Solenia. La tête dans les ☁️

Temps de lecture: 5 minutes

Malgré un core-concept conventionnel, ressources, contrats, Solenia parvient à sortir son épingle « du jeu » en apportant une certaine fraîcheur au genre, grâce à un plateau modulaire évolutif, créant ainsi des phases nuit et jour. Intriguant

Solenia, de quoi ça parle?

Le pitch:

« Depuis plusieurs millénaires, le cycle du jour et de la nuit s’est figé sur la minuscule planète Solenia, plongeant son hémisphère nord dans une obscurité permanente et son hémisphère sud dans une clarté ininterrompue. Votre mission est de poursuivre la noble tâche de vos ancêtres en livrant aux habitants de la planète les ressources qui leur font cruellement défaut. »

En gros, Solenia est une planète imaginaire aux villes et régions accrochées dans les nuages entre jour et nuit

Le but: livrer des ressources aux cités éparpillées

Si les illustrations sont superbes (merci Vincent Dutrait) et le thème fantasque, il ne faut pas s’attendre à vivre une aventure épique ou onirique

Un thème ni trop collé ni trop artificiel, mais pas immersif non plus

Jour, nuit

Quand on joue à Solenia, on ne peut s’empêcher de se rappeler cette scène cul(te) des visiteurs

En effet, le plateau évolue peu à peu entre jour et nuit

Le plateau est amovible, quand on place une certaine carte, la bande inférieure passe tout en haut, non sans avoir été d’abord retournée, laissant alors place à un autre moment du cycle planétaire, jour, ou nuit

Cette mécanique représente tout le sel du jeu. Le plateau évolutif modulable et ces deux aspects nuit et jour

Car les parties de jour sont différentes de celles de la nuit et les contrats disponibles varient également

De jour, les livraisons à effectuer demandent plus de deux types de ressources, et de nuit, de deux autres. Il va donc bien falloir gérer les temps, les phases, pour remplir le plus de contrats possibles

Et comment on joue?

A son tour, on ne fait que jouer l’une de ses cartes. Tout le monde possède les mêmes de départ, on se constitue une main de trois cartes et à son tour on en choisit une

Voilà, c’est tout

On pose cette carte n’importe où sur le plateau pour activer une région sur le plateau: région de production, pour recevoir autant de ressources correspondantes que la valeur de la carte, ou cité, pour recevoir autant de PV correspondantes que la valeur de la carte

Quand on pose sa carte sur une cité, on DOIT également effectuer une livraison, donc défausser autant de ressources qu’une commande. Si on a posé sa carte sur une ville diurne, on doit prendre un contrat diurne, et vice versa

N’importe où, vraiment?

Non

On ne peut pas poser sa carte n’importe où, le jeu impose une certaine contrainte: on peut soit la poser sous ou adjacente au pion « dirigeable », un pion qui avance peu à peu, à chaque fois qu’une carte à la valeur zéro est jouée, soit adjacente à l’une de ses cartes

Donc le positionnement de ses cartes pour activer l’une ou l’autre tuile du plateau est très important: « j’aimerais atteindre cette tuile plus tard, donc je dois poser ma carte ici maintenant »

On peut également « payer » des ressources pour « sauter » des tuiles et arriver plus vite à destination. C’est possible, mais dispendieux, comme disent nos ami.e.s québécois.e.s

Et comment on gagne?

Après avoir joué toutes ses seize cartes on procède au décompte final, très simple, à mille lieux d’une salade de points de victoire

On décompte ses PV présents sur les contrats slash tuiles livraisons, et c’est à peu près tout. Plus que PV grapillés pour ses ressources encore présentes, et quelques PV par paire de contrats diurnes et nocturnes. Auxquels on rajoute ses PV accumulés pendant la partie grâce à ses cartes (bonus d’explo + villes)

Des conditions de victoire très évidentes qui témoignent d’un jeu au public cible très Familial+, voire ++

Interaction?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Solenia atteint un 2/5

Pourquoi 2 sur 5?

Parce que dans Solenia on ne fait que courser les ressources, les contrats, et la seule interaction « directe » réside à bloquer le ou les autres ou à pécho des contrats qu’ils espéraient avant

Pas de négo, pas de baston

A combien y jouer?

Le jeu tourne bien à toutes les config

Mais

Cela étant dit, soyons lucides

A 2, la course est moins tendue

Et à 4, le plateau, et les contrats évoluent tellement entre deux tours que ça en devient chaotique et difficile à gérer

A 3, c’est le must

A 2, le jeu est plutôt plat, et à 4, très foutraque

Et la version solo?

Oui, on peut également jouer à Solenia en solitaire en utilisant un dé et une « IA », un joueur neutre qui « jouera » aussi en fonction du dé

Mouaif

C’est sympa bien sûr, surtout si on n’a pas des joueurs ou des joueuses « sous le coude », à essayer d’être plus fort que le hasard. Mais ce n’est de loin pas trépidant

Alors, Solenia, c’est bien? Critique

Tout est « cohérent », file et fluide

Malgré un core-concept conventionnel, ressources, contrats, Solenia parvient à sortir son épingle « du jeu » en apportant une certaine originalité, une certaine fraîcheur au genre

Alors certes, on passe sa partie à collecter des ressources pour ensuite les livrer, jusque-là, rien de neuf, mais ces deux innovations lui confère un je-ne-sais-quoi (à prononcer avec un accent anglais) friand et fantaisiste

Mais surtout, Solenia se démarque par son matériel, hallucinant et chatoyant. Les illustrations de Vincent Dutrait sont juste (encore une fois) somptueuses. Le trait de Dutrait (OK je sors) a changé d’une ligne claire que l’on retrouve ici ou  pour des illustrations ici tout en douceur et en rondeur

Les cartes, aussi, trouées, ingénieuses, ergonomiques

Enfin, le jeu propose deux variantes plus Core: un plateau perso qui demande plus de décisions pour augmenter de niveaux et de bonus, et des règles d’évolution qui approfondissent et complexifient le jeu. Les joueurs et joueuses chevronnées apprécieront

Alors, Solenia, faut-il y jouer?

Oui, pourquoi pas

Ce n’est de loin pas un gros jeu stratégique profond, d’ailleurs l’auteur et auto-éditeur l’explique sur sa boîte. En travaillant sur son prochain jeu, plus gros, plus complexe, Black Angel, il est tombé sur cette idée de plateau modulaire aérien et évolutif. Plus « familial », plus accessible

Plus « familial » entre guillemets, car Solenia n’est pas « neuneu » non plus. Il va falloir s’accrocher pour pécho les ressources et les contrats qui vont avec

Comme les contraintes de placement sont plutôt ardues, et que les contrats bougent, apparaissent et disparaissent, surtout à 4, Solenia est loin d’être un jeu pour noobs. Familial++ donc, proche d’un Ganymède

Très proche, d’ailleurs, puisque les deux partagent plusieurs mécaniques semblables, ressources, livraisons

Étrange, d’ailleurs, puisque Solenia est également très proche du précédent jeu de l’éditeur, Otys, à la mécanique principale similaire: ressources, contrats, évolution. Un dada de l’éditeur?

Un bon jeu, pas un grand jeu

Score:

Anticipation: 4/5: Un nouveau jeu Pearl Games, chouette. Autant l’éditeur Wallon racheté par Asmodée a sorti des galettes de ouf, Troyes, Deus, autant ses derniers titres ont déçu: L’Auberge Sanglante ou pire, Otys (avec Libellud)

Pendant la partie: 4/5. Les deux mécaniques de plateau évolutif et des « phases » nuit et jour réussissent à conférer au jeu une touche d’originalité

Après la partie: 4/5. On rejoue? OK pourquoi pas. Mais sans courbe de progression et aux parties qui deviennent vite chaotiques, pas certain que Solenia ne devienne un grand classique

Score: 4/5. Un solide 4 sur 5. Un jeu aux mécaniques originales à la grammaire très conservatrice: ressources, contrats. Pas la révélation de l’année, mais un bon Pearl Games qui parvient à apporter une certaine fraîcheur au genre grâce à son plateau modulaire et évolutif et ses « phases » de nuit et jour. Un bon jeu, pas un grand jeu

Et encore une chose

Kudos à Pearl Games d’avoir mis un « thermo » pour ranger le matos

Pas un thermo plastique, mais des espaces de rangement à sections dans la boîte. Pratique

Et encore une dernière chose

Vous pouvez consulter les règles de Solenia en français ici

Vous pouvez trouver Solenia chez Philibert ici

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop ici

  • Date de sortie : Novembre 2018
  • Langue : Français
  • Auteur : Sébastien Dujardin
  • Illustrateur : Vincent Dutrait
  • Editeur : Pearl Games
  • Nombre de joueurs : 1-4 (optimum: 3)
  • Age conseillé : dès 10 ans (c’est peut-être ambitieux. Comptez plutôt 12)
  • Durée : 30-45′
  • Thème : fantastique, cités volantes
  • Mécaniques principales : objectifs, ressources, cartes

1 Comment

  1. Je ne sais pas mais ce qui me fait dire cela c’est que le jeu n’est pas encensé par les blogs mais on sent qu’il n’est pas non plus critiqué comme il le devrait.

    En exemple ce qui j’ai dit précédemment, le côté chip du matériel que je ne vois dénoncé nul part. Aurais je une version différente de celle envoyée aux blogs et partenaires ?

    Perso j’ai regardé les critiques des blogs pour Otys et l’ai acheté mais je me suis fait échauder. Je ne vois pas en lui ce que j’ai lu.

    Pour Solenia je me suis méfié et plus je voyais des articles paraitre plus je me demandais si il valait le coup et force est de constater que je n’aurais pas du craquer car mon impression d’avis peu tranché des blogs était la bonne. Cependant les avis sont moins bons que pour Otys.

    Il y a aussi un rapport humain indéniable. chez un de vos collègues (qui aime le vin…) l’article après visite de Sébastien, est lui aussi tempéré sans réelle critique. Habituellement ils disent quand ils aiment et aussi quand ils n’aiment pas.
    Pourquoi ce comportement ?

    Je crois qu’on aime Sébastien et pearl Game pour Troy, pour Tournay ou encore DEUS et du coup on ne veut pas blesser ou être désagréable. c’est humain.

    Pour la partie Asmodée, je ne sais pas. es ce de leur faute si le matériel n’est pas de qualité comme pour Troy ? à Sébastien de nous le dire. pour moi un jeu comme celui ci méritait des cartes toilées de meilleur qualité.

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