Yum Yum Island. L’Île aux gloutons

Temps de lecture: 7 minutes

Incarnez une pince à peluches humaine dans ce tout premier jeu de société pour enfants des Space Cowboys / Asmodée (renommé Space Cow, pour le coup). Un univers, un matériel, un message des plus palpitants. Mais au final, un jeu qui fait pschitt, qui fait flop

Yum Yum Island, de quoi ça parle ?

Le pitch :

« Sur l’île de Yum Yum, cochons, castors, pandas, chatons et autres animaux vivent en harmonie. Un jour, Ferdinand le géant débarque et dévore toute la nourriture de l’île…

Par chance, une escadrille de pélicans qui passait par là décida de voler au secours des animaux.« 

Pour résumer, un géant a décidé de tout manger la nourriture sur une île, et il va falloir donner à manger aux animaux pour les aider à survivre. Donner, comme dans… parachuter, en réalité. En effet, on va devoir « lancer », « dropper » de la nourriture (des jetons de deux couleurs, vert pour des plantes, rose pour de la bidoche) dans la gueule de différents animaux

On incarne donc un pélican, et c’est à nous qu’incombe la lourde et délicate tâche de nourrir tout ce beau monde. Tout ça en portant un masque opaque sur les yeux pour représenter le « vol aux instruments » du pélican, dans la brume

Si le thème est plutôt bien intégré, il est difficile de ne pas le voir comme un écho à notre crise environnementale actuelle. Ferdinand, le géant, est le seul humain du jeu. Et le… méchant, qui plus, puisque c’est lui qui dévore toute la nourriture de l’île. Dévorer, comme dans « dégommer toutes les ressources rien que pour son intérêt personnel ». Ça nous vous rappelle pas furieusement quelqu’un ? Une espèce sur la planète ? Oui, nous 😓. Avec le GIEC qui vient tout juste d’annoncer des chiffres alarmants dû à notre impact, nous traitons la planète comme Ferdinand le fait avec l’île. Et tant pis si les animaux, si l’écosystème doit morfler. Sauf que bon, dans le jeu, il y a un pélican qui vient sauver la nature, alors que dans la réalité… Mais où sont ces branleurs de pélicans quand on a besoin d’eux ?

Yum Yum Island ne porterait-il pas alors un message écolo, comme la figure du géant l’a déjà fait dans la littérature avec Gargantua et Pantagruel de Rabelais pour incarner l’humanisme ? Ou Gulliver de Swift pour critiquer une certaine vision du colonialisme ?

Est-ce qu’à travers un jeu qui semble tout neuneu on peut essayer de transmettre un message, comme une fable de la belle merde crise dans laquelle nous nous sommes fourrés ?

Bref, parlons du jeu

Et comment on joue?

On commence par lancer le dé à six faces, avec deux fois la même

Soit on doit déposer deux jetons « nourriture » dans la bouche du géant, et ensuite en « parachuter » dans celle d’un animal, les yeux cachés par son masque, et pouvant écouter les instructions des autres

Soit on doit en déposer, toujours les yeux bandés, mais cette fois sans aucune instruction, les autres doivent rester silencieux

Soit enfin, on peut « sauver » un animal, n’importe lequel, pour autant qu’il ait déjà mangé, i.e. un jeton « nourriture » visible dans sa gueule

Voilà, c’est tout

Sauf que

Tout le sel du jeu repose à jouer, à incarner une grue, une pince à peluches de fêtes foraines, en réussissant à attraper des jetons, de deux couleurs, il faut encore attraper la bonne, pour les « dropper » dans la bouche d’un animal. Tout ça à l’aveugle

Et comment on gagne ?

Comme Yum Yum Island est un jeu coopératif, on gagne quand on a réussi à nourrir tous les animaux présents, i.e. à avoir réussi à placer => lâcher correctement le nombre de jetons nécessaires dans leur gueule

On perd quand le géant a accumulé un certain nombre de jetons, i.e. quand il a mangé toute la nourriture sans la laisser aux habitants de l’île

Voilà, c’est simple, des conditions de victoire nettes et précises

Interaction ?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Yum Yum Island atteint un 4/5

Pourquoi?

Parce que dans Yum Yum Island, on est obligé de discuter des animaux à nourrir, et surtout, à écouter les autres quand on tire la face correspondante du dé

Mais pas un 5/5 non plus, car au final, on est quand même seul.e derrière son masque, avec sa main à piocher les ressources puis à les dropper. La coopération en est quelque peu réduite

À combien y jouer ?

Le jeu est prévu de 2 à 5

À 2, un parent et un enfant, pourquoi pas, ça tourne aussi bien, mais c’est alors clairement moins drôle (comprenez par-là, le foutoir) au moment de donner les instructions

À 5, les tours de jeu prennent trop de temps et le jeu a tendance à s’enliser, les enfants auront de la peine à attendre leur tour. Un jeu pour enfant, faut que ça poppe

Donc un must à 3-4

À partir de quel âge y jouer ?

Le jeu est prévu dès 6 ans, mais on peut très bien le pratique dès 4 ans quand l’enfant a développé des compétences de motricité fine suffisantes pour être capable de prendre et relâcher les jetons. 4 ans, oui, c’est possible (et nous l’avons testé). Même si ce n’est de loin pas facile pour les jeunes enfants de 4-7 de « s’orienter » dans l’espace à l’aveugle. « Un peu sur ta gauche, non, encore un peu plus, repars à droite, puis en-dessus, reviens », etc. Les enfants risquent d’être perdus et surtout, de perdre patience et endurance

En revanche, passé le cap des 6-8 ans, Yum Yum Island devient un peu trop… cucul pour les enfants plus âgés

En effet, le marché du jeu de société pour enfants se divise en deux catégories : les jeux neuneus / crétins-crétins / expérientiels, qui développent des compétences sociales, moteurs, et les jeux plus réflexifs, qui demandent de fournir un certain effort cognitif (La Vallée des Vikings en est un excellent exemple, ou encore Concept Kids, RIP Alain )

Yum Yum Island fait partie de la toute première catégorie. On a ici clairement affaire à un jeu de dextérité, d’écoute, d’expérience, de… fun (quoique, on y reviendra juste en-dessous), même si oui, la mémoire est également fortement mise à contribution pour se rappeler des divers éléments (jetons et leur couleur, animaux). Tout ça pour dire qu’une fois passé un certain âge, Yum Yum Island ne sera pas autant captivant pour des jeunes, n’offrant pas suffisamment de stimulation, de défi

Alors, Yum Yum Island, c’est bien ?

Oui, c’est un excellent jeu qui a tout pour cartonner : jouer une pince à peluches humaine aveugle, c’est original, un matériel de ouf aux superbes illustrations : les animaux avec leur gueule béante, les palmiers pour servir de repères, des masques qui font vraiment passer les joueurs et joueuses pour des aviateurs / pélicans, un univers particuliers, habillé, riche, et un message écolo voulu (ou pas?) de la part de l’éditeur

Le jeu aurait tout pour lui

Sauf que

Non

Sur le papier

En réalité, le jeu fait flop. Nous y avons joué plusieurs fois en famille, et c’était chez nous un mélange mitigé entre désastre et ennui

Mettez des masques à des enfants, et vous êtes certains de devoir passer votre partie à faire la police pour éviter qu’ils ne regardent par-dessous / trichent pour s’aider. Pas glop. Perso, quand je joue avec mes enfants, c’est pour avoir du plaisir avec eux, pas pour continuer mon rôle de parent-gardien. Alors certes, en jouant, un parent doit toujours être le garant des règles : joue à ton tour, comme ça, fais-ci, comme cela. Sauf que là, à surveiller ses enfants, ce n’est pas très drôle

Et oubliez de faire jouer des enfants seuls, ils ne parviendront pas à respecter la règle de jouer à l’aveugle. Pour moi, un excellent jeu pour enfants, c’est quand ils peuvent aussi jouer ensemble sans les parents, qu’ils peuvent se débrouiller et avoir du plaisir entre eux. Clairement pas le cas de ce Yum Yum Island qui va les inciter à tricher pour y arriver

Et si le matériel est superbe (sauf le dé, qui fait un peu cheap comparé à tout le reste), les jetons à saisir sont microscopiques. Au point d’avoir toutes les peines du monde à les embarquer, même pour des mains d’enfants (mon fils de 6 ans a déjà de sacré paluches). L’ergonomie du jeu est catastrophique. Gros fail chez nous

Au final, ce Yum Yum Island fait pschiit. On aurait adoré adorer le tout premier jeu pour enfants des Space Cow(boys), mais chez nous il s’est pris les pieds dans l’hippopotame. Mes enfants ont peu apprécié, leurs parents encore moins. Et passer sa partie à récupérer des (micro) jetons pour les relâcher à l’aveugle, bof bof, le jeu ne présente que très peu d’intérêt une fois les 1-2 premiers tours passés. Le jeu ne dure que 20 minutes, heureusement. C’est d’ailleurs son gros, son seul (?) point positif

🔴 Yum Yum Island, score final : 2/5

Ce qui nous a plu 👍

✅ Un message écolo, contemporain, intelligent: bouffons toutes les ressources de planète, et tant pis pour la nature

✅ Un matériel somptueux (sauf les jetons « nourriture »)

✅ Un jeu insolite, hors normes, incarner une grue humaine pour lâcher des jetons dans des gueules béantes d’animaux

✅ Le tout premier jeu pour enfants des Space Cow(boys) qui se lancent eux aussi sur le marché (comme IELLO et Matagot qui font pareil avec une gamme spécialement dédiée aux enfants)

Ce qui nous a moins plu 👎

❌ Les jetons « nourriture » beaucoup, beaucoup trop petits. L’ergonomie du jeu est foireuse, mais vraiment. Il suffit d’avoir de trop grandes mains (qui peut aussi être le cas des enfants, faut pas croire. J’ai un petit de 6 ans, il a déjà des paluches d’ours) pour avoir toutes les peines du monde à jouer. Pas glop du tout

❌ Un jeu crétin-crétin sans aucun intérêt

❌ Un gros dé qui fait cheap et qui détonne du reste

❌ Un message certes écolo, mais pour un jeu produit en Chine… 😡

❌ Devoir passer sa partie à faire la police parce que les enfants vont la passer à essayer de tricher. Et c’est normal, ils veulent gagner

❌ Un jeu trop difficile pour des plus jeunes, trop « neuneu » pour des plus âgés. Un public très restreint

❌ Le tout premier jeu Space Cow au final extrêmement décevant. Vivement le prochain

Et encore une chose

Vous pouvez consulter les règles de Yum Yum Island ici

Et vous pouvez trouver Yum Yum Island chez Philibert ici

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Et également chez Magic Bazar ici

  • Auteur : Laurent Escoffier (qui a également fait l’excellent Loony Quest, un must !!!)
  • Illustrateur : Julien Loïs
  • Éditeur : Space Cow (la filiale pour enfants de Space Cowboys / Asmodée)
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 6 (mais comptez plutôt 3 à 4)
  • Age conseillé : Dès 6 ans (aussi possible dès 4, mais pas plus que 8 ans, donc une cible très restreinte…)
  • Durée : 20′ environ,
  • Thème : Animaux
  • Mécaniques principale : Coopératif, communication, dextérité, mémoire, observation, déplacement à l’aveugle

3 responses to Yum Yum Island. L’Île aux gloutons

  1. Score says:

    Quel dommage… Le teasing me donnait envie.
    Même soucis rencontré avec Maître Renard et la tricherie irrésistible des enfants. Du coup celui-ci je passe sans me retourner et en gardant mon masque sur les yeux…

  2. Bravo pour ce test. On a pas eu le même ressenti, mais c’est toujours aussi bien écrit.
    On a aussi eu droit à la triche, chez nous. Chose normale pour des 4 – 6 ans ? Je ne sais pas. En revanche, chez nous, le fun était tout de même là quand on arrivait à faire comprendre que tricher au sein d’une même équipe, ça n’a pas trop de sens.
    Plutôt une review postive chez nous, donc, même si on pointe le fait que la règle aurait pu accompagner les parents un peu plus en proposant des configs différentes de mise en place et un peu plus de pouvoirs pour les animaux.
    Au final le jeu est un crossover entre Flooping et Spooky Castle, donc pas nécessairement d’une originalité absolue… mais chez nous, après une trentaine de parties, on peut dire que le fun était au rendez-vous. C’est tellement aléatoire en fonction des enfants, évidemment.

  3. Marion H. says:

    Premier test cet après midi de Yum yum avec un pressentiment de jeu sans profondeur que venait renforcer l’article.
    Verdict : belle surprise, les parties se sont enchaînées. Les enfants ont immédiatement plongé dans l’univers grâce aux animaux et au matériel (même si effectivement le dé déçoit).
    Ce jeu a l’avantage de mettre à égalité la petite de 5 ans et les aîné.e.s de 8 et 11 ans. J’ai apprécié les possibilités qu’offre le jeu pour s’organiser : qui donne les orientations pour éviter le brouhaha ? sur quel animal mise t on en premier en fonction de son effet : L’araignée pour trier les jetons en premier, le lion quand le géant est trop plein !
    Alors oui, les stratégies doivent être limitées à moins d’inventer d’autres pouvoirs.
    L’effet leader est fortement présent. Pour autant pour un petit rappel coopération, écoute et confiance en l’autre, je trouve qu’il fait du bien !

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