Architectura. Pile, ou face?

Temps de lecture: 4 minutes

Chaotique, indigeste, pénible

Architectura, de quoi ça parle?

Le pitch:

« Dans Architectura, les architectes les plus célèbres du royaume construisent une cité resplendissante, remplie de parcs, théâtres, tavernes et bien d’autres édifices. Chaque architecte veut devenir le plus influent de la ville, et leur ambition mène vers une compétition acharnée….« 

Autrement dit, on « incarne » des architectes pour « construire » des bâtiments

« Incarner », le mot est exagéré. On passe sa partie à poser des cartes de sa main

Pour « construire », c’est pareil, nul besoin ici de ressources

Pas un jeu au thème fort, immersif. On pourrait jouer avec des bouquets de fleur ou un marchés de fruits et légumes que ça serait pareil

Et comment on joue?

A son tour, on doit poser une carte, et c’est tout

Oui, c’est tout

En suivant une mini-règle:

La carte doit se poser soit à droite d’une carte déjà posée, soit sur une carte retournée, soit sur l’emplacement libre le plus élevé

C’est tout

C’est tout?

Une fois la carte posée, le cas échéant, elle impacte alors la carte située à gauche. Si la nouvelle carte est plus élevée, la carte de gauche diminue de valeur (elle tourne d’un quart de tour). Si la nouvelle carte est beaucoup plus élevée, du double de la valeur, la carte de gauche et « détruite » slash retournée. Si la nouvelle carte est de valeur plus faible, c’est cette nouvelle carte qui diminue de valeur. En cas de valeur égale, rien ne se passe

Une fois les valeurs ajustées en fonction de la comparaison, on active alors le pouvoir de la carte: échange, retourner des cartes, etc.

Des règles très courtes, très fluides. Il faut juste quelques minutes pour se familiariser avec les symboles parfois étranges de valeurs, qui s’indexent en fonction de leur position

Et comment on gagne?

Quand plus personne ne peut jouer de cartes, parce que le bled est complet, on joue autant de rues slash lignes que de personnes présentes à la table, on procède au décompte final:

On reçoit autant de points que la valeur actuelle de ses bâtiments joués, face visible

« Actuelle », c’est le mot-clé. On passe sa partie à upgrader ses propres bâtiments pour s’octroyer plus de points en fin de partie, mais également pour les « protéger » contre les autres. Car plus un bâtiment dispose d’une valeur élevée et il plus il lui sera difficile de diminuer de valeur

On passe également sa partie à downgrander les bâtiments des autres, pour leur conférer moins de points en fin de partie

Des conditions de victoire transparentes. Mais qui fluctuent constamment et sur lesquelles on n’a au final que très peu d’emprise. Autant jouer à pile ou face

Interaction?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Architectura atteint un 5/5

Pourquoi 5 sur 5?

Parce que dans Architectura, on passe sa partie à « taper » sur les bâtiments des autres pour diminuer leur valeur voir pour les « détruire » slash retourner pour les empêcher ainsi de scorer

Ca va couiner dans les chaumières. Et je ne dis pas ça seulement parce qu’on va justement en construire, des chaumières

Un jeu à l’interaction directe

A combien y jouer?

On peut y jouer de 2 à 4

Mais autant le jeu à 2 est « gérable », autant à 3-4 le jeu devient indigeste et incontrôlable, les cartes, bâtiments, changent constamment, ça en devient du grand n’importe quoi

À éviter!

Alors, Architectura, c’est bien? Critique

Non, Architectura n’est vraiment pas bien

Le jeu est extrêmement tactique, à son tour on essaie de faire au mieux, de poser la meilleure carte possible pour faire le meilleur coup, mais comme tout change rapidement, et constamment, il devient impossible de calculer, d’imaginer ce qui peut arriver ensuite

Et le pire, c’est de commencer une nouvelle ligne, une nouvelle colonne, car on s’expose alors à la comparaison de la prochaine carte

Chaotique, indigeste, pénible

Il ne faut pas se leurrer. Depuis quelques années, le marché du jeu de société est en pleine effervescence, avec pas moins de 3K sorties par année. Il n’y a qu’à voir les chiffres d’Essen 2018

Y a-t-il trop de jeu?

Autant la qualité des jeux, en termes mécaniques et artistiques, connaît une réelle amélioration, autant, parfois, on peut tomber sur des bouses comme cet Architectura

Pour poursuivre la discussion sur l’effervescence (saturation?) du jeu de société actuelle, voici un article qui pourrait vous intéresser:

Alors, Architectura, faut-il y jouer?

Non, vraiment pas

A 3-4 le jeu est indigeste au possible

Et si c’est pour n’y jouer qu’à 2, il y a de bien meilleurs jeux à deux sur le marché du jeu de société. La preuve:

Score:

Anticipation: 3/5

Un jeu de pose de cartes avec une interaction forte? À voir ce que ça vaut. Mais aucune attente particulière

Pendant la partie: 1/5

Tout change constamment, avec de gros retournements de situation insupportables, improbables et ingérables

On passe sa partie à « éteindre des feux », sans maîtriser le jeu

Relou

Autant jouer à pile ou face

Après la partie: 1/5

On y rejoue?

Non, jamais

Score final: 2/5

Quelques idées sympathiques, notamment la comparaison qui mène à l’activation, mais pas de quoi se relever la nuit pour y jouer

Et parlons également des illustrations, fines, colorées et réussies

Mais la mécanique est bien trop indigeste pour donner envie d’y jouer plus qu’une ou deux parties

Et encore une chose

Le jeu propose un mode avancé. Au lieu de commencer avec le même deck, on reçoit des cartes aux effets plus balaises, et on procède à un petit deck-building de départ pour les ajouter et en retirer d’autres

Pas mal, mais pas au point de relever un jeu foutraque

Et encore une dernière chose

Vous pouvez consulter les règles de Architectura en français ici

Vous pouvez trouver Architectura chez Philibert ici

  • Date de sortie : Octobre 2018
  • Langue : Française
  • Auteur : Pavel Atamanchuk
  • Illustrateurs : Marina Kunakasova, Uildrim
  • Editeur : Game Brewer
  • Nombre de joueurs : 2-4 (optimum: 2. Que à 2)
  • Age conseillé : dès 8 ans (très optimiste. Disons plutôt 10)
  • Durée : 30-60 (pénibles) minutes
  • Thème : Architecture, construction
  • Mécaniques principales : comparaison, cartes, construction

3 Comments

  1. Du coup je vais me permettre une question.
    Par an, il y a des centaines de jeu qui sortent (1k, 2k, 3k, …).
    Pas le temps de les chroniquer tous.
    Pourquoi s’embarrasser à faire une critique négative d’un jeu alors que la place aurait pu être prise par la critique positive (ou super positive) d’un autre ?
    (notre temps et notre énergie n’est pas illimitée)
    Je n’ai aucune critique à faire de ce jeu (je ne le connais pas) mais je m’interroge sur la démarche et (sans aucune arrière pensée) j’aurais souhaité connaitre ta raison ….
    Attention, pas de polémique dans mes propos, simplement de la curiosité.
    Merci

    1. Bonjour,

      Excellente question, vraiment

      « Par an, il y a des centaines de jeu qui sortent (1k, 2k, 3k, …). » 3K en effet, très juste

      « Pas le temps de les chroniquer tous. » Très juste aussi

      « Pourquoi s’embarrasser à faire une critique négative d’un jeu alors que la place aurait pu être prise par la critique positive (ou super positive) d’un autre ?
      (notre temps et notre énergie n’est pas illimitée) » Plus que juste, tu as raison

      À mon tour de te poser plusieurs questions. Prêt.e? C’est parti:

      Pourquoi ne parler que des « bons » jeux?
      Et comment définir un bon jeu? Que des jeux avec 5/5 sur notre blog selon nos critères d’éval à nous? Je t’invite à lire les commentaires parfois slash souvent contradictoires avec nos critiques. Nous avons aimé, d’autres pas, et vice versa. Et tant mieux, nous détestons avoir raison. Alors?
      Et comment trouver ces « bons » jeux?
      Et si le jeu n’atteint pas le 5/5, on n’en parle tout simplement pas et on passe à un autre jeu?
      Quel serais-ton appréciation slash jugement slash opinion d’un blog slash site qui ne parlerait que des jeux incroyables dingues super cool vraiment trop bien avec tous des 5/5?

      Voilà, un gros paquet de questions

      Je me réjouis de découvrir ta réaction

      En tout cas, merci d’avoir soulevé cette discussion

      1. Alors, je vais essayer de répondre à toutes ces questions 🙂
        Première chose, un jeu n’est pas bon ou mauvais, (enfin, si pour certain c’est le cas) mais dans la plupart des cas, on aime ou on aime pas, c’est très différent.
        Du coup, mettre en avant ses coup de coeurs, c’est légitime, quitte à se faire descendre dans les commentaires, c’est (presque) fait pour cela.
        Je ne critique pas (loin de là) le fait de ne pas aimer un jeu et de le dire, mon interrogation était plutôt, « pourquoi celui là ». Parce que avec tout ce que l’on a évoqué, il y a plus de jeux que l’on aime pas ou qui nous laissent indifférent que de jeux que l’on adore.

        J’aurais donc tendance à dire qu’il faut parler des jeux qui sortent du lot pour des choses que l’on aime ou qui sortent du lot pour des choses que l’on déteste. Et bien entendu cela reste ton avis, pas la vérité absolue.
        Architectura est donc peut être dans cette dernière catégorie, un jeu qui intègre tout ce que tu n’aimes pas …. et pas un jeu lambda que tu n’aimes tout simplement pas.

        En fait, ma question était plus la dessus : pourquoi descendre ce jeu parmi tous les autres qui mériteraient de l’être 🙂 alors qu’il y a plein de jeux merveilleux à chroniquer.

        Après il y a ce que peuvent attendre les lecteurs ….
        Personnellement, j’ai envie de savoir ce que les gens pensent des jeux qui buzzent, en positif ou en mauvais et j’ai envie également qu’on me conseille des jeux qui passent sous le radar et qui méritent notre attention. Qu’un jeu lambda soit moyen ou mauvais, je ne trouve ça pas vraiment interessant.

        Voila, mes réflexions sur le sujet, en tous cas, merci pour l’échange !!

A vous de jouer! Participez à la discussion

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