Critique de jeu : SOS Titanic

Temps de lecture: 5 minutes

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SOS Titanic (ST) est sorti en octobre 2013 chez l’éditeur français Ludonaute (Yggdrasil, le Petit Prince, Lewis & Clark), créé par le duo de choc Ludovic Maublanc et Bruno Cathala.

De 1 à 5 joueurs, dès 8 ans, d’une durée de 30 minutes.

themeComme le titre l’indique, dans ST on essaie de sauver l’équipage du Titanic, celui avec Leonardo di Caprio qui tient Kate Winslet avec la musique d’ascenseur de Céline Dion. 1912, l’iceberg, le naufrage historique, tout ça.

Le thème est très original, si quelques jeux présentent des histoires de bateaux et de naufrages, Lifeboat par exemple, c’est plutôt original dans le monde ludique pour être cité. Et le thème est assez bien rendu, puisqu’il faut « empiler » / ranger les voyageurs et SURTOUT éviter de placer des 2e classes avec des 1ère classes. C’est dègue de mélanger, même lors d’une catastrophe, faut pas pousser non plus.

mecaniqueST est une adaptation du Solitaire. Oui, le jeu de cartes dans lequel il faut faire des suites, celui-là même qui est joué sur ordinateur par des milliards d’employés qui s’ennuient.

Une adaptation bien maline, une réinvention, plutôt. Si la mécanique de base est la même, quantité de mini-mécaniques approfondissent le jeu et le rendent captivant: chaque joueur reçoit un personnage de départ qui lui confère un pouvoir spécial, des cartes actions peuvent changer la donne, et le jeu devient de plus en plus difficile à mesure que l’on s’approche de la fin.

D’autant que l’on peut jouer seul, mais également jusqu’à 5 joueurs en mode coopératif, toute l’épice du jeu.

A son tour on peut commencer par déplacer les personnages / cartes, puis soit en piocher de nouvelles soit utiliser son action. Voilà. Sachant qu’on doit respecter 2-3 bricoles au moment du déplacement, notamment les suites.

materielLe matériel est hallucinant, sérieusement. C’est le gros gros point positif du jeu. Le format du « plateau » est original, il s’agit en fait d’un carnet / classeur qui se tourne, et les cartes, toilées, sont de format particulier.

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Est-ce que j’ai déjà parlé des superbes illustrations? Et ben voilà c’est fait.

Un gros « thumbs up » pour l’éditeur de proposer un tel matériel. La couverture de la boîte pourrait presque paraître un peu « fadasse » du coup, un peu plate, elle ne rend pas hommage au somptueux matériel de jeu. Qui au final se résume à quelques cartes et un mini-plateau. Kudos Ludonaute. Si si.

interactionA moins d’y jouer tout seul, à plus ST est coopératif, donc l’interaction y est évidemment très forte. Par contre, attention au phénomène du King-Speaker, il est fort probable qu’un joueur prenne les devants et décide tout tout seul. Tous les joueurs possèdent un personnage avec un pouvoir spécial, comme la plupart des jeux coopératifs (ex. le Désert Interdit), ce qui devrait quelque peu limiter ce travers. Qui me donne à chaque fois envie de tuer mes petits camarades de jeu.

conclusionST est un bon petit jeu. Un coopératif à 5 joueurs d’une durée de 30′, beau défi. Oui, le tout est très mécanique, on ne fait que réaliser des suites de cartes de deux couleurs différentes, oui, c’est très « pompé » du Solitaire, mais c’est une belle modernisation de l’ancêtre. D’ailleurs, peut-on encore innover aujourd’hui? Et est-ce que l’innovation pure existe réellement?

Voici ce que nous avions déjà écrit dans notre critique de l’excellent Mascarade (c’est quand même la pète de se citer soi-même…): « Mais peut-on, aujourd’hui, encore innover dans le jeu de société? Est-ce que toutes les mécaniques et thèmes n’ont pas été exploités? Peut-on encore faire preuve d’originalité? En octobre 2012 nous avions publié un article avec une question simple, créer=copier? Nous n’allons pas ici refaire le débat, mais innover signifie en fait reprendre des mécaniques, des idées, les associer à d’autres, personnaliser le tout pour proposer une nouvelle œuvre, différente au final. C’est ceci qui devient alors original. Comme disait le scénariste américain Wilson Mizner, « copier sur un seul, c’est du plagiat. Copier sur deux, c’est de la recherche. »

Autre point à relever, comme dans la plupart de ses jeux, Bruno Cathala apprécie balancer 2’532 cartes avec des pouvoirs spéciaux. C’est sympa, ça donne plus de piments au jeu et lui confère une plus grande durée de vie puisque les combos changent à chaque fois. Sauf que. Sauf que les 2-3 premières parties sont  laborieuses puisqu’on a toujours le nez plongé (surtout avec un jeu de naufrage) dans les règles et que du coup ça gâche un peu la fluidité (eau-fluidité-naufrage tout ça. Ok je sors) du jeu, on ne maîtrise pas tous les pouvoirs des personnages + actions diverses. Comme dirait mon meilleur ami Marc (Zuckerberg), « the trick isn’t adding stuff, it’s taking away ». Sacré Marcounet (tiens ça me rappelle que je dois lui envoyer un poke).

ST, un jeu nécessaire, vital, ultime? Pour s’amuser tout seul dans son coin quand son iPad n’a plus de batterie, pourquoi pas. La mise en place est assez rapide. A plusieurs, le mode coopératif est plaisant. Mais un jeu vital? Tout dépend de votre ludothèque. ST est un bon jeu, joli, au thème original, court, tendu, on enchaînera les parties pour améliorer son score, mais ST n’est pas un jeu révolutionnaire, il est plutôt un « filler », casual un remplisseur non-gamer pour ceux qui ne parlent pas la langue de Justin. ST est au final un bon getaway game, un jeu pour introduire le jeu de société moderne, au même titre qu’un Augustus qui reprenait la mécanique du loto. Après, bon, au final, on passe sa partie à faire des suites. Mais comme le Solitaire sur ordinateur fait jouer des milliards de joueurs d’employés. Voire plus. ST réussira certainement à attirer les foules. Voire plus.

Et une brève présentation du jeu en vidéo, avec un survol des règles (et du goodie jet-ski Titanic pour Essen 2013)

likeUn matériel somptueux. Vraiment. Pour un si petit jeu, l’éditeur à mis les grands plats dans les petits. Ou le contraire je ne sais plus.

Un thème original

Surtout ne pas mélanger les 2emes et les 1ères classes dans les chaloupes, j’adore

Deux décisions critique à prendre : je pioche combien de cartes? Sachant que plus je pioche et plus j’ai des chances de tomber sur une bonne carte mais plus je risque également d’épuiser la pioche plus rapidement et donc d’avancer dans le jeu. Quand et quelle carte action utiliser?

Un jeu coopératif court et intense

Une mécanique simple qui s’explique rapidement

Un bon Getaway Game (à ce propos, les Ludochons parlent des Getaway Games sur Proxijeux ici)

Une maline et riche réinvention du Solitaire

Un prix convenable pour un jeu à bonne durée de vie. Si on réussit en mode neuneu, on a toujours, comme dans la plupart des jeux coop, la possibilité de rajouter de la difficulté

paslikeOn passe sa partie à faire des suites, donc le jeu n’est pas nécessairement très passionnant. Je suis dur mais c’est comme ça. Quand je joue à un jeu j’attends d’être transporté, de vivre une réelle aventure ludique et passionnante. Je n’ai pas nécessairement besoin de pratiquer de l’ameritrash, un bon gros Cyclades m’ira très bien aussi (je ne connais plus le nom des auteurs), mais au moins il se passe quelque chose à la table que juste poser des cartes qui se suivent. Je dois avouer que je me suis embêté à ST, je n’ai pas trouvé le jeu très palpitant. Avec tout le respect que je dois à mon ami Bruno, je me sentirais un « vendu » de ne pas partager mon ressenti ici.

Beaucoup de hasard, forcément. On subit la pioche, mais c’est comme ça. Évidemment, les cartes action sont là pour quelque peu distiller le hasard. Mais au final, les joueurs n’ont pas non plus 17’000 possibilités à leur tour, on se sent étriqué dans ses choix tactiques.

Les différents personnages et actions qui ont chacun des pouvoirs spécifiques mais qui freinent le jeu. Si ST est un bon Getaway Game, les premières parties pour les joueurs néophytes / casual risquent quand même d’être laborieuses. Est-ce qu’une variante pour débutants SANS cartes actions serait envisageable? Mais soyons honnêtes, après 2-3 parties on aura fait le tour des cartes / actions et on s’en souviendra alors.

maisL’histoire originale du Titanic, pour rajouter un peu de fond (de la mer) au jeu

Le Titanic et une Québécoise qui chante, pour les plus nostalgiques d’entre nous

Comment le film aurait dû finir

3 Comments

  1. Décidemment, une bonne idée que tes mini présentations décalées moitié sérieux moitié pasérieux 😉
    Celle là est un poil longue, ça c’est pour les paslike.
    Like les vannes à 2 balles à la rrrrrr, caméra au poing à la blairwitch, une seule prise à la Hitchcock (avec juste un petit raccord… comme Hitchcock d’ailleurs dans la corde), un peu décousu à la mulholand drive!
    Moi jsu client de tes OuateDePhoques 😉
    Jérôme Ludodida

    PS : Dis moi Gus, une variante de Dominion à la sauce ascension, ça t’intéresse pour ici ?
    Genre une rubrique « dépoussiérage de hit ». Si t’es partant, je me vois bien exposer la chose dans une vidéo 1 minute top chronos… Tell me.

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