règles de My City en anglais ici

Vous pouvez trouver My City en allemand chez Philibert ici

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  • Date de sortie : Juin 2020 pour la VO
  • Langue : Allemand. La VF est annoncée cette année chez IELLO
  • Assemblé en : Chine. Mais pourquoi ??? Le jeu ne contient que des tuiles en carton et du papier.
  • Ecoscore : C. Pour en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici
  • Auteur : Reiner Knizia
  • Illustrateur : Michael Menzel
  • Éditeur : Kosmos
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans (bonne estimation. Aussi possible dès 7-8 ans)
  • Durée : 30′ par épisode
  • Thème : Construction de ville
  • Mécaniques principales : Legacy, tuiles

15 responses to MY CITY, NOTRE JEU COUP DE CŒUR ❤️️

  1. Nida says:

    Hello Gus, petite erreur sur l’IGUS (tu l’as mis a 5/5 sur l’image)
    Sinon, c’est moi où IELLO est super chaud niveau localisation ?

    • Gus says:

      C’est corrigé ! Merci pour ta lecture fine Nida !

      Oui, tu as raison, IELLO est chaud bouillant. Sur les 9 jeux nommés au Spiel, ils en ont trois (My City, King’s machin et The Crew). La localisation, c’est devenu la foire d’empoigne / course à l’échalote chez les éditeurs francophones. Quand c’est pas IELLO, c’est Matagot. Ou vice versa.

      • Nida says:

        Toujours un plaisir de lire tes articles 🙂

        Tu crois que les deux prix pour Iello est possible cette année ?
        J’attends avec impatience la sortie de King’s Dilemma en français, le jeu à l’air intense

        • Gus says:

          Merci Nida

          Deux prix IELLO ? Non je n’y pense crois pas trop. Deux Legacy en prix, ça serait… abusé 🤯

  2. Thoms says:

    Juste un commentaire: les plateaux sont recto verso l autre face non modifiée au cours du jeu permet de rejouer une fois les 24 parties terminées. Certes peu palpitant c est vraiment la découverte de la campagne qui fait le sel du jeu mais dans l absolu ce n est pas un jeu Kleenex.

    • Gus says:

      Oui vous avez raison en effet. Et comme vous le dites, c’est la campagne qui fait le sel 🧂 du jeu

  3. Alfa says:

    Pas de thème, pas d’interaction, pas très beau … et totalement jetable ? C’est pas pour moi , du tout !
    J’ai même du mal à croire à un coup de cœur au vu des « ce qui nous a déplu » plus nombreux que « ce qui nous a plu » ^^

    • Gus says:

      Bonne réaction

      Mais, si je peux me permettre, le « pas d’interaction » ne s’applique pas ici. L’interaction est indirecte. Qui gagne une partie remporte des trucs, des machins (sans divulgâcher 😅) pour la prochaine partie. Donc il faut quand même faire mieux que les autres.

      Coup de cœur ❤️ pour nous parce que le jeu est simple, efficace. Et qu’il donne vraiment, vraiment envie de rejouer

      En fait je vais être honnête avec vous Alfa. Autant le pilier Legacy évolutif et répétitif dans My City nous a emballé, autant j’ai cru que nous allions utiliser The Crew comme PQ 🧻 qui pourtant repose sur la même mécanique évolutive. Mais qui présente d’autres écueils (la communication, notamment).

      Bref

      My City, mon kif ☺️

      • Alfa says:

        Merci pour cette explication. Hâte de lire votre avis sur The Crew, qui ne m’emballe pas non plus à priori.

  4. says says:

    Une pièce sur Nova Luna, dont l’accessibilité, le classicisme et l’évidence devraient plaire au jury toujours à la recherche du plus consensuel pour le grand public.

  5. Je suis quand même très mitigé sur cet aspect legacy :
    – vous avez raison, il est devenu rare de jouer 24 fois au même jeu; mais que dire donc de réussir à jouer 24 fois au même jeu avec la même configuration de partenaires ?? Typiquement, je pensais à acheter ce jeu pour les grandes vacances à venir et une utilisation familiale; mais je ne parviendrai jamais à rassembler les mêmes 3 membres de ma famille 24 fois sur le même jeu, y compris en leur promettant des règles qui évoluent…
    – les règles semblent simplissimes; ne pouvait-on pas intégrer dans les règles les évolutions sans en venir à du legacy qui interdit tout retour en arrière; nombre de jeux proposent dans leur livret de règles des variantes / évolutions en fonction de la profondeur de réflexion que l’on souhaite avoir…
    – vous vous souciez que le jeu soit fabriqué en Chine, mais pas qu’il soit bon à jeter (au tri sélectif ?) arrivé au bout des 24 parties…

    • Gus says:

      Merci Guillaume pour votre retour.

      Vous avez raison de mentionner cette difficulté: « je ne parviendrai jamais à rassembler les mêmes 3 membres de ma famille 24 fois sur le même jeu ».

      C’est l’écueil des formats Legacy, son mode campagne.

  6. mqxou says:

    Salut !
    Je suis étonné de ne pas avoir vu passer la comparaison avec Scarabya dans le test.
    Les deux me semblent pourtant fort similaire. Je me trompe ?

    • Gus says:

      Merci pour votre réaction

      My City ressemble à énormément de jeux actuels utilisant les tuiles polymino. Comme Scarabya, vous avez bien fait de le relever.

      Nous n’allions toutefois pas faire la liste de tous les jeux semblables, l’article aurait été indigeste au possible.

      Et My City diffère énormément de Scarabya, puisque ce jeu n’est PAS en mode Legacy.

      À très vite sur Gus&Co 🖖🏾

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