Le jeu à l’école

1887 salle de cours

Peut-on intégrer le jeu à l’école? Comment procéder?

Lundi prochain ça sera la rentrée des classes dans le canton de Genève en Suisse. Une nouvelle année scolaire. Ma 17e rentrée. Déjà.

Pour nous, enseignants, une nouvelle année signifie la possibilité de mettre nos cours à jour, de réfléchir à notre pratique, voire à la modifier, l’améliorer, surtout. Il est clair que je n’enseigne pas aujourd’hui de la même manière que j’enseignais il y a 17 ans. Je prends plus de « risques », j’expérimente plus, je me sens plus en confiance dans ma pratique pédagogique quotidienne. Et non seulement j’ai évolué, mais nos élèves également. Quand j’ai commencé en 1997, internet était à ses balbutiements: ni Wikipedia ni Facebook ni Google.

Et le jeu dans tout ça? Peut-on l’intégrer dans nos classes? Peut-on utiliser le jeu comme moteur d’apprentissage, sans que nos cours deviennent trop… laxistes, fun, des cours de récré sans apports théoriques?

Étant professeur de lycée, j’ai souvent abordé sur ce blog comment intégrer le jeu dans l’éducation, notamment pour développer l’apprentissage des langues étrangères en jouant. Je donne d’ailleurs des cours de formation continue pour les enseignants dans le canton de Genève à ce sujet, le jeu comme outil pédagogique.

Peut-on motiver sans récompenser? Oui, clairement, du moment que l’élève ait envie d’apprendre, par lui-même et surtout POUR lui-même. On imagine bien souvent que les notes, les certifications seront les moteurs uniques pour la motivation, au risque de passer à côté-même du but fondamental de l’école, donner envie d’apprendre pour grandir, s’élever (d’où le terme « élève »).

Même si à mon niveau, le lycée, les élèves ont opéré eux-mêmes le choix d’y être, au contraire de l’école obligatoire, il s’agit la plupart du temps d’un choix par défaut, pas véritablement dirigé vers un but précis. Et comment être motivé sans avoir d’objectif clair? C’est donc à nous, enseignants, de trouver les moyens pédagogiques et didactiques de donner du sens à nos cours. Nous sommes des facilitateurs d’apprentissage, c’est donc à travers nous que les élèves apprennent, certes, mais c’est d’abord par eux-mêmes que doit venir l’envie d’apprendre. Si l’intégration du jeu permet de susciter cette envie, et bien moi je dis tant mieux!

Mais attention, donner du sens ne veut pas nécessairement dire les rendre attractifs, fun, plaisants, drôles. Si l’on y parvient, tant mieux, mais précisons toutefois qu’il est évident, voire même impératif, de passer par des leçons compliquées, complexes, éreintantes. L’effort fait aussi partie intégrante de l’apprentissage, même si certains de nos élèves s’en passeraient bien. Pas facile pour un enseignant de dompter son narcissisme et aller au-delà du simple plaisir qu’il pourrait créer chez l’élève pour en retirer une satisfaction personnelle. Freud disait que tout enseignant devait suivre une psychanalyse avant d’enseigner…

C’est en cela que le jeu en éducation peut devenir un « danger », faire jouer pour faire plaisir. Alors qu’au final il faut faire jouer pour enseigner, faire jouer pour faire grandir. Et si nos élèves en retirent du plaisir, font des progrès et en redemandent, c’est idéal, non?

Dans ma pratique du jeu à l’école, j’ai pu développer un système simple et clair, le ROAD, acronyme pour Rituel, Objectifs, Adaptation et Debriefing.

ROAD

rituel

Pour éviter que le jeu soit considéré comme une récréation et qu’il devienne partie intégrante de l’apprentissage il est essentiel qu’on joue fréquemment, et pas seulement juste avant les fêtes ou jours fériés. Si le jeu devient « ritualisé », une fois par semaine, une fois par mois, les élèves comprendront qu’il est « institutionnalisé ».

ObjectifsIl est important que l’enseignant choisisse soigneusement son jeu en fonction des objectifs recherchés. Encore une fois, comme vu plus haut, on ne joue pas en classe pour animer, détendre, on joue en classe pour enseigner. Le jeu doit donc devenir un vecteur d’apprentissage, pas un but en soi.

AdaptationIl faut savoir adapter le choix des jeux en fonction de :

1. L’âge des participants

2. Le temps à disposition pour sa séquence pédagogique

3. La taille du groupe

4. La complexité du jeu

debrief

Une fois la session de jeu passée, il est impératif pour l’enseignant de marquer un temps de débriefing, de parler avec les élèves du déroulement du jeu et surtout de revenir sur les éléments travaillés. Ceci permet aux élèves de réaliser que le jeu est alors utilisé non pas (seulement) pour avoir de plaisir mais comme moteur d’apprentissage. Le débriefing sert de médiation et de prise de conscience pour l’apprentissage.

Bonne rentrée à tous!

maisDeux références supplémentaires à lire:

  • HEADER6_2Ici on joue ! est un site à vocation ludico-pédagogique. Mylène et Alexandre, tous deux professeurs des écoles, ont monté cette plateforme riche en jeux, conseils et surtout fiches pédagogiques destinées aux écoles, principalement enfantines et primaires. Ici on joue! est un site comme on voudrait en voir plus souvent sur le net avec un contenu de très grande qualité ! Si vous êtes enseignant, ou que vous avez vous-mêmes quelques-uns de ces trucs potelés et criards qu’on appelle dans le jargon de la rue « enfant », précipitez-vous sur leur site. Ici on joue!, pour utiliser le jeu en classe & de manière intelligente.
  • Bruno Faidutti (Citadelles, Mascarade), un autre collègue professeur de lycée et auteur de jeux, parle également de jeux en éducation et dit dans sa conclusion : « enseignement plus ludique, oui, si cela veut dire enseignement plus désordonné, plus ouvert, plus improvisé, plus pluraliste – mais c’est le contraire du jeu, c’est la responsabilisation des élèves dans le monde réel. Enseignement plus ludique, non, si cela veut dire ajouter encore des règles arbitraires, des modèles abstraits, des systèmes de scores à un système qui souffre déjà d’un formalisme excessif. L’adjectif ludique veut dire une chose et son contraire – qui impose des règles et relève du jeu et de l’ordre, qui affranchit des règles et relève de la fête et du désordre. Je pense que l’enseignement aujourd’hui souffre d’un excès de règles, et qu’il a grand besoin d’un peu de désordre. »

Également à lire sur notre site :

Carrots, Flickr, by Thomas Hawk

récompenser ou punir? Et si nous faisions fausse route?

flickr-4103289066-original

Une sélection de 12 jeux à utiliser en classe de langues

Racontez-nous vos anecdotes d’élèves (ou même d’enseignants si vous en êtes un). Est-ce que vos professeurs vous faisaient jouer en classe? Comment cela se passait-il?

2 réflexions au sujet de « Le jeu à l’école »

  1. Merci pour cet article très motivant. Je suis enseignant dans l’académie de Basse-Normandie où existait un réseau de professeurs qui développaient vos thématiques (Ludus). Hélas, les obstacles « institutionnels », la « réaction » pédagogique, un certain scepticisme des parents et le manque patent de curiosité intellectuelle chez beaucoup d’élèves (peu initiés aux pédagogies nouvelles d’ailleurs) n’ont pas permis que les projets ne prennent l’ampleur souhaitable. Les initiatives sont isolées et les collègues qui proposent ces types d’apprentissage pas toujours considérés comme il le faudrait à cause de la persistance de préjugés défavorables. Je vous envie, heureux homme…

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  2. En ce qui me concerne, je pratique l’instruction en famille avec mes enfants, et plus précisément les apprentissages informels (pour plus de précisions on peut lire Andre Stern, John Holt et d’autres).
    C’est en très grande partie par le biais du jeu que mes enfants apprennent. Aussi bien jeux de société (je suis présidente d’une asso ludique), que jeux vidéos, jeux de rôle…
    Tout ce que de manière formelle on nomme mathématiques, français, géographie, histoire, sciences… Tout y est ! Avec la diversité et la richesse qu’offre le monde ludique, c’est un réel plaisir 🙂 Je m’appuie beaucoup sur ça dans les dossiers que je présente à l’inspection, et à chacune de mes recherches pour les étoffer, j’en découvre encore.
    Indéniablement, oui, apprentissage et jeu font bon ménage.

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