Comment le jeu développe des compétences sociales chez le nouveau-né

Temps de lecture: 4 minutes

De nouvelles recherches viennent tout juste de démontrer l’impact du jeu entre parent et enfant sur le cerveau du bébé, et la synchronisation qui s’ensuit

Je me souviens des mes cours de psycho à la fac à Neuchâtel. Il y avait un nom qui revenait sans cesse, et pour cause. Il était Suisse, né dans la même ville, et c’était lui qui avait tout apporté à la psychologie cognitive et du développement. Jean Piaget. C’est d’ailleurs le tout premier psychologue à avoir déclaré que « Le jeu est le travail de l’enfance. »

Une toute nouvelle recherche parue dans Psychological Science révèle que les cerveaux des adultes et des tout-petits se «synchronisent» pendant le jeu. Cette recherche démontre également que lorsqu’ils jouent avec un parent, les tout-petits qui n’ont pas encore acquis la maîtrise du langage verbal connaissent toutefois une activité importante dans le cortex préfrontal, une région du cerveau qu’on a toujours pensée sous-développée pendant les premières années des tout-petits.

« Le jeu est le travail de l’enfance. »

Jean Piaget

Et toi, tu aimes mettre plein d’électrodes sur ta tête quand tu joues ?

Une nouvelle méthode de recherche révolutionnaire utilisant l’imagerie spectroscopique proche infrarouge fonctionnelle, ou fNIRS pour les intimes. Cette méthode permet de mesurer les niveaux d’oxygénation du sang comme indicateur indirect de l’activité neuronale

Dans le passé, l’activité de la région cérébrale spécifique ne pouvait être mesurée que par l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, l’IRMf, un autre petit nom barbare si on ne travaille pas dans le milieu, et qui oblige les sujets à rester immobiles pendant qu’ils regardent des films ou écoutent de la musique. Cette nouvelle technologie du fNIRS permet maintenant aux parents et aux enfants d’interagir normalement, ce qui permet une analyse beaucoup plus fluide et réaliste

Avec ce fNIRS, les adultes et les tout-petits portent des sortes de casquettes bourrées d’électrodes qui mesurent en toute sécurité (il faut le préciser…) et discrètement les niveaux d’oxygénation du sang. Le fNIRS permet aux chercheurs et chercheuses d’étudier l’activité neuronale au moment-même où elle se déroule, et elle nous donne donnant un aperçu pertinent et surprenant de l’activité neuronale en temps réel

Et alors, que se passe-t-il vraiment pendant le jeu?

Les chercheurs et chercheuses ont pu mesurer la relation dynamique entre l’activation neuronale et l’interaction sociale. L’interaction sociale entre les tout-petits et les adultes est beaucoup plus transactionnelle qu’il n’y paraît

Lorsque nous regardons dans les yeux d’un bébé, et que le bébé nous regarde en retour, c’est ce qu’on appelle le «regard mutuel». En quelque sorte, vous êtes sur la même longueur d’onde. Et grâce à cette nouvelle méthode de recherche, on vient tout juste de découvrir que cette longueur d’onde du bébé précède et influence la vôtre !

Pareil lorsque les adultes et les bébés prêtent attention au même objet, lorsque l’adulte reflète les émotions du nourrisson et lorsque l’adulte utilise un proto-langage pour communiquer avec le nourrisson. Le résultat ? Le flux sanguin de l’adulte et du bébé se synchronise

Minus & Cortex (préfrontal)

Le cortex préfrontal est impliqué dans les fonctions exécutives et la régulation des émotions. Il est impliqué dans la prédiction sociale, la planification, la régulation du comportement, le comportement orienté objectif et les compétences sociales. Dans le passé, on pensait que le cortex préfrontal était largement sous-développé pendant les stades pré-verbaux des tout-petits. Des études antérieures pensaient que le cortex préfrontal était fonctionnel dès l’âge de quatre ans, et pas avant. On s’était planté !

La présente étude est la toute première à démontrer une activité corticale préfrontale significative chez les enfants pré-verbaux

Pendant la condition de «contrôle», la préparation de la recherche, les prémices, les adultes ont interagi avec d’autres adultes dans la pièce, tandis que les enfants jouaient avec des jouets. Les adultes ont pris soin de ne pas parler en proto-langage et de ne pas établir de contact visuel avec les tout-petits pendant la condition de contrôle. Comme prévu, le débit sanguin neural des tout-petits et des adultes n’était pas «synchronisé» pendant ces périodes-ci

La présente étude expose une activité importante du cortex préfrontal pendant le jeu enfant-adulte, suggérant que le jeu est crucial pour jeter les bases de compétences sociales ultérieures. Grâce à la recherche, nous pouvons à présent affirmer que le jeu adulte-enfant comme le tout premier programme de formation en compétences sociales et humaines que les enfants rencontrent…

le jeu est crucial pour jeter les bases de compétences sociales ultérieures

Les recherches actuelles suggèrent que les interactions mutuelles parent-enfant contribuent au développement du cortex préfrontal. Surtout, le regard mutuel semble être transactionnel. Le flux sanguin neural de l’enfant a en fait précédé celui de l’adulte. Ce qui suggère que l’enfant dirige l’interaction. Nous pouvons même aller jusqu’à spéculer que c’est la naissance de la pensée intersubjective, le tout début de la théorie de l’esprit. À mesure que l’enfant et l’adulte régulent l’attention, de nombreux précurseurs importants des compétences sociales et de la pensée sociale se forment. Un truc de ouf ! Donc jouer en compagnie de son bébé lui permettrait d’acquérir et développer des compétences cruciales pour son développement

Ce type d’interaction mutuelle parent-enfant pourrait être la pièce manquante pour expliquer pourquoi, comment certains enfants entrent à la maternelle prêts à apprendre la régulation des émotions et les compétences sociales, tandis que d’autres ne sont malheureusement pas encore préparés. Ce n’est pas le cerveau de l’enfant avec lequel nous devrions intervenir, c’est le cerveau des parents!

Jouer en compagnie de son bébé lui permettrait d’acquérir et développer des compétences cruciales pour son développement

Et à la fin, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants (qui jouaient)

Encore une fois, et comme s’il fallait le rappeler, jouer nous aide à développer notre quotient émotionnel. Cette toute nouvelle recherche témoigne aujourd’hui de l’importance du jeu dans le développement du nouveau-né. Ces jeux, ces échanges « proto-verbaux » et les regards mutuels n’aident pas seulement l’enfant à se sentir mieux, plus heureux, plus entouré, mais ils lui sont également bénéfiques pour favoriser le développement de son cerveau

Alors, à quand des séances de jeu pour parents-enfants ? Un seul mot pour conclure : JOUONS !

Les références :

Piazza, E. A., Hasenfratz, L., Hasson, U., & Lew-Williams, C. (2020). Infant and Adult Brains Are Coupled to the Dynamics of Natural Communication. Psychological Science, 31(1), 6–17. https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0956797619878698

3 responses to Comment le jeu développe des compétences sociales chez le nouveau-né

  1. Alfa says:

    Ok jouons ! Mais serieux je joue a qui avec ma petite de 2 mois ? ^^ Pas sur qu’elle soit prete pour un Wingspan ou un Pique Prune :/

  2. Fred says:

    Je travaille pour une association de soutien et d’accompagnement des familles dans leur quotidien (l’Association Générale des Familles du Bas-Rhin, AGF). Dans ce cadre nous organisons régulièrement des activités parents-enfants sous différentes formes : bricolage, cuisine, atelier de percussion…et bien sûr jeux de société en bon gros fan de jeux que je suis!
    Tout ça pour dire qu’il existe certainnement des associations ou initiatives locales permettant aux enfants et parents de jouer…et ce dès le plus jeune âge ! Car nous organisons aussi, avec l’aide d’une maman bénévole, des activités à destination des enfants de 0 à 3 ans et de leurs parents.

    Je me rends souvent compte que nos activités sont méconnues du grand public et des habitants même du territoire sur lequel nous nous trouvons (en Alsace, désolé pour nos amis belges).
    Renseignez-vous autour de vous s’il existe des lieux qui proposent des temps parents-enfants. Ces moments sont sources d’épanouissement et d’échanges enrichissants tant pour les enfants que pour les adultes !

    Pour infos nous organisons un défi fin mars/débit avril : 10 jours sans écrans !
    A cette occasion nous organiserons 2 après-midi jeux pour les enfants mais aussi les parents.
    Saurez-vous vous aussi relever ce défi ? 😉

A vous de jouer ! Participez à la discussion

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