Le Petit Prince (PP) est un jeu de société sorti début mars 2013, créé par Bruno Cathala (Mr Jack, Cyclades) et Antoine Bauza (7 Wonders, Takenoko), édité par Ludonaute (Yggdrasil).
À partir de 8 ans, pour 2 à 5 joueurs d’une durée précise de 25 minutes.
Comme son titre l’indique, PP se déroule dans l’univers de Saint-Exupery, disparu il y a 70 ans. On se retrouve sur une planète, on y rencontre moutons, serpents, baobabs ainsi que les divers personnages du roman.
Le thème est bien rendu, on se sent plongé dans l’univers littéraire de l’aviateur.
Ce qui marque avant tout dans PP, ce sont les illustrations originales de Saint-Exupéry qui ont été utilisées, une obligation pour l’éditeur. Ces illustrations colorées et plutôt naïves sont mondialement connues et apportent toute leur cohérence au jeu.
Sinon que dire du matériel en soi? PP est un jeu de tuiles, carrées, assez grandes, et la boîte est bien pensée puisqu’un thermoformage permet de tout y ranger et que le verso de la boîte sert de piste des scores, astucieux.
A son tour, le joueur tire autant de tuiles que de joueurs, puis il les révèle. Il en garde une puis passe le reste au joueur de son choix; il n’y a aucun sens particulier à respecter. Le dernier joueur devient le premier joueur du nouveau tour.
Une fois toutes les tuiles épuisées ont procède alors au décompte, selon un système de multiplicateurs : les éléments seront multipliés selon les personnages posés. Certains donneront des points en fonction des moutons, des baobabs, des réverbères ou tout autre élément.
À rajouter que si trois baobabs sont visibles, tous les trois se retournent et que les autres éléments présents sur ces tuiles ne pourront alors plus être scorés. Et le joueur qui termine la partie avec le plus de volcans perd autant de points.
PP reprend la mécanique vue dans les jeux Un Monde sans Fin, Bitte mit Sahne, ou même n’importe quel draft à la Magic / 7 Wonders : qu’est-ce que je dois prendre et qu’est-ce que je veux laisser aux autres. Quelle est la tuile qui me rapportera le plus de points tout en évitant d’avantager les autres. C’est malin, il faudra donc continuellement compter les points reçus et donnés. Avec un élément de "stop ou encore" pour les baobabs puisqu’à trois on risque de perdre des points.
L’interaction est forte puisqu’il faudra constamment composer avec ses voisins pour ne pas les avantager.
Et on commencera bien vite à faire des alliances à la table, alliances qui se rejoueront à chaque tour pour savoir à qui l’on passe les tuiles.
Selon le groupe de joueurs, PP deviendra clairement un jeu "d’enfoirés" (cf présentation des jeux d’enfoirés) puisqu’il faudra convaincre les autres mais également les "manipuler" pour obtenir les meilleures tuiles. Un jeu taquin comme les apprécie tout particulièrement Bruno Cathala, l’un des coauteurs du jeu.
PP est un très très bon jeu, d’après moi certainement le meilleur jusqu’à présent du jeune éditeur français Ludonaute. Rapide, tendu, nerveux, à la forte interaction, et au matériel simple et joli qui plus est.
Une fois la partie achevée on n’a qu’une seule envie, en refaire une autre, gage d’un bon jeu.
Mais je me pose toutefois deux questions : les 8 ans indiqués sur la boîte sont ne sont-ils pas optimistes ? En effet, il faut savoir que le décompte est plutôt complexe puisque les différents personnages rapporteront tous des points divers selon les éléments posés, et c’est là que PP n’est, d’après moi, pas vraiment un jeu familial.
Si la mécanique et le thème sont simples et avenants, les multiplicateurs ne sont de loin pas faciles à maîtriser. Certes, il n’y en a que quatre à prendre en compte, mais ça peut déjà faire beaucoup pour des enfants: multiplications & additions. Et quand je dis quatre je devrais rationnellement dire quatre par joueur puisqu’il faudra également prendre en compte le jeu des autres si l’on ne veut pas leur offrir trop de points.
Pour qu’un soit familial, il se doit d’être fun et laisser une grande place au hasard pour que les plus jeunes puissent également s’en sortir, alors qu’avec PP ce dernier élément n’est pas atteint. Le seul hasard c’est la pioche des tuiles et les éléments présents ainsi tirés, mais le hasard est ensuite rapidement éliminé au moment de l’attribution des tuiles. Un joueur bon calculateur, et bon orateur / manipulateur, mettra assurément la pâtée à la table, donc pas forcément un enfant. À moins bien sûr de jouer à PP en version light en famille et juste essayer de composer la plus belle planète, sans s’accaparer de tous les multiplicateurs. Mais dans ce cas, autant faire un puzzle.
Ma deuxième question est la suivante: le thème, onirique, poétique, littéraire et un soupçon enfantin ne finit-il pas par desservir le jeu? Je m’explique: PP n’est pas vraiment un jeu familial comme vu plus haut. Mais alors à qui est-il destiné, si pour autant on puisse lier un jeu à un public-cible? Je le rangerai plutôt dans la catégorie de jeux moyens, peut-être le "chaînon manquant" entre un dixit et un Aventuriers du Rail, voire même encore pour des core-gamers qui voudraient faire un jeu rapide aux coups de p… Exemple : je te fais jouer en deuxième si tu me laisses cet élément quand ça sera ton tour etc.
Du coup cet univers onirico-poétique n’est fondamentalement pas un univers core-gamer, qui préfère les thèmes plus trapus médiévo-antico-geek-SF.
La crainte serait de voir PP pas vraiment trouver son public alors que le jeu mérite amplement un grand succès.
Ce que j’ai vraiment mais vraiment apprécié
- Le thème, riche et bien intégré, servi par les illustrations originales de Saint-Exupéry lui-même.
- La mécanique : pick, contre-pick ? Des choix tactiques difficiles et donc appréciables.
- La durée extrêmement courte du jeu, donnant furieusement envie d’en refaire une autre. Un côté addictif ma foi fort agréable.
- Les deux auteurs extrêmement prolifiques qui "inondent" le marché ludique de leurs créations, de qualité souvent inégale soyons honnête, signent ici une œuvre ludique forte et attachante.
- Le matériel, boîte de rangement et piste des scores.
- Un très très bon jeu certainement promis à des prix ludiques et à un succès public en 2013. Ou je me trompe et je devrais sérieusement envisager de me recycler en commentateur sportif.
Ce que j’ai trouvé bof
- Un jeu produit en Chine. Démarche ni éthique ni écologique, alors que Saint-Exupéry lui-même déjà prônait un engagement écologique important. Comme quoi, confronté à l’optimisation des coûts, l’éditeur aura certainement préféré opter pour un geste économique in fine ironique, plutôt que de poursuivre une démarche chère et cohérente avec Saint-Ex…
- Un jeu "le cul entre deux chaises", un thème familial pour un jeu plutôt destiné aux joueurs.
- Une première partie pas forcément fluide, le temps de maîtriser tous les différents personnages multiplicateurs. Je conseille de faire des photocopies de la page avec les personnages à tous les joueurs à la table pour qu’ils puissent suivre.
- La configuration à deux joueurs largement moins intéressante, optimum à 4-5 joueurs.































