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Jeux de société et société de consommation : pour l’amour de l’artefact

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Vinyl Breakfast Plate, Flickr, CC, by Christian Bardenhorst

Vinyl Breakfast Plate, Flickr, CC, by Christian Bardenhorst

Et nous poursuivons notre cycle sur les jeux de société et la société de consommation, le dernier article en date parlait des égéries du jeu tel que Bruno Cathala.

Bye Bye 

En ce début de 21e siècle, le monde autour de nous se dématérialise peu à peu: pour sauvegarder ses données sur son ordinateur, on est passé d’une disquette (années 80) au Cloud aujourd’hui (Apple, Dropbox…)

Pareil pour la musique: les albums étaient sur vinyle pour la grande majorité du 20e siècle pour finir en 2014 en streaming totalement virtuel : spotify, apple radio, pandora, etc.

Faut-il encore revenir sur la révolution numérique littéraire et de l’avènement des epub avec les tablettes et autres liseuses?

Les app sur smartphones sont également là comme témoins flagrants de cette révolution immatérielle. Le smartphone, certes « en dur », se transforme en précieux assistant quotidien pour jouer, écouter, s’informer, s’entraîner, regarder, photographier, échanger, etc. Plus besoin de rien d’autre, ni même d’ordinateur dont les ventes ont chuté, votre smartphone se propose de tout faire pour vous, voire encore plus.

Vous l’aurez compris, tout autour de nous la tendance de la dématérialisation se renforce jour après jour. Mêmes les amis et les vraies relations sociales sont remplacées au détriment « d’amis sur FB » ou d’abonnés sur Twitter.  Les progrès informatiques de plus en plus rapides modifient en profondeur nos modes de consommation, et ceci à une vitesse qui s’accélère.

Papy fait de la résistance

Et le jeux de société dans tout ça, me direz-vous?

Comme les collectionneurs, les passionnés, les nostalgiques qui restent attachés aux bons vieux vinyles, aux vrais livres faits de vrai papier avec de vraies pages, le jeu de société reste encore un (dernier?) bastion de l’artefact du réel de nos loisirs.

Si nous, joueurs, consommateurs, sommes encore à acheter des jeux, en moyenne pour 20 à 60 euros par mois (sondage effectué sur 539 personnes en mars 2014), l’une des raisons, entre beaucoup d’autres, reste cet attachement au matériel. Un jeu de société, c’est du papier, du carton, du bois, de plastique. Du dur, que l’on peut toucher, manipuler, sentir, goûter, presque. Si l’immatériel ne s’adresse qu’à notre sens de la vue, le matériel, lui, pourrait presque inclure les cinq.

Prenez l’exemple du poker. Si vous allez un jour participer à un grand tournoi de poker, à Las Vegas ou ailleurs, observez les joueurs manipuler les jetons. En plus de leur maîtrise du jeu, nombreux sont les joueurs de poker qui sont devenus de sérieux « jongleurs » de jetons, qui les font virevolter d’un doigt à l’autre, mélangent leurs piles, etc. A tel point quand dans certains tournois le bruit en devient assourdissant, ex. les WSOP à Las Vegas. Car au final, les joueurs ont besoin de toucher du réel, peut-être pour s’occuper, peut-être aussi pour ancrer leur présence à la table grâce au matériel touché, senti, ressenti.

Encore une fois, un jeu de société, c’est énormément de manipulation. A commencer par la mise en place, qui s’avère parfois extrêmement longue et fastidieuse, nous connaissons tous des jeux  pour lesquels il faut passer 20, 30, parfois même 40 minutes d’installation avant de pouvoir jouer. Mais au final, aussi longue qu’elle puisse être, toute cette préparation n’est que la première étape du plaisir ludique qui inclut, en plus de réfléchir et partager, également celui de toucher, de prendre, de pousser.

C’est en cela que le jeu de société reste un objet de consommation atemporel et chéri, il s’oppose à la mode actuelle de la dématérialisation. D’ailleurs, si de plus en plus de jeux sont portés sur tablettes, tel que sur iPad par exemple, il serait extrêmement intéressant de mener une étude pour voir à qui s’adresse réellement ces jeux: aux gens qui ne connaissent pas le jeu de base, ou au contraire aux initiés qui le pratiquent déjà « en dur » et qui veulent profiter d’une version de voyage et numérique? Je pencherais plutôt pour la deuxième option, même si ce n’est que pure hypothèse.

Chassez le naturel et il revient au galop. Ou plutôt en 2014, chassez le matériel et il revient au galop. Le jeu de société et sa consommation ne sont pas prêts de s’arrêter.

Jeux de société et société de consommation : la rivalité mimétique

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mirors, light and colors, Flickr, CC, by Sue Schmiderer

Vous nous connaissez, sur Gus&Co nous apprécions lancer des débats sur les jeux de société et pousser la réflexion sur notre passe-temps favori. Après avoir abordé la transparence des blogs et podcasts, après avoir papoté de l’objectivité des critiques, nous allons aujourd’hui lancer un cycle sur les jeux de société et la société de consommation.

Pourquoi achetons-nous des jeux, quels sont les moyens utilisés par les éditeurs et magasins pour nous donner envie d’en acheter, et quel est notre rapport aux jeux, mais pas que, à la consommation en général? Quelle est notre rôle et responsabilité en tant que blogueurs / journaliste dans cette consommation? Qu’est-ce qui se cache réellement derrière un jeu, matériel, travail, impacts? Et enfin, pour clore le cycle, comment pourrait-on envisager une consommation raisonnée et durable?

Ce tout premier article présente le phénomène premier, celui qui pousse à acheter.

Je te copie je t’envie ta vie

Pourquoi consommons-nous? René Girard, philosophe français contemporain, a avancé une théorie concluante, la rivalité mimétique (ou désir mimétique). C’est sur ce sentiment, cette réaction que les publicitaires se basent pour communiquer sur leurs produits. Les affiches présentent toujours des mannequins à la silhouette parfaite, des voitures rutilantes, des produits mirobolants.

La rivalité mimétique, c’est vouloir la même chose parce que l’autre l’a aussi. On veut le copier, car au final on se sent amoindri sans. Il est évident que la publicité cherche à susciter un nouveau besoin, une envie en fait, prioritairement générée par la frustration de ne pas avoir. C’est justement ce qui pousse ensuite à la consommation. Si j’ai, je me sens mieux.

Quoi, vous n’avez pas encore ce rasoir à 17 lames? Quoi, vous n’avez pas encore ce smartphone nouvelle génération à écran incurvé qui fait aussi le café? Moi je l’ai, et pas vous. Pfff, la honte. Quelqu’un sur une affiche le possède? Ou pire, un ami, un collègue, un voisin, un ami sur FB? C’est ainsi que fonctionne la rivalité mimétique. D’autres l’ont, vous vous devez de l’avoir également, pour ne pas « être à la ramasse ». Pas facile de ne pas céder et d’aller à l’encontre de ce sentiment purement humain.

Jeux et enjeux de société

La consommation des jeux de société fonctionnent également sur cette rivalité / désir mimétique, et la communication 2.0 bien implantée depuis quelques années vient renforcer ce sentiment. Sur FB, Twitter ou G+on voit de plus en plus de gens poster des annonces ou photos de leurs récents achats, ce qui pousse alors naturellement le lecteur à ressentir ce désir de consommation. D’autres ont le jeu, et pas moi? Il va falloir que je m’y intéresse. Ce déluge d’annonces / photos devient flagrant en octobre lors du salon du jeu d’Essen pour les gens qui y ont fait le déplacement.

Chose curieuse que cet attachement aux jeux et à ce besoin de montrer ses achats (l’ostentation, nous en parlerons d’ailleurs dans un prochain article, toujours dans ce cycle jeux de société et société de consommation). Je ne sais pas pour vous, mais je vois quand même très peu de photos des légumes ou de produits congelés achetés dans la journée au  supermarché…

A tout bientôt pour un prochain sujet de discussion!

Et vous, qu’en pensez-vous, vous sentez-vous sensible à ce facteur de désir mimétique? Pensez-vous qu’il vous influence dans vos achats?

Intégrité des blogueurs? La réponse (cynique) d’un comique américain

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Oula la transition est rude. Hier on vous présentait Robinson et des meeples, totale déconne, et là aujourd’hui paf on vous lance un sujet sérieux et profond qui fâche (certains). On en parle depuis plusieurs semaines: peut-on rester intègre sur son blog / podcast quand on reçoit des jeux d’un éditeur?

Je suis tombé sur cet épisode de Maron l’autre jour, une excellent série américaine, dont la 2e saison vient juste de commencer, qui raconte l’histoire de Marc Maron, comédien et animateur de podcast. C’est sombre et plutôt cru, mais ça a au moins le mérite d’être clair. Pour lui en tout cas.

Non, pas facile de rester objectif et intègre si on veut recevoir des jeux des éditeurs.

En gros, si vous ne parlez pas très bien le californien, Marc Maron dit que si vous ne faites pas gagner de l’argent à quelqu’un, vous n’en gagnerez pas vous-même… Autrement dit, si un éditeur vous envoie ses jeux c’est parce qu’il est sûr que derrière il en vendra plus grâce à vous.

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Et toujours sur le même sujet, dans une veine beaucoup plus positive et pour montrer l’autre facette de la problématique, je ne peux que vous conseiller d’aller lire la lettre ouverte d’un petit éditeur aux nouveaux blogueurs. Cette lettre a été écrite par l’éditeur le 13 mai à l’attention des blogueurs qui lui demandent des jeux gratuits.

Dans cet excellent article, l’éditeur de Stonemaier Games (Viticulture), Jamey, et avec son accord je traduis, est disposé à envoyer des jeux gratuits si et seulement si les jeux seront ensuite critiqués, et même si la critique est négative il dit être prêt à l’accepter et ne pas être sur la défensive (ndr : clairement pas le cas de tous les éditeurs).

Jamey dit même être prêt à envoyer des jeux à des critiques qui ont le courage et la crédibilité de dire des choses positives et négatives pour offrir une vision beaucoup plus large:

  1. I will respect your opinion: I will acknowledge that you are entitle to your opinion, and thus I won’t get defensive if you don’t like a game I publish. It helps if you play the game more than once, but I understand that if you really don’t like a game the first time, you probably won’t want to play it again.
  2. I will be open to negative reviews. I personally don’t think it’s ethical for me to only send games to reviewers who have said nice things about my games in the past. I want to give potential buyers a broad array of perspectives about my games, and that means that I will send games to reviewers who have the courage and credibility to have said good and bad things about my previous games.

L’article de Jamey est extrêmement intéressant et donne une vision beaucoup plus optimiste que Maron. Les deux facettes…

Et vous, laquelle partagez-vous? La vision plus sombre et cynique de Maron ou celle plus ouverte de Jamey?

Perso, sans vouloir influencer vos commentaires, tout dépend de mon humeur… Facile comme réponse, je sais. Si je suis bien luné (j’adore cette expression), j’ai envie de croire en la bonne foi des éditeurs, me dire que si certains d’entre eux m’envoient leurs jeux c’est juste pour que j’en parle, en bien ou en moins bien, et en ça je rejoins Jamey. Et parfois, comme Marc Maron, je me sens bien instrumentalisé comme vitrine publicitaire. Si je reçois des jeux c’est bien parce que grâce à moi / mon site ils vont pouvoir gagner plus de jeux.

En fait, plus que mon humeur, tout dépend des retours et échanges que j’ai avec les éditeurs. Si à la suite d’une critique mi-figue mi-raisin (super expression également) l’éditeur ne veut plus m’adresser la parole, ça m’est arrivé à plusieurs reprises, je ne citerai pas de noms, je sens alors qu’on a essayé de m’utiliser mais que ça n’a heureusement pas fonctionné. Et franchement, si je ne reçois plus de jeux de ces éditeurs frileux et bien tant pis pour eux et au final tant mieux pour moi. Je continuerais à acheter leurs jeux pour en parler, ou pas. On m’a souvent reproché ma langue rugueuse, il paraît que je lèche très mal les culs.

Après, je ne veux pas peindre le diable sur la muraille (encore une autre expression chatoyante), la grande majorité des éditeurs avec lesquels je travaille savent se montrer raisonnables et compréhensifs, ils savent accepter les critiques négatives (du moment qu’elles soient justifiées, constructives et pas juste cassantes et gratuites), même si pour les ignorer, tout simplement.

Faut-il publier des critiques négatives de jeux?

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Flickr, CC, Living Together, by Sergio Alvarez

Après avoir écouté le podcast #7 de Geeklette, qui disait désormais vouloir uniquement parler des jeux qu’elle appréciait et éviter d’émettre des avis négatifs, notamment pour ne pas froisser les éditeurs, posons-nous la question: faut-il poster des avis négatifs de jeux sur le net? N’est-il pas mieux de ne parler que des « bons » jeux, pour éviter de dégoûter les joueurs et se mettre les éditeurs et auteurs à dos?

Ou au contraire, vaut-il mieux parler de tous les jeux, tout simplement, des bons comme des moins bons sans poser de filtre? Est-ce la « responsabilité » des blogueurs / podcasteurs d’analyser les jeux, et d’en exposer tous les attributs, positifs ou négatifs? Au risque de froisser certains éditeurs qui risquent alors de vous retirer de leur liste de distribution de communiqués de presse ainsi que de jeux offerts en exemplaire presse; ça m’est arrivé, après une critique en demie-teinte d’un jeu, je suis devenu « persona non grata » pour cet éditeur.

A la suite des nombreux commentaires extrêmement intéressants au sujet de la transparence des blogs et podcast, Martin « Patate » Vidberg, également membre du jury du Festival de Cannes, dit, et je cite : « même si l’on écrit sur Internet, même si on se prend parfois pour des critiques, il ne faut pas perdre de vue qu’on reste des joueurs avec des goûts différents les uns des autres. »

Du coup, je me demande si émettre un avis négatif repose uniquement sur la subjectivité. N’y a-t-il donc aucun aspect objectif à relever? Telle que la répétitivité du jeu? Des règles mal rédigées? Un thème mal exploité? Une mécanique lourde ou défaillante? Un manque crucial d’originalité? Est-ce que tous ces aspects ne sont finalement que subjectifs?

Alors certes, on pourra dire en fin de compte : « j’ai aimé », « je n’ai pas aimé » en fonction de ses goûts personnels, thème, mécaniques, etc. Mais si c’est pour rédiger une critique, autant essayer d’être le plus objectif possible, non? En relisant le commentaire de Shanouillette sur la transparence je me dis que ce sujet est vraiment délicat et qu’il touche également le monde du jeu vidéo de plein fouet.

Qu’en pensez-vous?

Je ne veux pas influencer votre opinion, mais quant à moi, avec mes 217 années d’expérience de critique de jeu professionnel et mondialement reconnu, je pense qu’il est de notre « responsabilité » de parler de tous les jeux, même s’il faut en publier les mauvais points / points faibles. Tout en cherchant les bons points également. Ménager la chèvre et le chou? La voie du milieu (bien suisse)?

Polémique: faut-il plus de transparence dans les blogs ou podcast ludiques?

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Après notre article 5 manières de rendre votre blog ou podcast ludique plus transparent de la semaine passée, le débat fait rage sur notre site mais également sur Twitter.

Visiblement, la plupart des commentateurs ne sont pas favorables à mettre une telle charte en place, pour eux il est inutile d’indiquer l’origine des jeux présentés, s’ils ont été reçus par les éditeurs ou achetés. La majorité de nos confrères préfèrent ne pas l’indiquer.

Selon les commentaires, et je résume en gros, nos lecteurs peuvent faire preuve de capacité de discernement et savoir par eux-mêmes d’où provient quoi, pas besoin d’en rajouter, on risquerait de perdre en fluidité voire même au final de transparence selon certains.

D’autres voix s’élèvent pour préciser qu’au final, tant que les jeux sont chroniqués et que l’objectivité est de mise, pas besoin d’en estampiller l’origine.

Bref, un débat d’idées extrêmement intéressant, avec, au fond, peut-être le besoin  de se poser une question essentielle, qui sommes-nous au juste.

En tant que blogueurs ou podcasteurs, sommes-nous « juste » des passionnés qui partageons notre passion, ou sommes-nous un réel service public, un canal d’information, voire même une vitrine publicitaire? Sommes-nous astreints au même code déontologique que les médias « traditionnels »?

Pour creuser le sujet, je vous joins ici la chronique d’Eliane Ballif dans l’excellente émission Médialogue de la Radio Suisse Romande du samedi 1er février 2014. Médialogue est une émission qui se penche sur les médias que j’écoute assidûment chaque semaine, et Eliane Ballif est directrice du Centre Romand de Formation des Journalistes, elle y aborde justement cette idée de charte qui semble visiblement créer une polémique sur notre site.

Shanouillette, rédactrice sur JedisJeux, nous a fait l’honneur vendredi 25 avril de lâcher un bon gros commentaire, riche et extrêmement intéressant, qui fait intelligemment avancer le débat plutôt que d’essayer de le fermer.

Avec son accord, le voici publié in extenso. On y apprend également que la journaliste est en train de monter un nouveau site à vocation neutre et sans affiliation. On se réjouit pour deux raisons : 1. ça fait toujours plaisir de voir la naissance d’un nouveau collègue, plus il y a de voix plus il y a d’approches et moins on a une vision unique et fermée 2. si le site tient ses promesses de neutralité le lecteur a finalement tout à y gagner.

Voici son commentaire:

Ce billet est basé sur mon commentaire suite à l’article de Gus sur « 5 manières de rendre votre blog ou podcast ludique plus transparent ». Gus a souhaité publié mon commentaire à la une, et je l’en remercie. J’en profite pour exposer un peu mieux ma pensée.

A titre personnel, je rejoins totalement Gus dans sa démarche sur la transparence concernant les critiques de jeu. A mon sens, dans le web ludique francophone, la question de la déontologie est extrêmement pertinente car le plus souvent absente et occultée. Pour ceux qui douteraient de l’intérêt de ce débat, je les invite à lire cet article qui parle de la presse spécialisée des jeux vidéo : « Une presse sous influence » par Frédéric Lemaire.

A la lecture de cet article, vous pourrez constater que le problème soulevé ici n’est pas une invention de l’esprit ou une lubie du « donnez-nous de la transparence », mais révèle au contraire une importante problématique qui touche tous les critiques spécialisés (musique, cinéma, jeux vidéo…etc) et peut causer leur perte de crédibilité.

Frédéric Lemaire conclut : « un modèle de médias basé sur le mercantilisme et la compromission n’est pas viable, car incapable à terme de s’attirer la confiance du public ». Le marché actuel des jeux de société étant en plein essor / professionnalisation, il s’agit je pense d’un moment privilégié pour définir des règles que nous voulons suivre (aussi utopiste que cela puisse paraitre à certains).

Un journaliste n’est pas censé accepter une quelconque gratification contre publication d’une information. Oui mais qu’est-ce qu’un journaliste ? Vaste sujet en 2014 ! Le terme « journaliste  » fait débat et ce depuis son origine. Existe-t-il de « vrais journalistes » ludiques avec carte de presse en France ? En tout cas, le positionnement entre un journaliste spécialisé et un rédacteur amateur est parfois très proche, y compris (surtout ?) dans notre domaine, et les éditeurs en tirent leur parti, tandis que le lecteur n’est que rarement informé des enjeux.

Une chose est sûre, sur le web ludique, on se retrouve souvent face à un mélange plus ou moins subtil entre le publi-communiqué et l’information. Quand on retrouve partout des critiques dithyrambiques, est-ce que c’est au lecteur de lire entre les lignes et de « recouper les informations » ? Bien sûr, il peut le faire s’il a le temps, mais c’est à la base le travail d’un journaliste.

Dans le cadre de l’info et du conseil au joueur, le lecteur devrait être en droit d’attendre plus de transparence (même si le mot agace tant il est cuisiné à toutes les sauces), surtout avec la multitude de jeux qui sortent. Bien sûr, le rédacteur amateur n’est pas tenu de respecter des règles déontologiques strictes comme le doit un journaliste professionnel, il n’existe aucun cadre éthique obligatoire (même si le parlement européen en a discuté et le débat agite régulièrement la toile).

Aujourd’hui c’est à chacun de se positionner selon sa conscience, et son objectif – qui est souvent le simple plaisir de s’adresser aux passionnés.

Mais quand j’entends un éditeur dire « prends ma boite, mais tu n’en parles pas si tu n’aimes pas » je n’ai pas l’impression d’être du côté des passionnés. D’ailleurs, je sais que peu de lecteurs imaginent qu’il existe de fait ce genre de protocoles, et quand ils l’apprennent, ils sont souvent choqués. Je les comprends. Personnellement, je n’aime pas avoir à négocier ma liberté de parole. (Cela n’empêche pas que je trouve les gens supers humainement, mais il ne faut pas tout mélanger…). Je pense que la majorité des éditeurs est suffisamment professionnelle pour comprendre qu’un autre compromis devrait exister afin que chacun puisse effectuer sa tâche en toute intelligence… et faire confiance aux lecteurs pour le reste.

Notons que c’est déjà la démarche de certains et je ne crois pas qu’ils le regrettent.

Parlons de l’expérience Jedisjeux par exemple puisque c’est celle que je connais bien. Sur Jdj ont été mis en place des contrats « moraux » avec les éditeurs, la plupart du temps il s’agit du deal suivant : un jeu contre un test s’il n’est pas trop négatif, sinon un article plus neutre de présentation du jeu, façon « c’est dans la boite » (note : cela ne veut pas dire que les « c’est dans les boites » présentent que des jeux qu’on n’a pas aimé, d’autres raisons font qu’on utilise ce format).

Quand dans le passé, nous n’avons pas tenu la ligne dictée par certains éditeurs, certains ont pu réagir durement en coupant toute communication et ce, pendant des années.

La question est simple : un rédacteur prendra-t-il le risque d’une critique négative quitte à ne plus rien recevoir ensuite, ou est-ce qu’il préfèrera mettre de l’eau dans son vin ? Précisons que les éditeurs qui envoient leur jeu « A » n’apprécieront pas plus que leur jeu « B » qu’ils n’ont pas envoyés soit descendu sur le même site ! Ainsi, aussitôt qu’on accepte les termes de certains éditeurs, on se retrouve coincé à devoir dire ce qu’ils attendent -ou bien se taire.

Bien sûr, journaliste ou blogueur, on ne sera et on ne pourra pas être objectif, mais on a le devoir d’être honnête (et c’est d’ailleurs une des premières choses qu’on apprend en école de journalisme).

Or, recevoir des boites permet de continuer à être à la pointe de l’info, tester un max de choses, et les bénévoles qui passent beaucoup de temps à écrire ont bien le droit à une compensation s’ils le souhaitent. De plus, clairement, on ne peut pas faire un article de fond complet sans un minimum de parties, ce qui oblige à posséder le jeu et acheter toutes les nouveautés est impossible !

Le critique qui reçoit des jeux se retrouve donc un jour ou l’autre face à un dilemme un peu insoluble. Voilà aussi pourquoi partout on ne parle que des jeux « qu’on aime », et voilà peut-être pourquoi il y a des réactions de rejet devant l’idée de charte de transparence que propose Gus.

A mon avis, la communauté des amateurs et des passionnés produit un certain nombre de contenus de qualité et il est tout à fait normal de fournir une contrepartie à cet effort qui participe à l’évolution et à la professionnalisation du milieu, mais déontologiquement, et avec tout le respect que j’ai pour leur travail, ça ne devrait pas être aux éditeurs de le faire.

Ces réflexions (entre autres) m’ont amenée à vouloir développer un nouveau site dont l’objectif est d’être plus pro, plus indépendant tout en étant ouvert à des rédacteurs choisis, de plusieurs profils, avec un système de rétribution juste, basée sur l’appréciation des contenus par les lecteurs.

Sans entrer dans les détails, une des idées de ce site est de donner un espace d’expression libre (mais argumenté et respectueux) où les rédacteurs seront récompensés pour leurs contributions.

D’expérience, le bénévolat profite toujours à quelqu’un, alors autant valoriser directement ceux qui ont des choses intéressantes à dire. Le site est en construction actuellement, mais vu le sujet débattu ici, je ne pouvais pas rester sans en parler !

Dans le web ludique français et même Européen, il existe peu de sites de référence, et certains, comme Tric Trac qui ne s’en cache aucunement, ont un positionnement éditeur fort.

Malgré tout, ce positionnement n’est visible que de personnes déjà averties dans le milieu, et ne sautera pas aux yeux des nouveaux arrivés, ni des nombreux visiteurs « de passage ».

Partant de ce constat, je pense que l’idée d’une charte est intéressante mais plus dans le sens d’une sorte de « déclaration d’indépendance journalistique ».

Je crois que sur un site, il serait assez étrange d’un point de vue rédactionnel de dire « attention cet article a été subventionné » et « celui-là c’est de la vraie liberté de parole ». A mon sens, pour être crédible et cohérent, il faut positionner sa ligne éditoriale : être indépendant… ou pas, mais que les choses aient le mérite d’être claires. En tout cas, c’est personnellement quelque chose qui me tient à cœur et je suis heureuse de découvrir que quelqu’un comme Gus, pilier de la blogosphère ludique, se pose le même genre de questions.

 

5 manières de rendre votre blog ou podcast ludique plus transparent

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Situation

Si vous suivez régulièrement notre blog, vous savez que depuis quelques semaines nous nous intéressons à un sujet épineux, le paiement de blogueurs pour la rédaction de critiques et annonces.

Depuis plusieurs années, le nombre de blogs et podcast ludiques ne fait qu’augmenter, vu la (quasi)facilité technique pour y parvenir: WordPress, Blogspot, Facebook, Audacity, etc. De nombreux passionnés, dont nous, se sont lancés dans l’aventure journalistique: critiques, compte-rendus de parties, d’événements, annonces de sorties, analyses et dossiers en tous genres.

Et non seulement nous observons une augmentation, mais également une (semi)professionnalisation et amélioration de la qualité rédactionnelle.

Pourquoi une charte?

Pour que les choses soient plus claires et transparentes pour tout le monde, lecteurs, rédacteurs et éditeurs, pourquoi ne pas lancer une charte pour les blogueurs ludiques?

Avec une telle charte, les lecteurs et auditeurs pourront connaître l’origine des jeux et autres arrangements avec les éditeurs. Avons-nous quelque chose à cacher? Avons-nous honte de recevoir du matériel promotionnel pour faire vivre nos blogs et podcast? Est-ce mal d’accepter de faire financer son site par de la pub?

Pourquoi ne pas « jouer le jeu » et proposer un code déontologique de notre métier passion? Que tout devienne ainsi transparent?

Voici 5 manières de rendre votre blog ou podcast ludique plus transparent :

  1. Indication : cette charte devrait clairement figurer quelque part sur le site.
  2. Pour les critiques : les blogueurs annoncent pour chaque critique d’où proviennent les jeux critiqués: cadeau reçu de l’éditeur / auteur? Achat personnel?
  3. Pour les événements : quels sont les frais pris en charge par les organisateurs? Voyage, hôtel, entrées?
  4. Pour les annonces et avant-premières : quelles sont les sources? Newsletter des éditeurs, autre site, auteur?
  5. Pour le financement : quel est le modèle financier du blog? Pub, 100% bénévole, partenariat?

Qu’en pensez-vous? Avec-vous d’autres propositions?

Alors, qu’en dites-vous, on la lance cette charte Ludigaume, Mon Petit Ludigaume, BoitecastJedisJeux, Geeklette, Proxijeux, Le Repaire des Jeux, La Taverne du Jeu, Merlindumesnil, Potion Rouge, Jeux à DeuxJumanji, Un Clic un Jeu, Meeple toi-même!Les Dessous du Troll, JeuxSoc, Ludo le Gars, Vin d’Jeu, Le Blog du Lord, Martin Vidberg (quand il parle de jeux), Fjord et Jeux,  Jeux et Flammenkueche, Videorègles, et j’en oublie énormément, mes plus plates excuses !!!

J’attends vos réactions.

Tendance : est-ce que la Gencon change la donne?

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Soyons honnêtes: le Festival International de Cannes 2014 fut une déception. Pas en terme de rencontres, le public comme les éditeurs et auteurs furent extrêmement sympathiques, ni en terme d’organisation, tout s’est très bien déroulé, mais en terme de sorties de jeux.

En effet, les grandes nouveautés ludiques sorties juste pour l’occasion étaient plutôt rares, la grande majorité des éditeurs se contentant de présenter leurs prochaines sorties 2014 : Space Cowboys avec Black Fleet, Bombyx avec Abyss, Deus et l’Auberge Rouge chez Pearl Games, Lords of Xidit et Loony Quest chez Libellud, Witness, Concordia et Drake chez Ystari, et j’en passe.

Le FIJ fut plutôt une vitrine des jeux à venir. Et à chaque fois que je demandais aux éditeurs la date de sortie, la réponse la plus fréquente fut : fin août / début septembre en Europe, avec une sortie en avant-première pour la GenCon. Depuis 2-3 ans, la GenCon est devenue un événement majeur dans le calendrier ludique, tendance qui va clairement se renforcer en 2014 et ces prochaines années.

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La GenCon, établie à Indianapolis depuis 2005, existe depuis 1968 (!). Elle a été créée par feu-Gary Gigax, le papa du cultissime jeu de rôle Donjons&Dragons.

Chaque été, fin juillet ou mi-août, pendant 4 jours, ce sont des dizaines de milliers de visiteurs / joueurs, près de 50’000 en 2013, qui viennent pour acheter, mais pas que. Sur 5 halles, une seule est réservée aux stands des éditeurs, les autres le sont uniquement pour le jeu: multiples tournois, parties d’initiation, etc.

La GenCon est la plus grosse convention en Amérique du Nord et correspond plus ou moins à notre Essen européen à nous. Presque. Car si Essen fait la part belle aux achats, soyons clairs, il est toujours extrêmement difficile de jouer sur le salon.

Bref, en 2-3 ans, la GenCon d’Indianapolis est devenu le nouveau rendez-vous impératif des éditeurs francophones. Et au vu du peu de sorties à Cannes cette année, je pourrais même affirmer que la méga-convention américaine a supplanté l’événement de la Croisette. Il est certes toujours nécessaire pour les éditeurs et auteurs d’être présent au FIJ de Cannes, rien que pour se faire voir, mais la GenCon est le nouvel Eldorado des éditeurs francophones. Pourquoi?

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Est-ce que le marché européen stagne et que le marché américain représente un nouvelle plateforme intéressante? Il y a certainement un peu de cela. Tout nouveau marché est bon à prendre, surtout qu’en terme de chiffres, les US sont quand même le troisième pays le plus peuplé au monde, et en y rajoutant le Canada, anglophone et francophone, le bassin de population devient juste immense. D’autant que le marché du jeu en Europe est un marché de niche concentré sur les rares boutiques spé. Tandis qu’aux US, le marché est beaucoup plus établi avec un e-commerce très présent et logique avec le vaste territoire américain. Soyons clairs, il est toutefois encore très difficile d’obtenir la grande majorité des titres ludiques européens dû à une difficile distrib outre-Atlantique. D’où l’intérêt d’être présent à Indianapolis pour améliorer sa présence sur sol américain.

Mais surtout, la GenCon, comme Essen, attire plusieurs centaines de milliers de visiteurs, donc acheteurs potentiels, sans parler de l’engouement médiatique que représente l’événement, une excellente plateforme publicitaire qui génère visibilité et envie des européens, qui devront encore attendre 1d6 semaines avant d’obtenir les nouveautés sur le Vieux Continent.

calendrier

Cannes, trop rapproché d’Essen? Essen, c’est évidemment l’événement majeur / capital dans le calendrier de tout éditeur. L’année passée, record historique, plus de 800 jeux y furent présentés (Essen en 11 chiffres). Ne pas être présent à Essen avec un nouveau jeu c’est un peu « rater » son année, même si du coup son jeu est perdu dans la masse, et c’est peu dire.

Cannes a lieu fin-février début mars, juste après les fêtes de fin d’année, quand le soufflet d’Essen est retombé. Difficile donc pour les éditeurs de relancer la machine si rapidement après Essen. La GenCon permet donc aux éditeurs de respirer quelques mois pour de nouvelles sorties mi août.

D’autant que mi août n’est pas si loin d’octobre, donc pour les plus petits éditeurs, ou moins « gourmands », le seul jeu présenté à Indianapolis pourra être « recyclé » deux mois plus tard à Essen.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, en avril, et depuis plusieurs semaines, les sorties sont plutôt rares, tous les éditeurs préparent la GenCon et / ou Essen, le rush risque d’être hallucinant en septembre-octobre.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je trouve ce premier semestre très morne en terme de sorties. Essen, et maintenant la GenCon, demande une certaine concentration et préparation des éditeurs pour pouvoir sortir leurs galettes au « bon moment ». Je mets entre guillemets, car si tous les éditeurs de jeux font pareil, je ne suis pas persuadé que le « bon moment » soit véritablement le « bon moment »…

meute

Tous les éditeurs francophones se connaissent, se fréquentent, et, chose inouïe, pour la plupart, s’apprécient. Je me demande si les patrons de Samsung, HTC et Apple vont boire des godets ensemble, jouer au bowling ou passer des vacances de ski. Les éditeurs de jeux, oui, alors qu’ils sont tous concurrents! Dingue.

Depuis 2-3 ans donc, depuis qu’Asmodée US y a une forte délégation, de plus en plus en d’auteurs et éditeurs européens font le déplacement à la GenCon, ce qui motive alors d’autres collègues à faire pareil. Effet boule de neige, malgré la distance, 15h de vol depuis la France, et les coûts.

public

Un autre facteur rend la GenCon intéressante pour les éditeurs : son public. Au contraire des Européens que nous sommes, les Américains sont encore très peu « blasés » car ils ne sont pas « inondés » par autant de titres que nous. Le marché européen, même si de niche, est extrêmement bien distribué intra-Europe, ce qui n’est clairement pas le cas aux US (relire la chapitre « marché »). Le public est donc moins « gavé », plus ouvert à la découverte, même si bien différent du public européen.

Si les Américains sont connus pour préférer l’Ameritrash, jeux à thème fort et au matériel élaboré, plutôt qu’à des mécaniques ripolinées mais au thème collé, les Eurogames, ce public n’a en fait pas eu tellement la chance de découvrir autre chose, l’Ameristrash étant fortement implanté aux Etats-Unis, logique.

gus&CoBon, ne nous reste plus qu’à trouver un éditeur qui veuille bien nous financer le déplacement pour aller couvrir l’événement. Ou attendez, nous pourrions lancer une campagne Kickstarter pour ça, c’est bien la mode, non?

Et Cannes? En ce qui nous concerne, après notre déception de cette année, nous ne pensons plus nous rendre à Cannes, en tout cas pas ces prochaines années. Nous ne trouvons l’événement plus véritablement « nécessaire » en terme de sorties, comme vu dans cet article un shift est clairement en train de s’effectuer au profit des US.

[edit : nous avons effacé toute une partie concernant le FIJ. Suite à un malentendu, un arrangement cordial a pu être trouvé]

Cette année, la GenCon aura lieu du 14 au 17 août 2014.

Et vous, avez-vous prévu de vous rendre prochainement / une fois / jamais à la GenCon?